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21/09/2016

L'amie prodigieuse, Elena ferrante

l'amoie prodigieuse,elena ferrante,romans,romans italie,romans adolescenceLila est l'amie prodigieuse d'Elena : prodigieuse car modèle et rivale, complice et bourreau, prodigieuse, car Lila se donne tous les droits, qu'Elena suit comme de nouvelles lois, même si elles ne sont pas toujours fiables.

Elles sont filles de familles très modestes, dans la banlieue de Naples, et elles n'ont jamais vu la mer. Leur milieu est tout petit un quartier, quelques immeubles, la violence banale, la promiscuité des rancœurs, des appartements. Leurs mères sont fanées depuis longtemps, les pères sont vendeurs de fruits et légumes, épiciers, menuisiers. Le père d'Elena est portier à la mairie, celui de Lila, cordonnier. De petites vies où aucun rêve ne vient briser les chemins tracés des garçons, qui mettront leurs pas dans les pauvretés de leur père, et les filles les leurs dans les rides de leur mère.

 Lila est autre. A l'école, elle défie les règles et comprend plus vite que les autres, sans aucune bonne conduite, elle ne suit pas les codes. Elena est la jolie poupée blonde, bonne élève protégée par la maitresse, pourtant rude. Lila est la petite maigre souillonne. Et pourtant, dans la poussière de la cour de l'immeuble, les deux fillettes se frôlent d'amitié, chacune de son côté du soupirail, et cela devient pour toujours, ensemble.

Comme on ne voit jamais Lila que par les yeux et les mots d'Elena, on ne saura jamais vraiment ce que voulait vraiment l'amie prodigieuse, si l'inconditionnelle admiration, stimulation, entre les deux est véritablement le partage de cette volonté de sortir du milieu qui les contient autant qu'il les retient. Sans doute que oui, même si les chemins pour y parvenir se séparent : Elena suivant le chemin des études, vaille que vaille, alors que Lila, prisonnière du quartier, se crée d'autres rêves ...

 Grandir, changer, se mépriser, se trouver laide, apprendre la latin, le grec, entourée de la peur de l'échec, contre l'atavisme social, et contre son propre découragement ; pour Elena, sortir du quartier, c'est aussi s'éloigner de Lila, ne plus vraiment la comprendre, mais comprendre, par contre, le mépris des jeunes garçons riches pour ses amis à elle, comprendre qu'il y a des frontières, que le chic des filles du quartier n'est aux yeux d'autres que vulgarité criante, que même Lila endosse le rôle de la Barbie, en quête d'une autre voie que la sienne.

Plus que l'histoire de l'amitié, ce qui retient l'attention dans ce livres est son évolution, qui suit celle de leur quartier, de l'immédiate après guerre, à des années un peu plus d'abondance, où l'on peut rêver de robinet à eau chaude et de baignoire.

Il semblerait que la suite vienne de sortir, à en croire les blogs que je suis, avec toujours un certain retard ....

 

20/12/2014

La solitude des nombres premiers Paolo Giordano

la solitude des nombres premiers,paolo giordano,romans,romans italiens,romans adolescence,famille je vous haisUn livre où l'on apprend que "les nombres premiers ne sont divisibles que par un et par eux-mêmes", et qui retrace une histoire de jumeaux dont "le véritable destin consiste à rester seuls". 2760889966649 est Mattia, 276088996651 est Alice et "La solitude des nombres premiers" est le second livre lu de mon tas ramené de l'excursion avec ma copine C. de jardin buissonnier, excursion destinée à dénicher des livres qui faisaient rire. Même seulement sourire. "Noces de neige", c'était déjà pas çà, mais alors là, on atterrit très loin du point de base ...

Les deux trajectoires de ces deux personnages, OVNI du monde, commencent chacune par un drame qui les propulsent chacun dans le leur, de monde, et les ferment radicalement à celui des autres. 

