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28/07/2013

Nouilles froides à Pyongyang Jean-Luc Coatalem

 

nouilles froides à pyongyang,jean luc coatalem,récits de voyages,corée du nord,récits autobiographiquesNote inachevée de mon homme :

"J'ai acheté ce bouquin au rayon "culturel" du Super U de mon quartier. J'aurais pu prendre le bus pour aller dans une librairie du centre-ville pour avoir meilleure conscience, mais je ne l'ai pas fait alors, lapidez moi. C'est quoi un circuit court en littérature ? ça n'existe problablement pas.

"Nouilles Froides à Pyongyang" se présente comme un récit de voyage, genre qui me fait imédiatemment craindre le pire: j'en ai rien à secouer des descriptions interminables et des émotions ressenties devant Petra, la route de la soif ou l'étang de Loudéac (22). Bref, Coatalem decide d'aller en Corée du Nord en se faisant passer pour un repésentant d'une agence de tourisme, accompagné d'un ami qui n'a jamais quitté l'hexagone. Ils sont pris en charge par par des Kims (tout le monde s'appelle Kim) et découvrent un pays ou la vacuité se bat avec l'ennui et la misère. On sait tous que la Corée du Nord est une dictature épouvantable mais ce que Coatalem nous apporte, c'est la vision d'un voyageur où il n'y a plus de voyage. On est au-delà du récit de voyage, on se rapproche du théâtre de l'absurde. Certes, l'analyse géopolitique ne dépasse pas souvent l'anecdotique mais, comme un photographe, Coatelem nous envoie des polaroids qui permettent au lecteur d'en savoir un peu plus."

Comme mon homme n'a jamais fini sa note, restée à l'état de brouillon pré-enregistré, ( au lieu de conclure par écrit, il m'a juste dit à l'oral, "C'est très bien" et est passé à autre chose, c'est-à-dire la lecture d'un roman que j'avais déjà lu et que j'avais aimé, pratique courante chez lui et énervante pour moi ...) Me voilà donc obligée de lire le bouquin pour pouvoir terminer sa prose (malgré un à-priori très négatif de ma copine A.M. sur la parole de l'auteur qu'elle a entendue à "Etonnants voyageurs") . Coincée entre les deux, j'ai donc plongé le nez dans ces "Nouilles froides".

Sans répéter ce qu'a écrit mon homme mais pour compléter quelque peu sa prose : ce voyage est un anti voyage. Dans un voyage, on visite, on traîne, on rencontre, on découvre. Là, non. L'auteur et son comparse, le dandy de salon Clorinde, sont sérieusement encadrés par les Kim : Kim 1, 2 et 3 sont leur trois guides qui s'encadrent eux mêmes en même temps, et le pays tout entier est encadré à son tour par les deux autres, le mort, Kim Jong-il, "le cher leader", " le cerveau parfait" et son fils, en activité dictatoriale, Kim Jong, "le grand successeur". La propagande, la délation et la peur ont rendu les paysages muets et les habitants sourds. Le périple avait été prévu d'avance et bouclé mais à l'arrivée, rien de ce qui était prévu n'est possible, fermé, en rénovation, ou juste pas possible. Mais tout est bouclé quand même, en pire : hommages obligatoires à la statue du dirigeant, achats obligatoires de bouquets de fleurs pour rendre hommage à ..., J.L. Coatalem ne visitera donc pas grand chose, un village de carton pâte qui se voudrait idéal, mais dont tous les enfants censés être visités dans l'école modèle ont disparu, une station balnéaire désertée par ses habitants ( et cadre d'une unique vision un peu lumineuse et qui en parait artificielle du coup ..), le tombeau fermé d'un empereur depuis longtemps défunt, les longues avenues désertes ... On a donc droit à un long défilé de chambres d'hôtel à l'hygiène douteuse et au confort déficient ( il est fait mention à chaque fois des toilettes qui ne fonctionnent jamais) où les deux comparses sont calfeutrés sans autre dépaysement que les livres apportés avec eux, ou la lecture des propectus de propagande récoltés par l'auteur dans la journée (et là, je couine ... l'auteur discute avec ses guides en français mais lit le nord coréen ? ou les prospectus sont traduits en français ?).

Leurs lectures finissent d'ailleurs par remplacer les paysages qui défilent derrière les vitres des portières qu'ils ne peuvent ouvrir selon leur gré, même pour les pauses pipi ( ce que l'auteur rappelle plusieurs fois, aussi, à croire que ce détail devrait faire spécialement sens ....), et même par alterner avec ce récit du non-voyage, J.L Coatalem nous résumant en partie "Mardi" de Melville, la seule évasion exotique qui lui reste, finalement.

Ce pourrait être drôle, mais il faut croire que je n'avais pas envie de sourire avec nos deux intellos en vadrouille dans une dictature. Bien sûr, l'auteur rappelle les atrocités du régime, cherche à nous les montrer mais c'est comme en passant, pour nous dire qu'il n'est pas dupe des apparences, de la corruption, qu'il est conscient de la misère, sans vraiment s'engager dans une documentation qui donnerait du souffle au récit, pour moi trop centré sur lui, son ennui, sa "turbulence" ( auto-portrait de l'auteur en visiteur désobéissant, mais pas trop), ses clairvoyances ( le genre on voit qu'il voit que c'est une dictature ...). Pour finir, je me suis interrogée sur l'utilité du comparse, le dandy dans le rôle se cantonne à lire du Paul Valéry dans la Pléïade, le pauvre !!! ( Ah, non, il a aussi aîmé ses chaussures en daim, je crois, lors d'une expédition dans la montagne, où tenez vous bien, il n'y avait même pas d'auberge accueillante en haut, il a fallu redescendre en bas pour que les deux touristes puissent manger, ce qui est un comble dans un pays où la population meure de faim). Ou alors, il est là pour faire contraste ? Comme un contre poids à l'indigence vestimentaire de ces masses terrorisées et condamnées à porter tous les mêmes fibres synthétiques qui doivent gratter sous les bras ?

