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09/10/2016

Misery, Stephen King

misery,stenphen king,romans,romans américains,polarsQuand on attaque son premier Stephen King à mon âge, on prend un risque. Soit on devient addict et alors adieu veaux, vaches, cochons  de la rentrée littéraire, veaux, vaches, cochons et pots de lait des nouveautés à découvrir, on plante là la Pile à lire, pourtant amoureusement élevée au rang de gratte ciel depuis les années que je blogue et que je note des titres, la production pléthorique du sieur auteur défiant les années à venir. Soit c'est bof, pas si King que cela le gars, et on passe pour une vieille nouille ringarde ( et accessoirement, en ce qui concerne mon cas particulier, je perds aussi toute crédibilité auprès de fiston pour lui faire lire Zola, et auprès de fifille pour lui dire que si, la littérature jeunesse, c'est drôlement bien, cause que eux, ils lisent le King depuis plus longtemps que moi)

Cette première incursion à haut risque je l'ai donc gérée en choisissant un titre dont je connaissais déjà l'intrigue, "Misery" ayant été adapté au cinéma, et que le film, je l'ai revu il y a peu.  Cette connaissance à priori me paraissant être le gage d'un esprit critique. Je ne courrerais pas vers la fin comme un lapin, je pourrais garder l'esprit lucide pour voir les éventuelles recettes et bouts de grosses ficelles que je soupçonnais. Ben que nenni, en réalité, cette avance m'a juste permis de savourer la dilatation de l'intrigue, ses chausse trappes, et ma foi, c'est rudement bien fait.

Stephen King part en en effet de peu : un huis clos, une chambre, deux personnes, l'écrivain, Paul Sheldon et son admiratrice number one, Annie. Complétement frapadingue. Misery est le nom que Paul Sheldon a donné à son héroïne, une sorte d'aventurière victorienne un peu gothique et tombeuse sur les bords. La série a fait son succès, sa notoriété, mais à présent, il l'a liquidée pour passer à ce qu'il considère être sa véritable oeuvre, plus sérieuse et dramatique, ancrée dans le réel. Il vient de terminer "Fast car", l'épopée prolétarienne d'un jeune malfrat. Dans sa chambre du du Boulderado hotel, il sacrifie à son rituel post dernière page, boit quelques coupes, un peu trop, et décide d'aller faire une escapade vers le grand ouest plutôt que de rentrer chez lui, à New York. Il n’entend pas vraiment l'avis de tempête, et ne voit rien venir avant de se retrouver cloué dans un lit et une chambre inconnue, les jambes plus brisées que son pare brise et avec une infirmière dont malgré le brouillard qui l'engouffre, il perçoit rapidement la dangerosité. Qui s’avère d'autant plus exponentielle qu'Annie est une admiratrice inconditionnelle de Miséry.

D'idole , il est devenu otage, et se doit d'être un otage très diplomate, s'il veut boire, manger et survivre. De s'échapper, il ne peut être question. Annie a ses caprices, et tient son écrivain préféré sous sa main de fer. Le piège monte d'un cran lorsqu' Annie se procure le dernier titre paru des aventures de Misery, dont elle ne sait encore qu'à la fin, Paul enterre son héroïne d'une fin de non recevoir. Misery est morte et Annie crève de rage, et comme elle a le responsable sous la main, elle compte bien le lui faire payer. Et lui compte bien y survivre.On pourrait se dire que l'acmé est atteint mais vu le nombre de pages qui reste après, il est évident que non.Le jeu du gros chat qui va faire souffrir la souris avant de la manger, peut enfin commencer et donner libre cours à des va et vient sadiques et pervers.

Bref, un régal jusque la fin, bien plus complexe que dans le film où le rapport entre la victime et le bourreau étaient bien moins ambiguës et tarabiscoté d'avec l'alliance dans l'écriture. Où on voit qu'écrire peut vraiment être une question de survie .... Au sens propre.

