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08/06/2017

La porte, Magda Szabo

la porte,magda szabo,romans,romans hongrieUne intellectuelle hongroise fascinée par sa femme de ménage ... Qui eut cru que cela fasse un bon roman ?

Une écrivaine cherche une aide à domicile, une domestique, quoi, même si elle ne dit pas ce gros mot là, ce n'est pas dans son langage. Il n'empêche qu'il lui faut quelqu'un pour les libérer, elle et son mari, dont on ne sait vraiment ce qu'il fait, mais sûrement aussi quelque chose dans le pur esprit, des contingences matérielles, poussière, lessive, cuisine ... ces tâches matérielles qui empiètent sur le temps précieux de leur création et leur bien être très petit bourgeois, finalement. Dans la Hongrie post soviétique, être petit bourgeois, c'est possible, c'est déjà ça.

Sauf que notre narratrice tombe sur Emerence, ou plutôt qu'Emerence accepte de travailler pour la narratrice, après un entretien de mise à l'épreuve. La partie intellectuelle va avoir fort à faire pour prendre le pas sur la partie iconoclaste qui n'est pas prête du tout à céder le pas devant les évidences d'une patronne qui, rapidement, tisse avec ce personnage des liens très particuliers, entre admiration, respect, agacements et colères.

Au départ, je me suis dit qu'il n'était pas possible d'écrire un livre, sur autant de pages, sur un temps aussi long (vingt ans), avec pour seul sujet la relation entre ces deux femmes, avec juste quelques personnages autour pour corser le portrait, et faire des échos. Ben, si, le roman fonctionne.

Un curieux portrait, une voie singulière ... Emerence est atypique, dominatrice. La narratrice fait avec elle connaissance avec la résistance définitive et active rebelle à tout horaires. Versatile, obtue, Emerence a fermé la porte à tous depuis longtemps, personne ne peut rentrer dans son royaume, même si elle peut ouvrir son coeur à toutes les misères, elle choisit les misères et la façon d'aider, qui peut être brutale, radicale, unique en son genre. Emerence échappe à tous les critères de la narratrice car elle échappe à tous les stéréotypes, elle est fermée à tous les discours humanistes formatés. Et elle tient par dessus tout à ses secrets, car ses secrets sont sa liberté et sa lecture du monde. 

Paysanne, elle fuit l'écrit comme un mensonge, sans honte, avec vigueur, la même qu'elle met à balayer la neige des trottoirs du quartier. Domestique sa vie entière, elle est la négation même de la domesticité, avec la même incohérence et âpreté qu'elle met à dresser le chien adopté par la narratrice mais qui ne voit que par les règles d'Emerence.

 La narratrice, à force, s'approche parfois d'un bout du passé, d'un jour d'orage, d'un arbre foudroyé, d'un homme aimé et perdu, d'une petite fille sauvée. Des bouts de secrets arrachés, à la faveur implicite de l'amitié exigeante et radicale que finit par lui accorder, sous conditions, cette femme dont le seul projet semble être de faire de ses économies un mausolée pour des morts depuis longtemps oubliés. Comme une forme de justice autodidacte.

Du livre, se dégage une force de huis clos combatif, tout le reste est atténué pour que ces deux femmes fassent centre ; le cadre historique, social, la déportation des juifs hongrois, la censure des années communistes, affleurent, juste en cas de besoin pour éclairer un peu, leur étrange duo.

L'univers, si pathétique d'orgueil d'Emerence, laisse un sillage d'une profonde tristesse. 

 

 

12/11/2012

L'étrangère Sandor Marais

l'étrangère, sandor marais,romans,romans hongroisUn roman en plusieurs tableaux et trois actes, et la première fois depuis le peu de temps que je fréquente cet auteur que ne je finis pas un de ses titres complètement enthousiasmée, mais seulement complètement charmée.

Premier acte : une sorte de préambule musical sur le rythme de "Mort à Venise" fait entendre les rumeurs et les bruissements d'une société cosmopolite, sous fond de couverts qui croincent sur les assiettes, petites bourgeoisies en villégiature dans un hôtel qui fut de luxe, au bord de la mer, sur la côte Adriatique. Nous sommes au printemps, et il fait chaud, très chaud pour la saison. Du coup, on bouge immobile. Dans cet écrin un peu lézardé, l'auteur nous cisèle de son écriture un ballet surané : le fabricant de porcelaine allemand, un "type" délicatement parodié jusqu'à la caricature, la belle jeune femme légère qui traîne son "Rilke" jusqu'au terrain de tennis, se détachent de la galerie des estivants, quelque peu échoués là, quand même ... Emerge un petit homme, nerveux, crispé, il reçoit un coup de téléphone, vite, il doit partir, il monte l'escalier, se dirige vers sa chambre, la belle touriste le précède, il hésite, lui a-t-elle vraiment lancé une invitation ? cette hésitation si discrète serait-elle pour lui ? Alors que l'on ne sait rien, tout est joué.

