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24/05/2017

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Antoine a onze ans et va vivre trois jours dont il ne reviendra pas. 

Il habite Beauval. Beauval, c'est un peu comme une mini société archaïque où le temps s'est figé depuis tellement de temps qu'on le sent peser. Une sorte de cadre géographique entre zone pavillonnaire, l'usine de jouets en bois, qui menace toujours de licencier, commerces dits de proximité, autant de rideaux qui se soulèvent seulement lorsque qu'il se passe de l’inhabituel, quand les gendarmes arrivent, quand les battues s'organisent, quand l'étang est survolé par les pales de l'hélico qui tourne à la recherche du corps d'un enfant disparu. Les rumeurs courent d'un coupable, étranger au village, on a vu une voiture renverser Ulysse, le petit chien des Desmedt et la voiture ne s'est pas arrêtée. On a revu cette voiture, du moins, on le dit ...

Antoine habite un pavillon avec sa mère, madame Courtin, à côté de celui des Desmedt et à côté aussi de celui des Mouchotte. Dans ce triangle, il est au milieu, de l'autre côté, il y a Rémi, et de l'autre côté encore, Pauline. Ce que ne sait pas Antoine, c'est que ces deux là l'empêcheront d'avoir une vie à lui.

Pour l'instant, ça va être Noël, et Antoine, enfant unique, en attend assez peu de nouveautés, à la fois surprotégé par sa mère aux principes moraux rigides, la tristesse chevillée au corps, et abandonné par son père, réfugié de cette vie étriquée dans une autre, en Allemagne. Antoine est un garçon sage, renfermé et insatisfait de son sort, mais sans révolte, ni rancunes. Juste que son père lui envoie, pour une fois, la bonne version de la lettre au Père Noël ...

Il rêve cependant de faire admirer la cabane dans les arbres qu'il a construite par dépit, à ses copains de collège, quand ils seront lassés de découvrir les joies de la playstation. Ce plaisir là se faisant languir, seul Ulysse et Rémi l'y accompagnent parfois. Pauline est venue aussi, mais la pimbêche n'y ayant pas trouvé d'un pelotage un peu sexué qu'elle attendait, s'en est retournée faire de son mieux ailleurs, laissant sur place un Antoine fort frustré.

Et puis après, Ulyse est mort, le père Desmedt a fourré le cadavre dans un sac, et puis Rémi a disparu. Et puis, Antoine a tenté de s'en sortir, des deux morts et de sa vie prévue à Beauval. La tragédie, toujours, le fait retomber dans les ornières de la médiocrité. La journée où il a détruit la cabane, celle où Rémi a disparu, est le noeud piégé qui le ficelle aux bois de Beauval et à ses zones d'ombres.

 Evidemment, on n'est pas dans la grande histoire de Au revoir là-haut. Ici, c'est de l'histoire à la dimension de Beauval, le fracas de la disparition d'un petit garçon à l'échelle d'une petite ville. Pas de gueules cassées, mais une petite vie fracassée par un moment de trop de colère. Si on ne compare pas les deux, on n'est pas déçu ( une réserve, le dernier chapitre qui ne rajoute rien à la trajectoire loupée d'Antoine, qui n'avait nul besoin d'être alambiquée d'un virage supplémentaire).

21/09/2014

Travail soigné Pierre Lemaitre

Je me suis dit : "Sors des lectures glauques Athalie, t'as eu ton compte." Je me suis dit, "un bon polar, ça va faire la transition, faut sortir du glauque en douceur". Mais, rien sous la main, sauf le deuxième tome de la trilogie de Lemaitre, "Alex". Or, il se trouve que je n'aime pas commencer une trilogie par le milieu. (ce n'est pas comme les chaussons aux pommes). Puis, un déclic. Une de mes complices de lectures estivales a le sésame, le roman que je sens que je veux lire. Le dernier Peter May, le premier de sa seconde trilogie. Mon homme ayant zappé le bon nom, et me voilà avec le premier de la trilogie de Lemaitre. Là, je me dis, c'est un signe. ( de quoi? mystère  ... ) 

Donc, je ne sais donc toujours pas si le dernier Peter May est glauque ou pas, mais "Travail soigné", je vous le dis, c'est du lourd.

Pierre Lemaître plante son commissaire et sa brigade. Tiens, je me suis encore dit (je me cause beaucoup en ce moment), il fait dans le genre Ed Mac Bain et Fred Vargas, la concurrence va être rude, me suis-je encore gaussée, faisant la difficile qui sait tout et qui a tout vu.

