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01/02/2017

Le testament de Marie, Colm Toibin

Michelangelo's_Pieta_5450_cropncleaned.jpgL'idée du livre est juste de celles qui me font me précipiter sur un livre, l'histoire officielle retournée comme un gant et volte face vent debout aux constructions de la pensée, on culbute les mythes et on va voir sous leurs jupes.

Et ici, les jupes sont celles de Marie, la piéta, la mère des douleurs, celle qui a attendu sous la croix que le corps de son fils lui soit rendu, dans ce geste idéal de toute maternité souffrante qu'a sculpté Michel Age, figure éternelle de la tendresse humaine.

Sauf que Colm Toibin a pris le parti pris de laisser la piéta à Michel Ange et a pris en main une Marie humaine : elle a vu partir son Jésus avec ceux qu'elle dit être des fous, des laissés pour compte. Elle l'a croisé ensuite lors de certaines noces où on a crié au miracle, alors qu'elle dit qu'elle n'a trop rien vu, qu'il y avait bien trop de monde autour de lui,  et peut-être d'autres jarres de vin derrière. En tout cas, il était bien présomptueux ce jour là, son Jésus de fils, assez pour ne pas lui adresser la parole. Elle était venue le chercher, le prévenir de se cacher, les espions romains et juifs voulant sa perte. Ses discours et ses miracles font trop de bruit, il faut qu'il arrête ses paraboles auxquelles d'ailleurs, elle ne prête pas une oreille très attentive .... C'est juste que c'est son fils, qu'elle aime, comme elle a aussi aimé son père, Joseph, quoique les disciples de son fils, mort à présent, veulent lui faire dire dans sa maison solitaire à Ephèse. Elle, elle aurait quand même tendance à penser que la mort de son fils était programmée pour en faire le fils de dieu.

Marie subversive, Marie refusant de participer à la construction de la doctrine, Marie rétive à ces paroles de sanctification d'un mystère lui prenant fils et mari, l'idée était séduisante. 

Seulement voilà, le livre me laisse mi figue mi raisin. Marie résiste mais reste une figure nimbée de mysticisme. J'aurais adoré la voir lui fiche une bonne raclée à Paul (parce que cela ne peut être que lui qui vient ainsi la voir, tentant au passage de s’asseoir sur la chaise de Joseph). Des bons coups de battoirs qui lavent les voiles plus blanc et blanchit même les martyrs ...

Mais non, Marie, même mère plus que sainte, reste éthérée, insaisissable. Le halo de la sainteté ne se laisse pas soulever comme cela, mais bien tenté monsieur Toibin, on y est presque !

PS : pourtant, je persiste, il aurait bien mérité une bonne petite remise en cause le Paul. Depuis la lecture du Royaume, il m'énerve avec ses airs de monsieur je-sais-tout, celui-là ...

10/12/2016

Le testament caché, Sébastian Barry

plume-plomb.gifCe roman pourrait être l'exemple parfait d'un récit où une invraisemblance en cachant une autre, on se retrouve pantois au début, et finalement, aussi à la fin.

La situation de début : Roseanne Mc Nulty a cent ans et elle est internée depuis ses vingt cinq ans dans un hôpital psychiatrique, en Irlande. Hôpital est mot trop moderne en réalité, il s'agit d'une institution, l'institution de Roscommon, dirigée par on ne sait qui, mais le fait est que les bâtiments tombent en ruine, que les rats y règnent, et que le personnel, un balayeur distrait qui se balade la braguette ouverte, n'est pas de la première fraîcheur non plus. Il a été décidé que les locataires vont être relogés dans des locaux moins vétustes, et que la modernité allait balayer la poussière du passé sordide de cet établissement. Cet exil nécessite qu'une opération diagnostique soit menée et c'est le seul docteur Grene qui s'y colle : il doit établir qui peut être rendu à la communauté des vivants, dans cette collectivité de fous, dont il se doute bien, vu les temps anciens irlandais, que beaucoup ont été internés pour raison "familiale", que leur folie a surtout été de ne pas cadrer d'avec les normes sociales en vigueur dans une Irlande à la morale rigoureusement moraliste.