 Deuxième acte : où l'on en apprend un peu plus sur Askenazi, l' homme nerveux, un intellectuel petit bourgeois venu en ces lieux pour se reposer d'un adultère commis avec une actrice de peu. Plus que d'elle, de la vraie femme, ou de sa "faute" sociale, c'est à sa question intime qu'il tente d'échapper. C'est que ça le torture, ce qu'il y a au delà du désir, de la "gymnastique du lit", qu'est-ce fait que la femme, cette étrangère, est un manque qui l'englouti ?

Troisième acte : c'est là que j'ai lâché un peu, la quête m'a intriguée sans que je la comprenne vraiment. Tout ce que je puisse en dire, c'est que le narrateur a peut-être trouvé sa réponse, mais moi, je n'ai plus trop compris la question.

Pas grave, c'est beau quand même, et c'est sans doute moi qui suis trop rationnelle face à cette écriture (sublime, j'insiste) qui a des accents d'un d'un si terrible désespoir, d'une solitude si infinie qu'elle m'en a gênée, à la limite de cette gêne qui serait celle de la lecture d'un vrai journal intime.

 

Athalie

 

Du même excellent auteur sur ce même blog :

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/08/12/les-bra...

http://aleslire.hautetfort.com/archive/2012/01/22/l-herit...

 

12/08/2012

Les braises Sandor Marai

les braises,sandor marai,romans,romans hongroisLes braises, elles couvent sous la cendre de deux vieillards depuis quarante et un ans et quarante trois jours, dans la cheminée désertée de la grande salle où un dernier repas a été consommé, et avec lui, bien d'autres choses.

Un vieux général termine solitaire, dans l'aile ancienne de son château, une vie de soldat au service d'un empire d'un autre temps, lui aussi, celui de Sissi l'Impératrice. Il l'a même aperçue une fois, silhouette pressée se détachant sur la lumière finissante du Prater. Mais ce temps-là s'est enfui. Et il ne reste nulle valse, ni musique romantique dans le château du vieux général, que l'on pourrait croire être celui de la Belle au bois dormant, sauf que la princesse, elle est morte. Et que cela fait déjà un moment.

La princesse, c'était la femme du vieux général, Henry, descendant d'une précieuse aristocrate française, exilée en ces bois profonds par l'amour d'un riche officier hongrois, amateur de chasse et d'honneur militaire. La nostalgie a eu raison de leur coup de foudre et ces temps fanés rôdent encore dans les pièces luxueuses où l'on ne fait plus le ménage que deux fois l'an. Parce qu'il y a aussi le fantôme de Christine, la princesse du vieux général.

Pourtant, ce soir-là, le général ve faire remettre en scène le dernier repas pour le convive qui revient, l'autre survivant, Conrad, celui qui est parti brusquement quarante et un ans et quarante trois jours plus tôt. Les deux vieillards ont été amis, vingt deux ans d'études et de carrière commune, une amitié pourtant atypique entre le jeune, riche, courtisé aristocrate, et le jeune, pauvre, musicien, officier presque malgré lui. L'un était si sûr de lui, l'autre si en retrait. Vingt deux ans ensemble, et puis, un jour de chasse, le repas à trois, le départ inattendu. Depuis quarante et un an, et quarante trois jours, le vieux général a ruminé et a retourné toutes les pierres, a reconstruit l'histoire, celle qu'il n'a pas su voir alors qu'il la vivait, cailloux par cailloux. En cette dernière soirée, il va confronter sa construction à la parole de celui qui peut la détruire, ou en être détruit, parce que c'est autant une histoire d'amitié qu'une histoire de vengeance, un ultime coup de poignard. C'est lent, court, mais lent, on avance par petites vagues mais phrases longues. Tout est dit en une réplique ou deux, puis se developpe sur plusieurs pages le reste.

C'est bon comme une madeleine de Proust trempée dans du lait tiédi.

Athalie

Autre commentaire sur ce blog d'un autre titre du même auteur :

L'héritage d'Esther

23/01/2012

L'héritage d'Esther Sandor Marais

imagesCA3K05SH.jpgUne pépite ? toute petite et presque discrètement portée sur une robe de deuil, comme une robe de mariée même pas portée. Je ne sais plus où je l'ai dénichée, sans doute dans une vieille armoire qui couinait pour tenter de se faire remarquer, un sachet de lavande éventée et quelques naphtalines plus tard ...

