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19/03/2016

La formule préférée du professeur, Yoko Oguwa

racine carrée.jpgParmi mes formules de mauvaise foi maintes répétées, il y a cet à-priori définitif : "je ne comprends rien à la littérature japonaise." D'ailleurs, je n'en lis pas. Ce qui, évidemment, n'est pas de nature à me faire changer d'avis. Ce qui est le principe même de la mauvaise foi. Je suis donc parfaitement logique.

Une autre formule, tout aussi avérée, est que, face à des chiffres, même tout petits et inoffensifs ; genre le problème de conversion de hectolitres en millilitres de fifille ; j'éprouve une sorte de vide abyssal qui touche à la stupéfaction. Ce qui n'est pas sans conséquence sur mes réalisations pâtissières, malgré l'achat récent d'un super moule à cheese cake (qui fait pas les conversions tout seul, le con.)

Troisième formule perso ; face à quelqu'un qui m'affirme avoir le goût du sport, je me métamorphose en poule sur un mur qui regarde passer un okapi volant et me planque sous un tapis en attendant qu'il ait fini de passer.

Ce livre, donc, car ce blog est censé parler de livres,et pas de moi, qui est japonais, parle de maths et de sport, est donc une sorte d'erreur d'aiguillage vers l'incongru, quasi une expérience mystique pour moi, une variante personnelle de l'exploit.

Un vieux professeur de maths, genre prix Nobel en puissance, a perdu la mémoire lors d'un accident de voiture. Depuis, elle s'arrête au bout de 80 minutes et repart à zéro. Les seules connaissances qui restent constantes sont celles des formules mathématiques. Il a besoin d'une aide ménagère qui se matérialise, elle, avec constance. Et il se trouve que c'est la narratrice du roman. Elle tombe sous le charme des explications du professeur, se retrouve passionnée pour les nombres premiers, se prend d'amour pour eux et d'amitié pour lui. Il se trouve qu'elle a un fils de 10 ans, fan lui de base ball, et qui a la tête plate comme une racine carrée. Ben me voilà bien ....

Faisant fi de ma mauvais foi ( ce qui est très, très rare !!!), je dirais qu'il y a quelques scènes touchantes entre des digressions, pour moi, interminables, mais en réalité assez courtes, sur la beauté des racines carrées, des nombres premiers et la quête de la vérité mathématique, l’élégance des formules à plein de chiffres qui s'étalent sur la sable du parc, avant de s'effacer sous les pétales de cerisier, la perfection de la mesure de la forme de la base de tir en base ball, le compte de la vitesse du lancer de la balle. J'ai dû bien survolé du cerveau quelques pages, mais là encore, assez peu finalement.

Ce qui me ferait penser que ce pourrait être un livre passionnant, mais que je vais continuer à regarder pousser la littérature japonaise dans les vitrines.

 

20/05/2012

Le vrai monde Natsuo Kirino

imagesCAE1WJR2.jpgSi ce monde-là est le vrai monde, alors il fait glacial dans le dos, des sueurs vous en poussent sous les masques de petites filles modèles, si ce monde ressemble un peu soit peu à celui qui est dans les têtes juvéniles des poupées nippones, alors il faut aller d'urgence numéroter les abattis des survivants ...

Quatre jeunes filles, quatre amies, de ce qui semble de la classe moyenne, fréquentent le même lycée, subissent les mêmes règles exigeantes de la réussite scolaire, habitent dans des quartiers résidentiels, ont des familles en gros "normales", elles sont amies, elles semblent partager une certaine complicité, amitié, normalité : portables roses, goût des garçons ou des filles ...  un léger dédoublement de la personnalité, un double nom, un jeu des apparences. C'est lisse, ça bout sous le karaoké.