Camille Verhoeven est d'abord caractérisé à grands traits caractéristiques, vu que c'est le commissaire. Camille est donc petit, mais vraiment petit, petit, Camille a une faille d'enfance, une mère adorée, peintre et distante, une mère qui fumait trop et qui n'est plus là pour le regretter, elle lui a laissé comme un goût d'artiste. Mais Camille est aussi un meneur d'homme, d'une équipe d'hommes éclectiques à souhait ; Armand est le tatillon, radin à l'excès, mais qui ne lâche jamais sa proie d'un quart de poil, Maleval, le bien nommé est le vers dans le fruit, fêtard, amateur de jeux d'argent et de femmes, il est le gros bras maillon faible, et Louis est le décalé, l'esthète, le raffiné, le fidèle second au cœur tendre, droit et sensible, tout en intuitions délicates. Et pour finir, la femme de Camille, Irène, la belle Irène, son cadeau de sa vie à lui, rien qu'à lui, fidèle et enceinte jusqu'aux yeux de leur premier fruit de l'amour.

On rentre dans le livre en plein meurtre, du genre sanguinaire délirant : deux corps, deux femmes, une mise en scène élaborée et cinglée, aucun indice, aucun suspect. L’enquête commence, un peu dans tous les sens, normal, vu la scène de crime, puis le savoir-faire de l'auteur aidant, elle prend son rythme de croisière, ainsi que la série des meurtres suivants, dont on découvre qu'ils ont des précédents, et qu'ils auront aussi des suivants, si le commissaire et son équipe ne se torturent pas rapidement les méninges. Rien de bien nouveau dans l'horizon du polar, soit.

Mais l'auteur est un roublard qui connait son polar et petit à petit, chaque scène de crime se révèle avoir un double littéraire et du coup, je me suis prise au jeu, la charpente classique tient le rythme et j'ai fini par ne plus même faire trop attention aux redondances (ben oui, Camille est petit, vraiment petit, Camille rentre tard, trop tard, Louis est gentil, vraiment gentil ...) pour foncer vers la fin, juste terrifiante. Du coup, je vais aller voir la suite, parce que j'aime bien quand les gyrophares sont en retard et que le commissaire reste planté dans son remords. Mais, bon, c'est glauque quand même ...

04/03/2014

Robe de marié Pierre Lemaitre

Robe de marié, Pierre Lemaitre, romans, romans français, polarsEnchantée par la lecture de « Au revoir là-haut », où, comme le dit Céline dans un des commentaires sur cette note , on en arrive à aimer le cynisme et et la mauvaise foi crapule, je résiste peu à enchaîner les  titres du même auteur ( quand j’étais petite, et que je finissais un livre que j’avais particulièrement aimé, je lisais et relisais la liste « Du même auteur », souvent située à la fin, comme autant de sucettes à l’anis à venir, là c’est un peu pareil ...). Donc, du polar, ce qui tombe bien, j’avais envie de polars bien polars, de ceux qui ne révolutionnent pas le genre et laissent mes neurones peinards dans leurs charentaises, mais suffisamment polar pour vous plomber délicieusement une après-midi pluvieuse, ou une soirée pluvieuse, voire, une matinée ... « Robe de marié » est juste ce qu’il me fallait.

Face A : Sophie est baby sitter, une drôle de baby sitter quand même, toujours disponible, sans affect, mais avec une béance à l’intérieur. Sophie est folle, à lier, c’est ce qu’elle dit. Elle ne maîtrise pas ses pulsions, se laisse submerger, sans savoir par quoi, ni comment, ni quand ... Et Léo commence à exaspérer Sophie. On comprend qu’avant d’être gardienne d’enfant, Sophie a été autre chose, quoi que ce fût, cette vie là lui a échappé, elle est happée par ses oublis. Sophie oublie tout, même le pire de ses actes. Elle est hantée de fantômes qui passent et trépassent.

De baby sitter, Sophie devient rapidement tueuse en série et s’embarque dans une cavale où il vaut mieux ne pas la croiser, même du regard, et pas non plus la contrarier. On est uniquement dans sa tête lors de cette course folle et tendue d’une folle qui cogite, par contre, très lucidement sa cavale et ses conditions de survie. On ne peut être si raisonnablement taré, ce qui fait que rapidement, le lecteur, en bon lecteur de polar bien ficelé, comprend qu’il y a une face B, le revers joué autrement.