Le truc qui m'a bloqué est, bêtement sans doute, l'âge de Roseanne. A 100 ans, me suis-je dit, toujours bêtement, sûrement, après 75 ans d'internement, à quels vivants cette femme pourrait-elle être rendue ? Je comprends bien que pour que le roman fonctionne, il faut que ce personnage soit complètement coupé du monde, mais alors pourquoi partir du supposé qu'elle pourrait y retourner, le genre de cogitations internes qui me fait relire trois fois la même phrase, parce que je reste collée à ma question. Et que je m'en fait une montagne, quand, en plus Roseanne décide d'écrire son journal intime, pour dire sa vérité à elle, toujours bêtement, je me dis qu'elle en a quand même mis du temps, et quand elle le cache du docteur sous les lattes du plancher, je n'y comprends plus rien à la logique romanesque du bouquin.

Il se trouve, par ailleurs que la plume de la centenaire est drôlement alerte, comme sa vélocité pour cacher le journal (mais bon admettons  ...) et que même si elle a quelques trous, quelques visions troubles de son enfance, de son père et d'une histoire de sacs de plumes et de sacs de plombs qui tombent d'une vieille tour, et d'une autre histoire d’exécution dans un cimetière, elle tient quand même drôlement la cadence du stylo.

Les trous et les embellies vont être rectifiés par le second journal intime, celui du docteur, qui mène l'enquête sur le passé de Roseanne, une recherche un peu longuette, vue qu'il se perd souvent dans son histoire de deuil à lui, celui de son couple, puis de sa femme, en enfin, en gros, de ses illusions.

Il découvre que la père de Roseanne n'est pas l'homme intègre, victime du destin malheureux qu'elle décrit. Sur fond de première révolution irlandaise, sa misère et sa triste mort furent les conséquences de trahisons et de hontes que sa fille boira, à sa tour. Elle connaîtra le destin des femmes trop jolies, brisées par la rigueur morale d'un prêtre et d'une société rétrograde où les apparences et les ragots, firent son malheur, abandonnée sans pouvoir se défendre, comme un souvenir dont même la trace a disparu. Elle avait cru pouvoir être heureuse, avec Tom, son jeune et amoureux mari, dans une nouvelle Irlande. Elle sera bannie, rejetée de la communauté pour une rencontre furtive qu'elle ne peut pas elle même expliquer, avec un homme lié aux remords de son père, ou peut-être parce qu'elle avait en elle de la folie de sa mère.

Il y a de beaux, très beaux passages, à l'irlandaise, des passages de pluies, de rayons de soleil, de baignades et de jeunesse, des tristesses, des rêves de légendes et de rédemption ... l'écriture suit les méandres des pensées des deux personnages, si bien qu'on s'y croirait ... J'avais presque réussi à passer outre les cent de Roseanne quand j'ai vu se profiler le noeud de la fin, si gros et si inutilement dramatique, qu'un saumon irlandais ne passerait pas par le chameau de l'aiguille.

09/07/2015

Le coeur qui tourne, Donald Ryan

le coeur qui tourne,donald ryan,romans,romans irlande,dans le chaos du mondeLes premiers contacts avec ce titre furent rudes. J'ai d'abord retourné le volume pour lire le quatrième, ce que je n'avais pas fait devant le monsieur de chez Albin Michel qui était derrière le stand de cette maison d'édition lors du festival Etonnants Voyageurs et qui me disait le plus grand bien de ce livre en m'en racontant plus ou l'histoire, ce qui fait que je ne l'écoutais pas vraiment. J'avais retenu "Irlande, noir, misère", et c'est tout.

Et là sur le quatrième, je retrouve les mêmes mots, ce qui est déjà pas mal, mais aussi une info qui me fait me dresser les poils des bras "21 narrateurs".... Ce n'est plus un roman choral, c'est une fanfare, ça va faire cacophonie dans ta caboche ma pauvre Athalie, tu vas larsener à fond, soupirs ... et le final du futur casse tête, on m'annonce un roman qui serait à la hauteur de "Tandis que j'agonise", et là, je rends  l'âme avec la tête qui explose d'avance. Faulkner, je peux pas, comprends rien, y'a trop de mots, ça me saoule et me plombe. Malgré tout, je ne fuis pas ma responsabilité d'acheteuse compulsive de bouquins, et je me lance. 