07/10/2016

La fille du train, Paula Hawkins

la fille du train,paula hawkins,romans,romans anglais,polarsVoici un polar qui porte vraiment bien son titre, attention lecture exprès, lecture TGV ... Avant d'en entamer la lecture, assurez vous que avez le temps de la terminer dans la foulée, lecture en aller simple, prévoir le manger et le boire sans descente dans le frigidaire, pas le temps d'aller au wagon bar, la pause pipi s'avère dangereuse, pensez à baliser le trajet pour l'effectuer livre en main ...

La fille, c'est Rachel et elle est dans un bien piteux état dans son train. Elle a perdu mari, amour, maison, rêve et tout éclat. Rachel boit, consciencieusement. Rachel est devenue laide. Rachel le sait, Rachel s'en fout. Rachel n'a plus de raisons, ni de raison, ni de maison. Elle tente juste de se maintenir dans un flot qui l'entraine vers des trous noirs de sa mémoire. Quand elle boit trop, elle ne souvient plus toujours bien des horreurs qu'elle a commises, des hontes qu'elle doit gérer au réveil. Et elle boit bien souvent trop.

Tous les matins, elle se remet à la place qui lui reste, dans le train qui va à Londres, pour faire comme si ...Tous les jours, le train s'arrête, quelques courts instants, travaux sur la voie obligent, devant son ancien quartier, celui où dans sa maison vivent son ex mari, sa nouvelle femme et leur petite fille. Ce n'est cependant pas sa maison qu'elle voit, mais celle d'un autre couple, arrivé après son départ, sa bérézina à elle. Elle ne les connait pas, mais ils ont l'air si heureux, si lumineux, sans faille, pas comme elle. Rachel fantasme, elle nomme la femme Jess, et l'homme Jason, leur invente un métier, des projets, un passé.... Un matin, pourtant, ce n'est pas Jason qui se tient derrière Jess sur la terrasse ...

C'est marrant comme polar, parce que Rachel, plus elle coule, plus elle entraine l'empathie, même quand elle fait tourner bourrique ce méchant Tom, pourtant si patient avec elle, ce mari qui l'a laissée, lassé de ces crises et de sa tristesse, et sa nouvelle femme, cette grue plate d'Anna ... Même quand ses trous noirs la laissent pantelante et grotesque, Rachel, on ne peut pas la croire méchante, pas vraiment, pas comme les autres, la vraie Jess, le vrai Jason ... Mais plus l'histoire des vrais et des faux se met à vaciller, plus le doute se mêle de tout ce que vous lisez, la vision se trouble, jusqu'à plus soif !

13/07/2014

Cadres noirs Pierre Lemaitre

th.jpgUne lecture peut être phagocytée par la pratique de Candy Crush. La preuve. Comme j'étais bloquée de puis un certain temps au niveau 113, je m'agaçais  .... Et comme il faisait beau dans le fond du jardin, je m'échinais à lire ce livre et à jouer ( pas en même temps, quand même, mais réciproquement, j'ai encore des bonbons qui passent devant les yeux en écrivant cette note ...). Un niveau avec des bombes qui explosent sans prévenir, un peu comme dans ce thriller, d'ailleurs. Ce qui fait que je risque de mélanger. Pas sûre d'avoir passé le niveau pour ce livre-là ... Un thriller psycho ( un peu), socio, beaucoup.

Le héros est un homme ordinaire, ou presque, c'est un courageux, un valeureux du chômage. Un homme bien honnête, aimant sa femme et ses filles. Il aimait son travail, sa vie pépère, il était cadre, stratège du mercating et de ses rouages. Il n'est plus rien. depuis quatre ans, il pointe. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a mis du sien pour rester dans dans la course à l'emploi. Trop vieux, c'est tout. Il a accepté tous les petits boulots, le sourire compatissant du jeune de Pôle emploi, il est un pro du C.V. refusé. Presque sa dignité à lui, rester dans la course. De dignité, il lui en reste peu, mais encore un petit bout de quelque chose qui va lui faire refuser de se faire botter les fesses (au sens propre ...) par un petit chef dans l'entreprise où il emboîte des boîtes de médicaments dans les fins de nuits glauques que partagent avec lui un clochard céleste et un futur traître acquis au patronat. Un salaire de misère, mais un semblant d'être encore, un peu embauché. Ce sera le coup de fesses de trop.

