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20/12/2012

Grand-père avait un éléphant Vaikom Muhammad Bascheer

grand-père avait un éléphant,vaikom muhammad bascheer,romans,romans indiens,contesOu comment se faire avoir totalement de son plein gré et en toute conscience par une couverture rose kitch, le genre fluo à paillettes, qui vous fait cligner des yeux sur l'étalage. Avec une grosse éléphante glamour dessinée dessus qui rigole, ma fibre Bollywood  a vibré. La quatrième disait "conte et sagesse indoue", trop tard, le rose m'avait convaincue. Mais trop de rose nuit.

C'est la très courte histoire d'une jeune fille qui porte, par contre, un prénom à rallonge, si bien que je vais pas l'écrire souvent, KounnioupaHoumma ( le genre de nom à vous faire faire une faute de frappe de plus !). KounnioupaHoumma est fille de Houmma, elle même fille chérie de Anamakkar, le grand père qui avait un éléphant, visiblement un signe de gloire et de respectabilité, vu que la Houmma (mère), elle n'en démord pas. La famille est riche, très riche, supérieure, très supérieure, mulsulmane, très musulmane, fermée, très fermée. Pas comme ces "égarés", les Kafir. Pas trop compris ce que cela recouvrait comme religion ou comme caste, sauf qu'il peut y avoir des Kafir mulsumans et qu'une Kafir se reconnait à ce qu'elle porte un sari et un corsage à manches courtes qui découvre la taille. Ce que KounnioupaHoumma rêve de porter quand elle sera grande, ce dont il n'est pas question pour l'instant et pour ses parents. En attendant son mariage, elle reste immobilisée, dans la maison, couverte d'or et sans révolte. Elle attend qu'on vienne l'épouser. La mère est difficile et le père bientôt ruiné. Plus de mariage en vue, mais toujours pas de sari. Peut-être une liberté nouvelle en vue grâce à la pauvreté (oui, là, je tique un peu ...) un puits, une mare miroir du monde méchant, des toilettes sèches et déplaçables (non, je n'exagère pas).

Fable légèrement troussée sur (me semble-t-il) :

  • la différence religieuse et les apparences à dépasser, parce que ce n'est pas bien de ne pas dépasser les apparences, et qu'en les dépassant, on peut être heureux,
  • l'acceptation de son sort mais qu'on peut améliorer quand même un peu grâce aux toilettes séches et à la sagesse pragmatique d'un prince charmant.

Se laisse picorer en passant, mais bon, moi et la sagesse indoue, j'ai encore du boulot, faut croire.

 

Athalie

 

 

06/09/2011

Le plaisir ne saurait attendre Tishani Doshi

bouddha.gifPorte particulièrement bien son titre .... même décor que dans l'Equilibre du monde, même pays, l'Inde, même grande ville, même époque, les années soixante, soixante dix, plus ou moins ... mais cette fois-ci, on est du bon côté, ça repose et ça coule, on a moins peur que tout s'écroule et qu'on perdre nos personnages en route, qu'ils disparaissent dans le trou. Ici, il a des ornières et des cahots, mais on ne bascule pas dans le fossé, haillons par dessus tête.

C'est l'Inde de la bourgeoisie moyenne, tranquillement prospère. Le premier à secouer le cocotier, ce sera Babo, le fils aîné, envoyé, non sans cérémonie photographique très exotique, en Angleterre, la nation moderne, pour y suivre une formation, qui permettra, à son retour programmé, de continuer à faire prospérer l'entreprise de peinture familiale. Sauf que ça va disjoncter grave, et vite, genre électrochoc gallois, blonde, avec un ruban rouge dans les cheveux. Babo est jaïn, ce qui veut dire qu'il ne peut consommer ni viande, ni alcool, ni femme. Et c'est à peu près dans cet ordre là qu'il en faire une consommation gourmande. Sans remords. D'ailleurs, c'est un livre qui laisse peu de place aux remords, ou autres ratages vraiment, vraiment, graves. Enfin, parfois, ça pourrait l'être, mais le parti-pris n'est pas celui là.

On suit donc Babo, de retour (mais je ne dirai pas comment et pourquoi sinon, y'a une A. qui va m'accuser de tout raconter), ses amours, ou plutôt son amour, sans presque une ride, et avec, les couics et couacs des père, mère, frère, soeurs et filles. Il leur arrive des trucs qui coincent et qui cahotent mais y'a toujours une brise quelque part dans le ton : le métissage, c'est possible, l'amours toujours, c'est possible, l'harmonie, c'est possible aussi ...

Le personnage de Ba, l'aïeule, a un air de Terre des oublis, au fond de sa cabane-demeure des souvenirs d'enfance, qui caquette du bruit des voisines, et elle, qui bruisse d'odeurs divinatoires.

