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03/06/2015

Le rapport de Brodeck, Manu Larcenet, d'après le roman de P. Claudel

romans graphiques,bandes dessinées,manu larcenet,philippe claudel,le rapport de brodeckLe rapport de Brodeck vu par Manu Larcenet, forcément, ma main n'a fait qu'un geste quand je l'ai vu en librairie, je l'ai saisi, puis, je l'ai feuilleté, puis, chose incongrue soulignée par fifille : "Tu le reposes ???". Ben oui. Là, tout de suite maintenant, tant de noir à la fois, je ne sais pas, je recule.

Mais comme je suis entourée de bonnes âmes, dès le lendemain : "Tiens, il vient de sortir, j'ai pensé à toi, je te le passe ...". Non seulement les âmes sont bonnes mais en plus, elle me connaissent bien. Donc, je prends, je pose (parce qu'il est lourd) et je tourne les pages. Assez vite d'ailleurs, car il y a peu de texte en fait. Et beaucoup de noir.

Il faut le dire, c'est un bel objet, un très bel objet, même, une bande dessinée d'un format inhabituel (à l'italienne, je crois) enfermé dans un carton protecteur très sobre, élégant, raffiné. Ce qui va ni avec le propos, ni avec le dessin. Mais bon, c'est un bel objet quand même.

Larcenet, peu être "Blast" ou "Retour à la terre", là c'est celui de "Blast", en noir donc, un noir très traits d'encre de chine, précis et brouillon à la fois, anguleux, d'un noir sans nuance de gris, un noir plaqué comme des traces cruelles qui clouent les personnages sur la page, les arbres aussi, les maisons, et quand c'est blanc, c'est, en général, de la neige. 

Le village, les habitants, les cochons, les renards, le camp, le marché, Brodeck, l'Anderer, son cheval, sa mule, tout y est. L'atmosphère est étouffante, un huis-clos laid, sale, crasseux, poissant. Pendent dans une vignette des lapins sans tête, dans une autre, des poules écorchées. C'est bien le roman de Claudel, celui de ces âmes noires et lâches, celui de cette oppression, celui de cette haine de l'autre, mais où le dessinateur a fait le choix d'enlever la grâce des petites lumières, Emelia, Poupchette, la respiration de la tendresse qui fait de Brodeck, l'épaisseur de l'être faillible, mais humain, du roman.

C'est beau, c'est du très bon, de l'excellent même, mais moi, il m'a manqué des pauses, des respirations, dans le tendu de l'histoire.

Et puis, sûrement que j'aime trop le roman, que je le connais trop aussi, alors, je cherchais telle scène, telle image, l'Anderer, je ne le voyais comme cela, pas sur le même plan que les autres, à la fois plus solaire et plus lunaire.

Bref, je n'ai pas lu du Larcenet, mais du Larcenet adaptant Brodeck, ce n'est pas la bonne posture pour apprécier cette oeuvre car c'est une non-lecture de Larcenet, je suis passée à côté.

 

07/11/2012

Le rapport de Brodeck Philippe Claudel

le rapport de brodeck,philippe claudel,romans,romans françaisNon, je n'ai pas lu le dernier Claudel, ni même l'avant dernier, je suis restée coincée entre Les âmes grises et Le rapport de Brodeck, deux anciennes lectures. Ce qui m' a fait revenir sur celle-ci est un article de Dominique à propos d' un livre qui porte le titre de "L'antisémitisme en Pologne après A".

J'aime parfois me dire que l'homme est bon pour l'homme, j'aime parfois me bercer d'illusions ....

Donc, j'ai repris Le rapport de Brodeck, parce que les illusions, c'est bien joli, mais c'est même pas vrai. Je relis, entre les lignes romanesques, l'histoire d'un homme à qui l'humanité normale ( pas des bourreaux anonymes, ce serait trop facile, des voisins, pour reprendre le titre de Dominique) a fait tant de misères crasses qu'il aurait dû tomber par terre, mais non Brodeck s'est fourré encore plus bas pour que le malheur ne l'attrape plus.