Face A et face B jouent donc la même chanson, on retourne en arrière, avec un autre angle de vue, où les clefs sont données. Les deux faces s’imbriquent évidemment parfaitement, et même si les rouages sont trop bien huilés pour être crédibles, je m’en suis moquée totalement, embringuée dans le jeu de Lemaître, un jeu avec les codes, on sait qu’il sait, il sait qu’on sait ( j’aime bien les cache cache ...).

Bon, la face C perd un peu en force, soit, le jeu perd en mystère ce qu’il gagne en construction. On dirait un rubiks cube. Pas grave. Normalement, je ne finis jamais un rubicks cube. Mais, là, j’en redemande un autre.

18/01/2014

Au revoir là-haut Pierre Lemaître

pierre lemaître,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeQui pourrait croire qu’un roman sur la guerre 14-18 puisse être jubilatoire ? Pas moi en tout cas. Enfin, pas moi jusqu’à la lecture de ce roman là. Pas jubilatoire tout de suite, hein, avant de rigoler, il y a la guerre. Enfin, les derniers jours de la guerre. On n’y rigolait pas plus qu’au début. Sauf que là, les poilus survivants savent que c’est la fin. Sur le front, tous attendent en se faisant le plus petit possible l’armistice officiel. Tous, sauf un , le lieutenant Pardelle. Aucun poilu ne peut le blairer celui-là. Un officier dans le genre froid et hautain, il est là pour gagner des galons. C’est l’occasion de se redorer le blason. Il en a glané un peu, des honneurs et du grade, mais pas encore assez pour lui, et pas de bol, la guerre se termine ... l’occasion qui allait lui passer sous le nez, pas de problème, il va se la créer et envoyer les poilus conquérir la côte 113, dans un ultime coup de bluff, à leur perte et à son profit.

Dans les poilus à ses ordres, il y a Albert et Edouard. Ils se connaissaient peu mais ce jour-là, c’est l’un derrière l’autre qu’ils sortent de la tranchée pour leur dernière bouchée de boches. Ce jour-là scellera leur alliance pour le pire, et un peu de meilleur, surtout pour nous, lecteurs, parce qu’après c’est aussi décapant que drôle.

Imaginez deux pieds nickelés, mal assortis, lâchés dans l’après-guerre, l’après guerre qui voudrait bien les oublier, ou du moins les voir le moins possible, vu qu’ils ne sont, justement, pas beaux à voir ( enfin, surtout un ...)

Dans le rôle du petit un peu boursouflé, Albert, un brave gars un peu sensible et pas très adroit, un peu lent, comme sa mère ne se prive pas de le rappeler, un peu benêt, mais fort attachant, voire collant. Il était comptable et rêvait de la belle Cécile. Au retour, l’amour et la banque le fuit. A moins que ce ne soit lui, finalement, qui ne s’y retrouve plus vraiment.

Dans le rôle du grand échalas, Edouard, fils de très bonne famille, renié par son père parce que plus doué pour le dessin et les blagues potaches que décidé à se carrer dans la voix de son maître.

Un duo bancal, brisé, tout cassé qui va se lancer, un pied devant, un pied derrière, dans la plus mordante et iconoclaste entreprise de foutage de tronche du patriotisme obligatoire ambiant. Mais eux le font presque pour rire, alors que d’autres non ...

Une peinture de l’immédiate après-guerre comme on ne l’avait jamais vue ( enfin, pas moi). Sans pathos, ni pitié, ni argumentation surfaite, à coup de griffes bien placées, l’auteur, que j’imagine en Raminagrobis qui se marre, jette ses personnages dans l’eau sale du profit fait sur l’héroïsme de ceux qui n’avaient rien demandé et tout perdu. Les poilus, gênent, en de compte, il y en a trop, on ne sait qu’en faire. Les oublier ( les vrais, ceux qui restent), les glorifier (les vrais, ceux qui sont morts), mais il y a que les vraiment morts qui rapportent vraiment ... Dirait le beau Pradelle qui rôde toujours, on arrête pas un arriviste avec un monument aux morts ...

Du bien bel ouvrage, monsieur Lemaître, du grand art de mener son lecteur par le bout du nez. Lu en deux jours, je ricanais de plaisir en attendant de pouvoir tourner assez vite la page suivante. 

 

 

Et toc ! et de trois pour ma participation au non challenge des pépites organisé par Galéa