Monsieur de chez Albin Michel, juste un mot, vous aviez raison, il est drôlement bien ce livre. Monsieur de chez Albin Michel qui rédige les quatrième, il faut changer de boulot. Si vous voulez, je le fais à votre place, je ne sais pas si je serais meilleure, mais en tout cas, je laisserais tomber Faulkner, c'est pas vendeur, et c'est faire que le livre veut se la péter intello, ce qui n'est pas juste. Pour corser le quatrième, vous auriez pu ajouter bien d'autres choses, en somme. Par exemple, que sur les 21 narrateurs, il y en a qui est mort ... et tous les autres qui sont plombés. Le héros est plombé, le pays est plombé, l'amour pas mieux et l'horizon pareil. D'ailleurs, y'a pas d'horizon, comme ça, c'est-y pas mieux ?

Quelques autres pistes pour donner envie de lire "Le coeur qui tourne" :

  • Un village dans une Irlande en pleine banqueroute, après le boom économique artificiel qui laisse la panade et la mélasse derrière lui,
  • L'entreprise de BTP qui construisait des logements à tour de bras pour futurs endettés a cessé son activité, le patron vérolé a mis la clef sur la porte et s'est envolé avec la caisse vers d'autres cieux,
  • Les hommes qui construisaient les lotissements se retrouvent devant la porte fermée, sans chômage, et sans futurs emplois vus qu'ils avaient les derniers.
  • Les pères sont de vrais salauds depuis un paquet de temps. Les mères n'y peuvent rien, quand elles tiennent encore debout.
  • Bobby est un super mec, il aime une super femme. Il est super beau, il a l'étoffe d'un super héros, tous l'admire. Sauf qu'il n'en sait rien, il se prend pour un gros nul. Son rêve, c'est de tuer son père. Et on le comprend.
  • Les lotissements sont vides, contrefaits, et quand Bobby tente de sauver quelques espoirs, ben, il n'aurait pas dû.
  • Les pubs sont remplis d'hommes désœuvrés, marqués par l'atavisme local, bornés, queutards et à courte vue, quand le poids de la déveine ne les a pas  rendu tarés, débiles, racistes, violents et profondément désespérés. 

Bobby est le cœur autour duquel tournent les récits de ces 21 narrateurs, le lien entre ces personnages qui, tour à tour, prennent la parole pour raconter un bout de son histoire, ce qu'ils pensent en savoir, parfois, ce que les autres en disent aussi ... Ils posent alors quelques petits bouts de la leur, des bouts racornis et coincés là, dans ce village qui porte la poisse. Des bras cassés, des humiliés, des meurtriers par omission, des impuissants.

Dans une autre langue que celle de l'auteur, cette humanité pourrait n'être que vile et terrible. Mais, au contraire, ce qui est terrible, c'est que tous sont un peu humains, touchant sous les couches de non-dits, des restes d'amours et d'humour ...

Et un beau personnage se profile là, Bobby, un homme à terre qui à une allure de héros de statue de héros grec. Fallait le faire ....

 

26/08/2012

Les trois lumières Claire Keeman

imagesCAZWJPLN.jpgDécouvert au passage dans une librairie de Figeac, où, alors que franchement, je n'étais nullement en panne de lectures, j'ai fait quelques emplettes parce qu'on ne peut ressortir d'un lieu intelligent comme celui-là les mains vides. (D'ailleurs, j'ai vérifié, aucun Christine Angot dans les rayons ...). Une très jolie couverture, un texte court, et voilà.

Un texte court, presque une nouvelle, mais un texte rond, qui n'a pas le goût de trop peu non plus, c'est juste assez, même les virgules, elles se courbent là où il faut, et les points se placent à leur place, jusqu'au dernier, le final, qui clôt avec une délicate ambiguïté une histoire où il ne se passe finalement pas grand chose.

Une fillette à la famille trop nombreuse est placée, le temps d'un été, à priori, chez un couple sans enfant. Tout doucement,sans faire de bruit, elle y prend place et se laisse glisser vers une sorte de sérénité, nouvelle et douce, découvre la saveur de la confiance et celle de pouvoir garder des secrets. Il y a aussi, une tarte à la rhubarbe, le goût de l'eau de la source, un matelas qui suinte, les courses vers la boite aux lettres, un esquimau glacé, un matelas qui ne suinte plus, une veillée funèbre, un chien qui n'a plus de nom, du silence, des bras qui se ferment. Et c'est tout.