Brodeck  est un tout petit homme, d'un petit village. Il y est arrivé il y a longtemps, dans la charette de la vieille Fédorine, première guerre et premier exil. Il y a grandi, il a même été enfant de choeur. Aidé par son instutiteur, il est parti faire des études à la Capitale, où les "comme lui", c'est-à-dire les "pas comme les autres" ont commencé à s'en prendre plein la figure, sérieusement. Ni vraiment lache, ni vraiment courageux, avec sa belle fiancée Emélia, il est revenu auprès des siens. La guerre arrive dans le village et avec elle, les soldats de l'armée qui demandent que la Purification soit faite. Alors, parce que la communauté des hommes "comme les autres" est ce qu'elle est, il va être donné. Dans le camp, il sera "le chien Brodeck" mais il survit et revient retrouver Emélia, une autre Emelia, mais son amour quand même. Dans son silence, il se tisse son bout de vie. Jusqu'à ce qu'un autre arrive, à son tour, troubler l'ordre de ce qui se fait, l'Anderer, une sorte de magicien, ou de peintre, un drôle de bonhomme qui regarde la noirceur des hommes et la leur renvoit, même sans rien dire. Le village, cette fois, n'aura pas besoin d'une idéologie de la terreur pour faire disparaître celui qui doit être sacrifié au bonheur de brouter en rond.

La trame narrative est bien plus complexe que mon petit résumé. Comme Brodeck, le livre s'emmêle, tourne et retourne les grandes questions : la culpabilité, ça finit où ? et l'innocence, c'est son contraire ou son double ? Peu seront sauvés par l'écriture à la fois poisseuse et ample de Claudel. Pas même Brodeck. 

J'avais adoré la force de ce roman dont on peut lire parfois qu'il semble plus apologue que romanesque, parfois empli d'un symbolisme un peu trop manichéiste et sombre, soit. Mais il a le mérite de s'empoigner avec les marécages, qui eux aussi ont une histoire, et comme dans "Certaines n'avaient jamais vu la mer", de laisser trace de voix, réelles, historiques, qui sans le roman pourraient s'effacer.

 

Athalie

PS : je rajoute une note de eeguab, parce que je suis "trop" d'accord avec lui :

http://eeguab.canalblog.com/archives/2008/02/27/7955563.h...

 

 

 

17/10/2011

Les âmes grises P. Claudel

jardin-evolution-belles-jour-img.jpgDes femmes fleurs et des hommes passent et vivent dans un brouillard ... La guerre tonne derrière, des soldats se soulent et meurent après, d'autres arrivent, les fleurs fanent ou sont déracinées, par des hommes, noirs.

La figure centrale est celle du procureur, veuf lugubre qui traine une sorte de carcasse vide, de masque solennel, glacial. Il demande la peine de mort comme d'autres un dessert qu'ils ne finiront pas. Pas un monstre, mais une machine à rendre la justice, enfin, une certaine idée de la justice, tranchante. Ce n'est pas vraiment de sa faute, mais bon, on ne le saura qu'après. Il croise la route de la première fleur, un petit bouton de Belle de jour, la fille de l'aubergiste, petit chaperon pas éclos, qui va rentrer trop tard chez elle un soir, ou trop tôt, en tout cas, pas au bon moment. Qui l'a cueillie ? C'est le fil rouge du roman, l'enquête sur ce meurtre, mais la pelote se mêle d'autres fils, celui de Véra, la belle institutrice, venue dans le petit village pour être au plus près du front, et donc de celui qu'elle aime, à qui elle écrit, patiemment, peut-être est-il là derrière la colline. Le procureur qui la croise et la regarde, l'invite, parle. Peu, mais bon, c'est un homme qui est perdu dans son silence depuis si longtemps, dans son chateau de la Belle au bois Dormant qui ne s'est pas réveillée ... Et puis les affreux, les salauds, Mierk, le juge, se délecte d'oeufs à la coque devant le cadavre de la petite, le porc satisfait de lui-même, et l'autre, le pas mieux, le militaire fanfaron sanglé dans sa ritournelle à deux balles, traquent les déserteux comme des criminels, méprisent vérité et justice. Le meurtre de Belle, finalement, il disparait dans la grande tuerie de 14-18, là-bas, donc, juste derrière la colline. Et puis le narrateur enquête, comme une ombre lui aussi, entre souvenirs et fascination, lui aussi, il a eu sa petite fleur, sa chance et son grand bonheur.

Un roman lu il y a longtemps, je sais, j'ai eu envie d'y revenir en passant, le côté comédie sociale, image des notables en place que rien ne bouge même quand tout vacille, alors que les petites gens sombrent (ah ! la scène de folie de l'instituteur, le chagrin du père de Belle, tout seul dans son café, pleurant sa peine à coups de gnôle). Un truc comme ça, et puis, c'est un vraiment bon bouquin, il manquait dans les notes.

Athalie