Esther, vieille fille amoureuse mais un petit, un petit peu coincée, quand même, Lajos, un séducteur veillissant ; (pas coincé, du moins pas dans le même coin), un menteur qui a été flambloyant, l'a dépossédée, flouée, aimée, laissée, comme en passant et dans le désordre, ou en même temps, on ne sait pas trop. Il ne reste pas grand chose, de ce temps d'avant, pas de parures, pas de secrets de famille, où alors, de la poussière d'ailes de papillon. Le temps s'est arrêté, une silhouette un peu guindée, dans la solitude d'une maison à la véranda déguingandée : tous les autres sont morts ou presque, reste deux ou trois témoins pour savoir que oui, il y a eu un temps où Esther fut aimée. Si légèrement, mais quand même. Une nounou est restée, lucide et tranchante. Elle sait les mensonges, comme Esther ne veut pas les savoir. Et Lajos revient réclamer son dû, et Esther écoute, frémissante au lieu de continuer à couper ses dalhias. ( Bon, moi, c'est plutôt les pivoines, mais j'ai transposé, pas grave)

Les mots cisèlent, taillent peu, on se languit sans se languir, comme dans un transat bancal. Et puis, c'est déjà fini.

Athalie

PS : une Esther en Barbie, c'est carrement pas possible ... Donc les orchidées ... ou une rose confite parce que Lajos, il en a un peu plein la bouche, quand même, quand ce ne sont pas des serpents !

14/12/2011

L'année du jardinier Karel Capeck

pivoine.jpg

Un drôle de petit bouquin, une drôle de petite lecture ...

Cueilli par hasard, en passant dans un grand truc commercial où on vend des TV, des radio réveil, des trucs numériques à n'en plus finir que je ne sais même pas que ça existe dans la vraie vie ni dans quel sens ça se plante, pas. Bon. Avec mon homme on sortait d'un grand débat sur la taille de l'écran qu'on va s'offrir pour Noël. Je sais, ça fait rêver. Nous, on est à fond pour la magie de Noël .... 60, 80 cms de diagonale d'écran (ben, oui, la taille, c'est en diagonale, pourquoi ? parce que c'est marqué sur l'étiquette rouge autocollante sur les écrans, avec d'autres infos, qui m'échappent aussi, je m'en fiche, moi, je veux un truc avec un look sympa qui aille bien avec mon meuble T.V super branchouille.). Mais comme il y avait des livres aussi, et que je ne peux ressortir d'un truc où l'on vend des livres sans en acheter un, au cas où tous les magasins qui vendent des livres fermeraient définitivement leurs portes ... Un peu comme les jardineries, en fait.

Le livre est découpé en petits chapitres, un par mois, avec les occupations jardinières pour chaque, pas des vraies, mais des presque vraies. On va ainsi de janvier à décembre, de l'attente de la saison nouvelle à l'attente d'une autre saison nouvelle. Entre deux chapitres, des digressions, jardinières aussi, sur la différence entre le jardinier "de fleurs" et le jardinier de légumes", sur les achats frénétiques de plantes qu'on n'a pas encore, sur l'éternelle volonté du jardinier de recommencer son "oeuvre", sur les affres de la mauvaise terre, dont quelques pages sur la terre argileuse : sa dure conquête, son peu de reconnaissance et de constance,  (là je m'y suis vue, avec mon sac de compost et ma binette à lutter contre le destin qui m'a fichu une terre dure comme un caillou en été, glaiseuse  quand il a plu, avec en life les commentaires exaspérants de mon jardinier-expert de beau père "Mais tu vois bien qu'elle pousse ta haie", quand le truc ridicule qu'il voulait tailler atteignait à peine les trente centimètres deux ans après deux ans de soins attentifs, ou alors "Il faudrait que tu mettes de l'engrais", quand je venais, de rage, de vider l'arrosoir entier de "corne de sang séchée bio" au pied du machin qui ne faisait que me narguer, des pucerons plein les maigres brindilles). Il ya aussi des énumérations infinies de noms de fleurs, inconnues mais poétiques à souhait, parce qu'inconnues (Jules Verne fait la même chose avec les noms de poissons, mais, je ne sais pas pourquoi, le poisson, ça me parle moins), la peur de l'orage subit et violent qui va briser en quelques secondes une beauté éphémère de quelques jours ( mes pivoines !!!) et l'attente de quelques mois ( ou années en ce qui concerne les pivoines, ce qui explique le cri d'angoisse précédent), la peur du vide, le goût du trop plein, la lutte incessante contre les mauvaises herbes et les cailloux dans les plates bandes qui doivent se régénérer depuis le centre de la terre,c'est pas possible autrement qu'il y en ait encore, la compulsion compulsive des catalogues où les plantes proposées sont toujours celles qu'on voudrait avoir mais qui ne poussent pas comme dans les magasines où tout est toujours harmonie parfaite.

Un petit livre de curiosités, mais à réserver aux A. qui ont un jardin et qui y plantent des trucs. Les autres passeront leur chemin sans regrets ( à moins que l'homme de A.M.L. ne se reconvertisse en jardinier "des fleurs" ...).

Athalie

PS : si vous avez un avis sur plutôt 60 ou plutôt 80 de diagonale, pour la taille de l'écran ....