Athalie

Un autre commentaire, élogieux aussi, mais plus développé :

http://www.laruellebleue.com/7048/les-trois-lumieres-clai...

08/07/2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox Maggie O'Farrell

Friperie-lyon-580x356.pngC'est un roman dont le charme romanesque monte en nostalgie au fur et à mesure, sans effets de cymbales, avec quelques invraisemblances narratrices, détours sentimentaux et même des clichés presque éculés, mais je n'en ai eu cure tant le personnage d'Esme a remporté mon adhésion, esprit critique tout amolli.

La première fois qu'elle apparait, elle n'est qu'une silhouette contemplative, une ombre mal aisée, en contre-jour d'une fenêtre, dans un hôpital psychiatrique d'Edimbourg. Elle a 76 ans et cela fait soixante ans qu'elle est enfermée là, effacée de la mémoire familliale et presque des archives du lieu. Elle y a été enfermée à seize, nul ne sait plus trop pourquoi ... L'hopital doit fermer, les pensionnaires doivent donc être recasées quelque part. Et Esme, n'a plus personne, sauf Kitty, sa soeur, atteinte de la maladie d'Alzeimer mais elles sont inconnues l'une à l'autre, depuis lontemps, et une arrière nièce, Iris, qui ignore tout de l'existence de la vieille folle. Iris est une jeune femme moderne, presque sans attaches, en tous cas, pas les bonnes, et qui va donc se retrouver à hériter d'Esme, au moins pour quelques temps.

La reconstruction des faits passés va se dérouler presque en dehors d'Iris, qui n'en saura finalement pas grand chose, alors que nous, on a accès direct aux tableaux de la mémoire d'Esme, et aux restes de la mémoire de Kitty. Le premier tableau se déroule en Inde, celle des colonies anglaises, Esme, Kitty, leur petit frère y vivaient avant. Et déjà, la petite fille insupporte sa mère, ne cadre pas avec les attentes, les déborde. Premier drame, et exil à Edimbourg, retour aux cadres toujours, chez la grand-mère grande bourgeoise, monde fermé, froid, de contraintes encore, et de règles de conduites à tenir. Kitty s'y plie. Esme rechigne, bute et tombe.

Soixante après, l'histoire d'Esme croise celle d'Iris, et sa propre voix celle de sa soeur, pour déplier les plis, et même un peu au-delà.

Soit, il y a de l'artifice dans cette construction-reconstruction, l'agencement des sentiments et des hasards, la cécité d'Iris (necessaire, pour que la fin arrive comme elle arrive) est confondante, la rebellitude d'une jeune fille de bonne famille finalement fort convenue ... Et pourtant, une écriture fluide qui m'a happée comme dans les plis de la robe d' Esme qui se déploie un peu au vent avant de retomber. Forcément, comme après un grand déballage ou un grand nettoyage d'automne.

Athalie

Le commentaire par où cette lecture est venue (mais il y en plein d'autres .....)

 http://metaphorebookaddict.wordpress.com/2011/06/04/letra...

06/07/2011

Eureka street Mac Liam Wilson

 

belfast.gif

Il y a des collègues grandes lectrices et des A. cachotrices. " C'est comme dans Eureka street". "Ben, dans quoi ?" " Ben dans Eureka street ! " "C'est quoi Euréka street ?" "Ben, c'est un bouquin génial, tu connais pas ? Ben, comment ça se fait ?" Ben , comment ça se fait ? ça se fait qu'on ne m'a rien dit, qu'on a gardé Eureka street pour soi toute seule, que je suis la seule au MONDE à ne pas connaître Eureka street et que je vais faire la gueule (deux secondes, durée maximale envisageable) 

Et ben, j'ai lu Euréka street. Et j'ai refait la tronche, toujours deux secondes, parce que je l'avais déjà fini. Elle avait raison, la cachotrice, c'est un génial de petit bouquin, le genre qui redonne la pêche à une lectrice engourdie, qui met du soleil (irlandais, il faut le lire pour le croire) dans le ciel hivernal (breton, il faut être une douce réveuse pour le croire aussi). Il donne même envie d'aller à Belfast, et quelle lectrice bretonne pourrait avoir envie d'aller en Irlande en plein hiver ? Il en fait une ville littéraire, belle et forte, un des personnages les plus attachants du roman, qui pourtant n'en manque pas.

