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09/07/2013

Pas Sidney Poitier Percival Everett

percival everett,pas sidney poitier,romans,romans américains,pépitesUn des problèmes quand on achète un livre sous le nez d'un auteur dont on ne connait rien mais dont on veut lire un livre, c'est que l'on peut avoir un grand moment de solitude, surtout quand l'auteur ne parle qu'anglais et parle peu .... Du coup, A.M. et moi ( enfin, surtout A.M. vu qu'elle parle anglais), on lui demandé à l'auteur lequel prendre : ce qui est assez idiot en soi, soit, mais qui permet de dire quelque chose au lieu de rester bêtement aussi à regarder les couvertures qui ne disent rien elles non plus et que l'auteur derrière reste silencieux à vous regarder regarder.

Percival Everett a désigné du doigt un de ses livres "Horses" ("Blessés" en fait, de son vrai nom), en disant "Celui-ci parle de chevaux" puis un autre " Pas Sidney Poitier" en précisant "Et celui-là, non" ...  et en anglais dans le texte, le sourire des yeux en coin... A.M. est repartie avec "Horses" et moi avec "Pas Sidney Poitier", ne sachant encore que cet exemple pince sans rire en disait long sur le système du burlesque qui en dit bien plus long que ce qu'il semble dire à l'oeuvre dans ce livre (mais, je n'ai rien contre  les chevaux et donc rien contre le prêt d'un livre de Percival Everett qui parlerait de chevaux ...)

Et là pour en parler du livre , ben me voilà recoite et remoite. Ce que je puis dire avec certitude, c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'un cheval là dedans. Enfin, si, mais un tout petit, et même pas en vrai, en rêve, un petit rêve qui n'en est pas vraiment un en plus. Je sais, je m'embourbe, donc je recommence.

Pas Sidney Poitier est le nom du héros, ce qui est vrai, qu'il n'est pas Sidney Poitier, je veux dire. D'accord, il est noir, il beau, il est né dans un quartier pauvre d'une mère folle à lier. Sauf que, c'est l'inverse qui se passe de ce que l'on attend. En fait, on a un livre qui inverse tous les clichés du livre "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA" tout en "dénonçant le racisme contre les noirs aux USA et les clichés", et même chez les noirs clairs aux USA, parce que Sidney est un noir foncé, ce qui a une certaine importance.

D'abord, Pas Sydney Poitier est riche, très très riche et même pas méritant. Il n'a rien fait pour mériter ça, c'est juste sa mère folle à lier, ( quoique ...) mais douée pour les placements financiers qui lui a assuré sa vie entière sans rien faire. (Elle faisait drôlement bien les cookies aussi, mais là, je dévie).

Ensuite, orphelin très jeune, Pas Sidney Poitier ne va pas être adopté par une famille blanche charitable et intégrer le lycée pour méritants du coin à cause de bonnes notes et contre les sarcasmes racistes. Non, il va vivre sa vie d'orphelin à côté d'un vague tuteur-mentor, très riche aussi, aussi frapadingue que la mère et la plupart du temps absent. Quant aux bonnes notes, ce n'est pas vraiment son souci  ...

Pas Sidney Poitier est quand même une victime, un laissez à l'écart, mais pas tant à cause de sa couleur (même si il est foncé pour un noir ...), ni même à cause de sa richesse, mais à cause de son nom qui induit souvent en erreur : une farce burlesque qui conduit le héros a une sorte de road movie chaotique, notamment bucal ( mais là, pas possible d'en dire plus ...).

Pas Sidney Poitier n'est donc pas méritant, pas charitable, pas dépensier, pas séducteur, Pas Sidney Poitier vaque, ne sait que faire, tente quelques trucs, sosie involontaire et indifférent ... En rêve, il se métamorphose en différentes figures du nègre afro-américain, celui des westerns en technicolor, ou de la littérature de la rédemption (même si ce n'est pas juste pour le bouquin, je pense quand même à "La couleur des sentiments"), de l'Oncle Bens à l'esclave fuigitif ... Dans la vraie vie, il rencontre le non-sens raciste et le vit ainsi, comme un non-sens, révélant en creux les haines viscérales et larvées de ces petits blancs dont le rêve américain est ici bien proche de celui des paumés de Donald Ray Pollock, ( ici et ) on peut y voir un écho, sauf que là comme c'est une fable burlesque, c'est le noir qui gagne ( enfin presque, en fait, parce que ce n'est pas sûr non plus ...)

Intelligent, fichtrement fin, drôle, grinçant des rouages.