Le pire, c'est mon homme : "Tu lis "Nouilles froides à Pyongyang" ? Finalement, avec le recul, c'est moins bien que je le pensais". Tout ça pour ça ...

 

 

 

 

26/07/2013

Nous n'irons pas voir Auschwitz Jérémie Dres

dt_common_streams_StreamServer.jpgC'est par un long périple que l'on arrive à un livre comme celui-ci, roman graphique, comme on dit en noir et blanc, au graphisme minimaliste ( enfin, que je dis moi, n'y connaissant rien en graphisme même a minima), pour l'auteur mais aussi, parfois pour le lecteur. Pour Jérémie Dres, c'est la recherche de son histoire familiale, pour moi, une histoire de rencontres qui m'amena un moment à marcher dans ce même pays que lui, à savoir la Pologne, sur d'autres traces que les siennes, mais assez proches pour qu' elles soient en écho ( notamment concernant l'attitude des autorités polonaises vis-à-vis de la conservation de la mémoire juive).

Le titre de cette bande dessinée pourrait paraître provocateur, mais tel n'est pas le but de cette histoire, ne pas aller à Auschwitz n'est pas nier Auschwitz, mais vouloir voir à côté de la "Catastrophe" en plus de voir la "Catastrophe". Cette démarche est le choix des deux frères, les deux protagonistes, Jérémie, l'auteur, donc, et Martin, plus "accompagnateur".

Unis par le souvenir de leur grand-mère, ils ont planifié leur séjour : Varsovie, puis Cracovie, pour un festival de la culture juive polonaise. Le hasard les mènera aussi dans la campagne, à Zolechow, une sorte de berceau en milieu hostile. Car on n'a cessé de les prévenir, les Polonais ne voient pas les gens comme eux d'un bon oeil, ne voient pas leur retour, ou leur recherche, comme un retour ou une recherche mais comme un acte d'intrusion, voire d'accusation.

Leur grand-mère n'a d'ailleurs pas cessé de leur répéter : "pas une Polonaise, ni une Allemande". Donc, acte, même si eux, ni pratiquants ni militants, semblent tout d'abord là en simples observateurs, tout étonnés de découvrir qu'ils ne sont pas les seuls chercheurs.

A Varsovie, ils cherchent les traces de leur famille polonaise, à partir de la seule personne qu'ils en ont connue, Téma Dres née Barah, à Varsovie et exilée à Paris dès 1921 et des seuls souvenirs qu'elle leur a racontés : sa mère, la chapelière, son père, l'entrepreneur de maison, quelques brides d'une histoire individuelle, l'histoire d'une maison à six étages qui n'en a plus que trois par la grâce d'une reconstruction " à l'identique" de la vieille ville de Varsovie .... De ce passé, ils retrouveront quelques pierres, mais surtout, ce qui est décrit, est la conservation problématique de l'histoire juive en Pologne, pendant la Shoah et avant la Shoah. L'auteur se place de maintenant : ce n'est pas ces "cinq années d'anéantissement" qui font de la Pologne le territoire du cimetière génocidaire qui est son point de mire, mais "le reste", c'est-à-dire " plus de mille ans de vie et d'histoire du peuple juif" en ce pays.

Ce que les frères constatent est qu'il en reste bien peu de choses de cette pourtant longue histoire, beaucoup de cimetières oubliés et d'oublis enterrés. Ils cheminent entre ce passé fantômatique et le présent en focalisant sur les tentatives de restauration de l'identité juive, ils rencontrent des rabbins ( dont un américain qui parle à peine polonais ...), des ex-exilés de 1968 ( rien à voir avec le 1968 que l'on connait), des juifs "nouveaux" qui se découvrent juifs et ne savent qu'en faire, d'autres, jeunes et branchés, ou encore des vieux militants d'une pléthore d'associations de pléthore d'obédiences, conservatrices, orthodoxes, réformées ... Ils apprennent et nous avec, de l'auteur de "La fin de l'innocence", Jean Yves Potel, comment les Polonais ont tenté de se blanchir, d'effacer le souvenir de la présence juive avant, de faire oublier leur rôle pendant, de masquer un antisémitisme prégnant encore après, sous couverture d'antisionisme, voire de méfiance anti communiste.  

Une bande dessinée documentée et documentaire qui alterne avec le parcours plus intimiste des deux frères. Un texte très personnel de Martin Dres clôt d'ailleurs les dessins de son frère, suivi de la reproduction de quelques photos de la famille et des résultats de leurs recherches. Ces ajouts ouvrent l'enquête sur le passé pour conclure cette histoire du présent. Bien vu.

On peut aussi compléter en allant voir le site officiel du livre qui présente le cheminement sous forme d'archives phographiques du voyage initiatique avec résumé et articles de presse. Et j'en profite aussi pour rajouter deux liens : le premier vers une note de Dominique qui présentait un livre ( que je n'ai pas encore lu) qui semble passionnant pour qui le sujet intéresserait : "La peur" de Jan Gross et un autre vers une présentation de celui de Jean Yves Potel, "La fin de l'innocence" ( que je n'ai pas encore lu non plus, nom d'une pipe !).

 

L'illustration choisie est celle de l'opération "I can stell see their faces" lancée en 1994 par Golda Tencer, ce sont des affiches immenses accrochées aux façades des maisons de la rue Prozna à Varsovie, réalisées à partir de photos de famille conservées par les survivants. Selon l'auteur, Jérémie Dres, ces façades sont délabrées et peu entretenues, (vouées à l'oubli ?).