Quand il leur arrive des gravités, à ces indiens doux-là, c'est plus du paprika, un léger picotement qui passe, mais qui a du goût quand même.

Athalie

 

31/08/2011

L'équilibre du monde Mystri

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Voilà une note qui n’est pas facile à faire tellement j’ai aimé ce livre : pas possible pourtant de ne faire qu’une liste de superlatifs. Le seul qui me vient est « dévorant », comme la misère, comme vouloir s’en sortir, sans trop se salir en pataugeant dans la fange et les ordures, les pieds dedans, englués, enchainés.

Le "Marabahatha de la pauvreté" pourrait peut-être convenir, mais je ne connais pas le "Marabahata," le vrai, je sais juste que c’est une espèce de fleuves d’histoires censées révéler l’âme incestrale de l’Inde. Si ce n’est que cela, cela va bien. Sauf que là c’est l’Inde des années 1970, et l'âme ancestrale .... on a envie de la secouer.

Pas de cynisme comme dans Le tigre blanc, mais une certaine naïveté, au contraire, un regard tendre sur des laisser pour compte aux grands coeurs, des aller et retour dans le destin des personnages comme des montagnes russes qui vous font toujours  craindre qu’après le un peu mieux, viendra le un peu plus pire. Dès fois, on ne voit pas ce qui pourrait être pire, mais tout semble possible, surtout le pire. Ce qui fait que plusieurs fois, je suis aller voir quelques pages plus loin, pour voir si ils étaient encore là, si il leur était rien arrivé, de définitif, je veux dire.

La première scène donne un ton, une des tonalités, quelque peu  burlesque, où est prise à la légère la gravité sous entendue, trois des héros se rencontrent par hasard dans un train qui s’est arrêté parce qu’un suicide vient d’avoir lieu sur la voie. Un de plus, visiblement, et le narrateur se fait voix collective pour déplorer le manque de succès du poison ou de l’empoisonnement …  Les trois, C’est Maneck,  Ishvar et Om. Sans le savoir, ils se rendent dans le même endroit, chez Dina. Le premier comme hôte payant, les deux autres comme tailleurs, employés hypothétiques d’une entreprise qui n’existe pas encore. Mais évidemment ils n’en savent rien.  Dina, elle a été mariée avant, avec un homme qui l’aimait et qu’elle aimait. Trop peu de temps. Elle a été fille, elle aurait dû être médecin. Elle est maintenant veuve, solitaire  et sœur d’un abruti qui veut sans cesse la remarier et qui ne lui refuse même pas l’aumône. Elle a un petit appartement, délabré, une véranda et un cœur un peu séché, des yeux qui ne voient que peu, la seule volonté de ne pas se laisser faire. Au point que dès fois, elle se goure. Maneck, c’est l’enfant gâté, il vient des montagnes, transbahute les rêves de sa pureté et ceux de ses parents, et va se cogner la rudesse impitoyable de la grande ville. Ishar et Om, c’est l’oncle et le neveu, sorte de Laurel et Hardy des intouchables, Charlots de la ruée vers l’or. Ils comptent le trouver dans la grande ville eux aussi. Quelques bidonvilles et amitiés incongrues  plus tard.

C’est un livre où les délires gouvernementaux de la loi d’urgence font que l’on ramasse des fous et des ivrognes pour les faire travailler sur des chantiers publics, qu’on propose (ou impose) une opération  de stérilisation contre un poste de radio, où la corruption gangrène les hommes aussi sûrement qu’une peste malodorante et purulente, ça pustule de partout, où pourtant le roi des mendiants peut (presque) devenir une bonne  fée, où un patchwork  aurait pu être magique et sombre dans une infinie tristesse.

Pour moi, à lire absolument, même si les bons sentiments y coulent parfois, ce n’est pas inutile, parce qu'autrement ce serait à hurler. De rage.

Athalie

PS : avis, l'auteur du tigre blanc Aravind Adida vient de sortir un nouvel opus : Les ombres de Kittur, à voir .... Moi, je fais un break sur l'Inde, ce pourquoi ,je laisse la main à la A. nantaise pour L'histoire de mes assassins

30/08/2011

Compartiment pour dames Anita Nair

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C’est fait pour raconter la condition des femmes en Inde, c’est dit dès le départ qu’on va avoir une galerie de portraits de femmes, injustement traitées, que l’on va suivre une trame de différents destins pas mêlés. C’est artificiel mais pourtant  pas très grave finalement, puisque c’est dit. Ce n’est pas virulent, ni démonstratif, juste des petites touches d’une peinture entre résignation, petites victoires et tristesses, des facettes, des entrevues entre aspirations et possibles, des tiraillements, un poids les relie, celui de la tradition.