Et puis l'annonce, une annonce inespérée, un poste à sa valeur, à ses compétences, presque promis. Alain se conditionne, Alain en est capable, il peut y arriver, l'avoir, il se prend à rêver, prêt à tout pour revenir à sa vraie place, celle de celui qui gagne, juste, gagne sa vie. Sauf que pour l'avoir ce poste, il va devoir renier tous ses principes, d'abord parce qu'il n'en a plus, et ensuite, parce que le principes moraux ce n'est pas ce qui arrête les meneurs, les vrais. Ceux qui  ont les cartes en mains, alors qu'il n'a que son désespoir. 

Un thriller de l'emploi qui brûle ses arrières, se moque de la cohérence et pointe avec autant d'exagérations que de justesse, ce que cela fait le mépris de soi. Alain marchera sur tout, sa femme ses filles, ses amis, au nom du saint emploi à retrouver. 

Sauf que moi, j'avais un niveau à passer dans la course aux bonbons ; du coup à force de courir deux lièvres, j'en ai loupé un. Il faut donc lire ce livre sans jouer à Candy Crush. Morale du soir.

 

PS ; j'ai passé le niveau, avec moins de dégâts que le héros, pas même un boster d'utiliser, alors que lui, il en sème partout !!!

 

REPS : quelqu'un saurait pourquoi on ne gagne jamais le jack pot sur la roue du jour ? j'ai un stock de rouleaux cocos à échanger ...

04/03/2014

Robe de marié Pierre Lemaitre

Robe de marié, Pierre Lemaitre, romans, romans français, polarsEnchantée par la lecture de « Au revoir là-haut », où, comme le dit Céline dans un des commentaires sur cette note , on en arrive à aimer le cynisme et et la mauvaise foi crapule, je résiste peu à enchaîner les  titres du même auteur ( quand j’étais petite, et que je finissais un livre que j’avais particulièrement aimé, je lisais et relisais la liste « Du même auteur », souvent située à la fin, comme autant de sucettes à l’anis à venir, là c’est un peu pareil ...). Donc, du polar, ce qui tombe bien, j’avais envie de polars bien polars, de ceux qui ne révolutionnent pas le genre et laissent mes neurones peinards dans leurs charentaises, mais suffisamment polar pour vous plomber délicieusement une après-midi pluvieuse, ou une soirée pluvieuse, voire, une matinée ... « Robe de marié » est juste ce qu’il me fallait.

Face A : Sophie est baby sitter, une drôle de baby sitter quand même, toujours disponible, sans affect, mais avec une béance à l’intérieur. Sophie est folle, à lier, c’est ce qu’elle dit. Elle ne maîtrise pas ses pulsions, se laisse submerger, sans savoir par quoi, ni comment, ni quand ... Et Léo commence à exaspérer Sophie. On comprend qu’avant d’être gardienne d’enfant, Sophie a été autre chose, quoi que ce fût, cette vie là lui a échappé, elle est happée par ses oublis. Sophie oublie tout, même le pire de ses actes. Elle est hantée de fantômes qui passent et trépassent.

De baby sitter, Sophie devient rapidement tueuse en série et s’embarque dans une cavale où il vaut mieux ne pas la croiser, même du regard, et pas non plus la contrarier. On est uniquement dans sa tête lors de cette course folle et tendue d’une folle qui cogite, par contre, très lucidement sa cavale et ses conditions de survie. On ne peut être si raisonnablement taré, ce qui fait que rapidement, le lecteur, en bon lecteur de polar bien ficelé, comprend qu’il y a une face B, le revers joué autrement.

Face A et face B jouent donc la même chanson, on retourne en arrière, avec un autre angle de vue, où les clefs sont données. Les deux faces s’imbriquent évidemment parfaitement, et même si les rouages sont trop bien huilés pour être crédibles, je m’en suis moquée totalement, embringuée dans le jeu de Lemaître, un jeu avec les codes, on sait qu’il sait, il sait qu’on sait ( j’aime bien les cache cache ...).

Bon, la face C perd un peu en force, soit, le jeu perd en mystère ce qu’il gagne en construction. On dirait un rubiks cube. Pas grave. Normalement, je ne finis jamais un rubicks cube. Mais, là, j’en redemande un autre.