Dans la petite ruelle d'Euréka vit Chukie, gros, pas beau et pauvre, avec sa mère, image même de la banalité, pauvre aussi et pas belle non plus, mais maigre, par contre (ce qui n'a strictement aucune importance, quoique ... ). Grâce à une superbe arnaque légale, bâtie sur du vent libéral, auquel il ne comprend pas grand chose, sur fond de pacification et de mondialisation forcenée et inconséquente, ce paumé invisible va devenir un millionaire naïf et amoureux, la ménagère se révéler à des plaisirs, comment dire ... résurrectionnels (mais peut-être pas très catholiques) ?

Et tout est comme ça, et pourtant ça sonne vrai et juste : la réalité politique de l'Irlande du nord, les derniers attentats, oui, ils y sont aussi, l'omniprésence de l'importance de l'appartenance religieuse, les obligations de choix à ceux qui en ont marre et aussi à ceux qui ne veulent pas lâcher, sinon, quelle lutte ? Jake, qui ne veut pas de ce poids historique, juste tomber amoureux, et Aoirghe qui, elle, y trouve sa raison de vivre et pourtant ....

Ce pourrait être grave, c'est drôle, même lorsque (comme moi), on se mélange les pinceaux dans les enjeux politiques, qui manifeste contre qui, pourquoi il faut parler (ou non) gaélique .... on est du côté de l'histoire qui fait du bonheur : Chuckie, toujours, qui avance sans le savoir vers sa rédemption de loser triste en héros romanesque, de Jake, de ses histoires d'amour bancales et égarées.

Sortir de ce qui a été une vraie tragédie, sans même sembler en parler. Très fort !

Athalie

13/06/2011

Mauvaise pente K. Ridgway

mauvaise pente.jpgRoman désolant sur des vies désolées.... La couverture devrait être totalement grise, remarquez, elle l'est plutôt, mais il y du vert, un vert qui fait gris, déjà. C'est plat, comme livre, vous me direz, tous les livres le sont, plats, oui, mais celui-là, il est aussi plat à l'intérieur, platement triste. L'héroïne est comme délavée, elle doit porter du vieux bleu marine assorti à du liberty moche (parce qu'il peut y avoir du liberty joli, la preuve, la dernière tunique que je me suis achetée) et des chaussures sans âge. Comme un papier peint oublié des années cinquante, ou un truc poussièreux dont on n'a pas envie d'enlever la poussière, parce que ce doit pas être plus joli, sans. Le fils est pas mieux, il est d'un gay triste.

C'est l'histoire d'une femme battue, violentée, par un mari alcolique et sans remords de l'être, et un jour, elle se décide à l'écraser en lui roulant dessus avec sa voiture. Elle y arrive sans trop de problèmes (faut dire qu'il était un peu assassin aussi, ça l'a aidé, sa femme). On se demande un peu pourquoi ça lui prend comme ça d'éliminer son tortionnaire de longue date, mais bon, ce doit être pour commencer le bouquin par un pic dramatique ... Après, elle part de chez elle, normal, sauf qu'elle a un peu mal nettoyé la voiture après le meurtre, qu'elle le sait et pourtant qu'elle ne nettoie pas mieux, à la place, elle fait sa valise. Soit. Et part chez son fils, chassé de la maison paternelle des années auparavant par le tristre sire maintenant liquidé.

Parce que le fils est gay, mais plat et triste aussi, dans sa petite maison de gay triste parce que son copain, qui a l'air plus rigolo, n'est pas là (on le comprend). Ils ne font pas grand chose, ce qui attriste la maman et elle s'en va donc seule un peu plus loin et se fait arrêter, ce qui était prévisible. C'est même le fils qui l'a dénoncée parce que ce que tuer son père, il ne trouve pas ça bien.

Ce qui laisse un tant soit peu perplexe ... platement perplexe puisque plutôt contente d'en avoir fini, de la fausse pente. En plus, ce n'est parce que l'histoire se déroule en Irlande, qu'il fallait faire pleuvoir tout le temps. On a l'impression d'être mouillé.

Athalie

PS : il parait qu'on en a fait un film, moi, j'irai pas.