Une histoire de femmes, donc. Celle qui fait le lien, ou l’encadrement, qui donne le rythme et le prétexte de celles des autres,  est celle d'Akhila,  célibataire de 45 ans, fonctionnaire pâlichonne et morne à la vie plate comme un sari amidonné. Elle n’a rien vécu, ou plutôt n'a rien voulu vivre, elle a fait son devoir d'aîné, sa vie est passée dans un acceptement non consenti dans celles des autres, sa  mère, peu compréhensive, sa jeune sœur, exigeante, ses frères,  dont il a fallu qu’elle assure la subsistance puis les études et le mariage,  suite à la mort d’un pére falot pitoyable mais  tyrannique dans sa médiocrité. Le récit débute par sa fin, sa première décision pour être elle.  Elle va pendre le train pour se rendre dans un endroit inconnu et y passer quelques jours, sans raisons. Prétexte fictionnel peu crédible mais qui lui permet de poser ses fesses (et nos oreilles) dans un wagon, celui réservé aux "femmes et aux handicapés", de rencontrer les autres histoires, des brides ou des vies entière selon les narratrices qui succèdent à sa voix et à sa question « une femme en Inde peut-elle vivre seule ? » Ben apparemment, c’est pas facile, facile … mais avec un mari, cela n’a pas l’air évident non plus, sans compter les mères castratrices, les pères qui meurent en laissant leur filles aller à la prostitution et les mères qui les pousser vers un mariage forcé, les frères exigeants, les sœurs égoïstes. La famille indienne parait dévorante, même la liberté que quelques unes ont pu se donner les a enchaînées …  La toute jeune Sheela  conspuée parce que a fait ce qu’elle pensait être juste, juste rendre sa beauté à sa grand-mère morte,  Janaki, qui s’est endormie dans l’amour et la protection d’un homme, toute sa vie, sans même s’en rendre compte, ni s’en soucier,  Margaret ou l’amour vitriol, Prabha Devi ou comment retrouver sa voix et son corps  en se réussissant à , en cachette, flotter dans une piscine vêtue d’une sorte de combinaison anti impuretés …  et le pauvre chemin de Mari, substitut balottée au gré des intérêts ou des envies des maîtres , des amours des autres, jamais les siens.

Leurs paroles, nous parviennent, comme en sourdine, des confessions murmurées au fur et à mesure du voyage, les unes après les autres, sagement alignées dans leur boîte à train. La technique de la tranche de vie n’est pas lassante, elle semble tenter de boucler un tour d’horizon, une boucle qui ne serait pas complètement refermée sur elle-même, mais qui aurait un peu bout d’ouverture, un souffle entre les barreaux de la fenêtre, même illusoire et fugace.

Athalie

10/10/2009

Le tigre blanc, A. Adiga

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Là, on est dans le cynisme pur et brut. Pour ceux qui avait encore une vision idyllique de l'Inde, soit dans le sens post soixante-huitard, genre Bénarès et peace and love, ou dans le sens plus récent, de modèle de réussite libéraliste, genre pays modèle parmi les pays dits "émergeants" (émergeant de quoi d'ailleurs ? de la misère dans lequel ce même système les avait plongés ou laissés patauger .....), et bien, là, c'est la claque !!!
L'écriture est rapide, sans fioriture, efficace, dure et tranchante. L'écriture est à l'image du monde décrit et du personnage qui prend la parole, "le tigre blanc".
Rien n'est épargné, l'idéalisme n'a pas de droit de cité : et vlan pour la plus grande démocratie du monde dont "le tigre blanc" révèle le leurre et l'imposture, et blan pour les classes dirigeantes corrompues jusqu'aux babouches, écoeurantes de nombrilisme.
Rien à sauver non plus chez les petites gens, le peuple des domestiques, vulgaires, écrasés par la bêtise, l'inculture, les traditions, sales et complaisants... Les liens familiaux ? Marqués par la cupidité et montrés comme le fardeau qui retient l'individu dans sa propre fange. C'est une prison que la pauvreté, mais "le tigre blanc " assene surtout que c'est une prison  consentie : "une cage à poule".
"Le tigre blanc" se définit comme un "entrepreneur".Il retrace son itinéraire sous forme de lettres au premier ministre chinois qui va venir "apprendre la vérité sur Bangalore" ; Des "ténèbres" du fin fond de l' Inde laborieuse à son état de chauffeur-domestique à tout faire, puis sa réussite individualiste et cynique. Il dit "la vérité sur Bangalore", c'est-à-dire, qu'il met en miettes tranchantes comme des éclats de verre, la façade de la réussite indienne.
Ni remords, ni doute, ni humanisme et une seule valeur : sa propre peau et sa propre richesse.  Une réussite acquise en assumant mépris et individualisme. Une vision terrible de l'Inde, mais aussi des sociétés sur lesquelles cette Inde "moderne" s'est calquée. "Une révolution indienne ? (....) Le livre de ta révolution est dans tes tripes, jeune Indien. Chie-le, et lis" 

Athalie