Pour Alice, cela aurait pas être rien d'autre qu'un banal accident de ski, un jour de brouillard, un péroné qui claque, et on n'en parle plus. Mais Alice n'avalera pas cette chute, cet "oubli" paternel, et rapidement, l'adolescente n'avalera plus rien, s'enfermant en elle et dans la salle de bain, loin du père, et elle promène avec obstination et impuissance ses doigts sur les cicatrices cruelles du corps et de l'âme.

Au lycée, Alice se terre et se frotte peu aux autres. Jusqu'au moment où Viola, chef de bande, va jeter son œil séduisant et prédateur, sur l'adolescente. 

Mattia, lui, est l'autre jumeau solitaire, solitaire d'une autre jumelle dont il porte l'indicible différence, à jamais coupable d'un autre "oubli". Il est d'une autre planète, autosuffisante, et si si lui se nourrit, c'est de chiffres. Surdoué, muré, il attire et refroidit toute tentative d'approche.

Pourtant, ces deux là vont se croiser, se reconnaître, ou plutôt, reconnaître en l'autre le miroir sans fond de leur solitude. d'années en années, ils vont tenter de se toucher, de se joindre, bulle contre bulle et silences contre silences.

Dans les premières pages, ce livre m'a agacée, un livre de trop pour moi sur les adolescentes souffrances, et puis non, pas vraiment, ou pas seulement. Parce que les personnages marchent sur une corde si raide et si coupante, si vibrante, que l'on n'a pas envie de les laisser tomber, sans savoir si au bout de la démarche claudicante qui est la leur, sur le fil de ce rasoir qui les sépare, ils n'arriveront pas à se regarder, et à, éventuellement, prendre vie. 

15/11/2014

Le livre d'un été Tove Janson

Comme ce qui pourrait être une ritournelle ou un manège magique : une petite fille, un papa, une grand-mère, une île dans le golfe de Finlande, une île dans un archipel d'îles, plates et grises et fleuries de petites fleurs éphémères, et en fait, pas un été, mais des étés, des myriades d'étés qui n'en font qu'un, l'été, l'été pur par excellence celui de l'enfance, un concentré d'été à lui tout seul, un moment arrêté et juste, juste par fait car ponctué de ces imperfections subtiles qui suspendent le temps.

Dans ce temps de l'été, petite fille, grand-mère, et papa à la pipe vient en quasi autarcie sur leur île, il ne s'y passe presque rien. la petite fille et le grand-mère s'aventurent dans une cueillette, une excursion en barque, une baignade. elles causent, et jouent, des jeux de rien : d'une boite d'allumettes, elles construisent Venise, d'une grosse vague, la grand mère sauve le palais de doges des eaux. Des dialogues, qui l'air de rien non plus chamboulent l'endroit des âges et font grandir.

Le livre est construit sur ces minuscules saynètes, des anecdotes dans le temps qui passe doucement, jusqu'au prochain été parfait et pareil au autres où l'on rangera dans la véranda les pots, dans la chambre d'amis, les cannes et les hameçons, et autres objets éparpillés,  et où seront laissées aux éventuels naufragés les consignes pour ouvrir la trappe de la cheminée. il y a les pétards mouillés des feux de la Saint Jean, la visite d'un voisin, un vieux bonhomme qui fuit sa famille, le jour de la grande tempête où Sophie (la petite fille)  s'est prise pour dieu par ennui et l'a bien regretté ensuite, les commandes du père sur les magasines de vente de fleurs par correspondance, des tulipes pour fleurir l'île, une véritable entreprise que la sécheresse manqua de faire capoter et qui seront sauvées avant le naufrage de la grande saucisse orange en plastique ...

Sophie s'ennuie parfois dans ce temps qui s'étire, colère, injuste, veut grandir, ne pas être là dans ce temps qui ne s'écoule pas alors que d'autres passent faire la fête sur la plage  ... La grand-mère regarde et tire de quelques mensonges consolateurs une leçon pour petite fille, apaise les peines d'amour : pourquoi son chat préféré ne l'aime pas ? Pourquoi plus on aime plus on souffre ? D'autres peines s'annoncent, en attendant elle protège, en fumant en cachette sa deuxième cigarette de la matinée, pose sa canne pour un bain de mer, arrose la pâquerette sauvage d'eau douce avant que la pluie ne tombe, au cas où ...

