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12/12/2015

La soeur, Sandor Marai

la soeur,sandor marai,romans,romans hongrois,déceptionsAprès avoir été éblouie par "Les braises", et surtout, surtout, par  "L'héritage d'Esther", puis un peu déçue par "L'étrangère", je me suis dit, que, quand même, un petit opus du grand Marai, ça passerait tout seul. Sans compter qu'il m'attendait depuis des lustres sur mon étagère des pas encore lus, comme un petit sucre d'orge de la nostalgie perdue de la splendeur lente des temps qui qui ne sont plus que fantômes des sentiments à jamais éteints ( et encore ... j'en passe ...)

Que neni ! Je dois l'avouer, je l'ai lâchement abandonné à son sort "le pianiste hongrois hospitalisé à Florence d'un mal mystérieux" (dixit la quatrième de couverture), je l'ai laissé dans les mains de son médecin, même pas capable d'un peu de compassion pour "l'artiste impuissant", incapable du "don de soi" (toujours selon la quatrième). Don de soi, je ne sais pas, mais moi, je n'ai pas réussi à lui donner grand chose, en tout cas. Il m'a agacé le virtuose à se regarder le nombril, tellement alangui de son propre ennui qu'il me l'a refilé, l'ennui, le bougre ! 

En plus, il ne voit même pas Florence, vu qu'il tombe dès le premier soir sur la scène de son magistral premier concert, dont il ne raconte rien non plus, vu que le mal mystérieux lui rongeait déjà les neurones. Et moi, j'aime bien lire Florence ( voir l'éblouissant "Vue sur l'Arno") Et voilà, on m'en prive. Et à la place, on me colle dans une salle d’hôpital, face à face avec un médecin qui répète que le mal va être vaincu, que c'est long, mais qu'il n'y a pas de raison. Je suppose que le médecin est resté avec le virtuose jusqu'au bout mais, lui, il était obligé. 

Deuxième mensonge de la quatrième, après Florence, l'histoire de "la relation passionnelle entretenue avec une femme mariée". La femme en question se limite à une initiale, Z. (on ne ricane pas, la dernière lettre de l'alphabet pour un amour impossible, le traducteur a dérapé ou quoi ?) n'avait toujours aucune existence romanesque  à la page 192 (sur 278). C'était pas la peine d'en faire un parc d'attraction, et je me suis dit que ce n'était pas en à peine cent pages, même écrites serrées, qu'elle allait surgir, telle Sissi revenue de ses cendres, pour lui secouer un peu la pulpe neuronale à l'artiste narcissique.

Voilà, faudrait pas faire prendre la nostalgie de mort à Venise pour un canard sauvage.

Et j'ai refermé le livre avant d'être contaminée de rejet définitif de Sandor Marai, je ne voudrais quand même pas en arriver à ce stade terminal. En fait, je me dit que c'est la faute à la quatrième ..., et je retiens quand même le même auteur pour une lecture future. Peut-être bien "La conversation de Balzano", un Casanova à la sauce Marai, c'est quand même tentant ... ou alors ce titre noté chez Sandrine, La nuit du bucher, qui a l'air un peu moins languissant.

09/09/2014

Epépé Ferenc Karinthy

Un bien curieux roman, curieux et dépaysant à plus d'un titre. Pas déplaisant, non plus, mais atypique, cela est sûr ....

Imaginez un sérieux, très sérieux linguiste, très pragmatique, très spécialiste de l’étymologie pluri linguiste, Budaï, qui s'endort dans l'avion qui devait le poser à Helsinsky, il devait y donner une conférence et rentrer chez lui. Sauf que, à son réveil, tout gourd encore, il se retrouve dans un bus, dans un hôtel, dans une chambre d'hôtel, dans un univers inconnu et illisible dont tous les codes lui échappent. Un univers sombre, indéchiffrable, surpeuplé, bousculé, tous les repères sociaux, linguistiques, affectifs lui échappent à ce gars pragmatique et donc optimiste, optimiste, mais déboussolé.

Le roman se construit sur les tentatives du personnage, tentatives logiques, raisonnées, raisonnables, pour en sortir de ce piège inconnu, sauf que, là aussi, pour en sortir, il faut le comprendre, de monde, au moins un peu, communiquer, se repérer dans le temps, l'espace, les usages. Ce qui s'avère beaucoup, beaucoup plus complexe, que ce que l'intelligence de Dubaï, pourtant sans faille, ne peut anticiper. A chaque tentative, son, échec, à chaque échec, une nouvelle  tentative. Logique, mais sans faille.

Ce n'est pas un livre de science fiction, le monde où est enfermé le personnage n'est pas futuriste,c'est une sorte de calque du nôtre mais en plus frénétique : une masse d'hommes fourmille sans cesse, grouille en déplacements compacts et brutaux, sans empathie aucune pour le héros qui parcoure tous les différents sens possibles, qui arpente, note, analyse cet espace, ethnologue perdu d'un ordre qui l'ignore, où les repères sont à la fois identiques et totalement obscurs à sa raison.

 Les grattes-ciel poussent plus vite que de raison, les ascenseurs suivent le rythme et les métros aussi. Les hommes poussent, se poussent, ne semblent s'arrêter que pour faire la queue, la queue sans cesse, pour prendre le métro, l’ascenseur etc ... Le moral du pauvre Dubaï finit par vaciller dans cette immersion forcée. Selon ses pérégrinations, il oscille entre résignation, révolte, colère, rage, apathie et espoir.

S'il s'en sort ? On ne peut le dire, mais ce que je peux conseiller par contre, c'est de lire la préface d'Emmanuel Carrère après le roman. Ce que j'ai fait, mais par hasard, en fait, et, à posteriori, je pense que ce hasard-là est mieux que l'inverse. Non pas que le propos de Carrère soit superfétatoire, loin de là, mais il donne, je trouve, un peu de pistes de lecture et d'interprétation. Il vaut mieux tenter d'abord cette étrange expérience de marcher avec Dubaï, de se confronter avec lui à cette étrangeté cruelle, espérer et désespérer avec lui.

Une lecture découverte grâce à Katel, merci du conseil !