Un roman de pleine mer qui a la saveur, si douce des eaux calmes et tendres ... Merci à toutes celles qui m'ont tentée !

Une des tentatrices : luocine mais grace à elle j'en ai retrouvé une autre Hélène

07/10/2014

Le bizarre incident du chien pendant la nuit Mark Haddon

J'ai parfois la fibre sociale, voire humaniste. Entre deux plongées dans les horreurs des noirceurs des âmes humaines, je tends le bras vers l'étagère où soufflent les murmures des naïvetés angéliques. Ce que ce roman n'est pas, en réalité, mais un souffle naïf, je le croyais, au moins.

Il met en scène un enfant autiste, atteint du syndrôme d'Azperger, pour être plus précise. Il a construit  son monde bulle où le nombre de voitures rouges croisées durant le trajet entre son domicile et son école détermine si son humeur du jour sera très bonne, bonne, mauvaise, ou très mauvaise, où la couleur des aliments détermine ce qui peut, ou non, rentrer dans son estomac, où qui le touche détermine l'ampleur de son dégoût et de sa violence. Christopher est tout entier dans son déterminisme dont il ne peut sortir et ses calculs incessants sont sa lecture du monde et sa carapace nécessaire. Dans un quartier tranquille, sa routine le protège, et son père fait de son mieux pour faire pareil, maintenant que sa mère est subitement morte.

C'est dans les limites de son territoire que le hasard va frapper, ce hasard qu'il ne peut supporter : il va retrouver le corps du chien de la voisine coupé en deux par une fourche et être accusé du crime, encore par hasard. L'enfant se décrète alors enquêteur et romancier, ce qui lui demande de faire pas mal d'entorses à sa carapace.

Le livre nous place dans la tête de l'enfant et ce choix implique les limites qui font que cette lecture ne m'a pas particulièrement passionnée ( euphémisme à relativiser). Je ne vais pas me lancer dans un "possible-pas possible", me mettre à juger du degré de crédibilité faisant qu'un enfant autiste puisse se lancer dans une fuite solitaire en train vers Londres avec uniquement son rat domestique en guise de panneau indicateur ... Après tout, la possibilité que Fabrice se retrouve pile à Waterloo ou que Rastignac tombe pile sur la pension Vauquer, si on y songe, ce n'est pas très crédible non plus. Et on s'en fiche. Donc aux spécialistes de jauger l'aspect médical et moi ma lecture.

Le point de vue d'un enfant n'est pas un choix facile, il faut que l'enfant reste enfant et c'est risqué. Si on le veut crédible, l'enfant a l'analyse à courte vue et le vocabulaire assez répétitif, surtout quand il raconte (je n'ai rien contre les récits des vrais enfants, dont les miens, mais d'abord, ce sont les miens, ce qui m'enlève de l'objectivité, et les récits des enfants des autres, je les laisse aux autres, vu que j'ai assez avec les miens, qui sont généralement assez longs. Je me demande d'où ils peuvent tenir, cet art, (par ailleurs fort bien maitrisé) de la digression et des parenthèses ...)

Par "courte vue", je veux dire que lorsque Christopher en arrive à une nouvelle révélation, ben, on l'avait vu venir depuis un petit moment déjà. Et, par répétitions, que lorsqu'il recommence à compter les voitures pour savoir si il va vivre un très mauvais jour, un mauvais jour, un bon jour, ou un très bon jour, j'avais juste envie de lui dire "Tais-toi". D'ailleurs, c'est aussi ce que lui sa mère dans le livre, donc, j'ai une super excuse.

Mais le roman a des qualités, dont celle d'éviter les trémolos de la bienpensance en ne faisant pas un ange d'un enfant handicapé, en ne montrant pas des parents sanctifiés , mais des "normaux" qui s'énervent, se découragent, se fatiguent, délèguent, tentent d'avoir une nouvelle chance. l'amour n'empêchant pas l'exaspération et les erreurs, sinon, on le saurait ...

Merci à C. pour le prêt !