Tour à tour, elles vont prendre la parole et raconter comment "ça" va leur péter à la figure. Toschi, la plus sérieuse, Kiranin, la plus gentille, Yusan, la presque la plus sincère et pour finir Térouchi, la plus philosophe des tueuses. Toschi commence. Elle se prépare, comme tous les matins pour se rendre à ses cours de préparation intensive, lorqu'elle entend un bruit étrange chez les voisins. Peu s'en soucie vraiment, croise le lombic, le fils des voisins, qui lui chaut peu, d'où ce surnom qu'elle lui a donné et qui lui restera tout au long du roman. Parce que le lombic a une drôle d'allure, celle d'un besogneux fade, et qu'elle a autre chose à faire dans son vrai monde à elle. Seulement voilà, on lui vole son vélo et son portable, et il se trouve que c'est ce lombic-là qui les a, vu que le matin le bruit bizarre, c'est parce qu'il était en train de tuer sa mère à coups de base-ball, elle ne faisait rien que le critiquer, alors vous comprenez, il en a besoin pour fuir. Ben non, là, je ne comprends pas, je n'adhère pas, surtout que Toschi, ça l'énerve cette histoire, non pas tant que le lombic ait massacré sa mère de sang froid et sans culpabilité aucune, mais de se retrouver mêlée à cette vicissitude de l'existence de l'autre, et que ses trois copines s'en mêlent elle aussi, toutes se jouant de l'idée du monstre comme de leur première paire de soquettes blanches et même avec une certains fascination pour l'être palichon qui, de lombic passe au stade de super héros, ou d'objet de curiosité, voire de pitié compatissante.

Elles sont glaçantes de frivolité ces petits papillons attirées par ce lombic sans colonne directrice, tant tout sentiment vrai semble avoir été absorbé par le mécanisme intégré, pesant mais intégré, du modèle de la réussite scolaire de l'excellence imposé par des parents tout aussi pris par eux-mêmes. Le crime du lombic les ramène à leur coeur d'ombre, sans que le geste criminel ne soit problématique. Ce qui compte, c'est comment, tour à tour, s'en sortir, ou pas.

Glaçant.

Athalie

PS : le lien vers le billet d'Esperluette qui m'a fait découvrir ce roman :

http://echappees-livres.blogspot.fr/2012/04/le-vrai-monde...

10/05/2012

La brocante Nakano Kawakami Hiromi

la brocante nakano,kawakami hiromi,romans japonais,romansLa littérature nipponne envahit mon horizon de lectrice-blogueuse, j'en vois partout. La vague japonaise ne me léchouille point trop le bout des pieds vu que mes rares tentatives d'immersion se sont souvent soldées par des marées d'ennui ( sauf pour Kafka sur le rivage, je l'avoue). Cependant, comme je peux varier d'avis, face à l'enthousiasme d'une amie, me voilà avec La brocante Nakano entre les pattes. On aurait pu faire pire, même si ma conviction n'est pas débordante. 

Nakano est le drôle de petit patron, ni despote, ni généreux, ni compatissant, ni vraiment attentif, d'une brocante à l'écart des mouvements citadins trépidants, au fond d'un quartier vague. Sont posés là les fruits de ses récoltes, de ses débarrassages de grenier : des objets anonymes, uniquement des "utilitaires de l'ère Showa" ( des survivants de, si j'ai bien compris, la "mode" décorative des années d'après guerre nipponne). C'est un bric à brac, un peu comme ses histoires de rien, ses trois femmes, sa maîtresse, la belle Sarako qui ne crie pas au lit et écrit des trucs érotiques trop compliqués pour lui.

Dans ce petit monde, il y a peu d'habitants : Nakano " règne" sur deux employés. Il a aussi une soeur. La première employée est sa vendeuse, Hitomi, c'est son regard que l'on prend sur la brocante et ceux qui en poussent parfois la porte : quelques vendeurs, des acheteurs du quartier, la soeur, le patron donc, elle et l'aide déménageur. Ils se posent là, au milieu de la vaisselle dépareillée, entre une affiche publicitaire géante vantant les mérites d'une machine à coudre d'un autre âge et un poële encore un peu en état de marche. Hitomi semble immobile dans ce temps-là, ce petit temps de la brocante, suspendue à un autre immobile, l'autre employé de Nakano, l'aide déménageur, Takéo. L'aime-t-elle ? on ne sait ... L'aime-t-il ? On ne sait ... Dès fois, ils lâchent des phrases, dès fois non, dès fois on peut penser que, et puis non. Ce qui fait que quand l'histoire s'esquisse, on a eu le temps de voir venir. De fois en fois, le temps s'écoule. La soeur passe, repasse, reste, ressort, revient, son amant disparait, revient. C'est tout de l'ordinaire, du pas dit, du pas vécu et pourtant si.

Lectrice qui cherche de la trépidation sentimentale, passe donc ton chemin, inutile de fouiller davantage dans ce bric à brac, ni joyeux, ni jouissif, plutôt gris et terne, d'objets, parfois vendus, parfois achetés, de personnages, comme une famille d'occasion recomposée, dans ce microcosme sans ordre ni necessité d'être là, ils semblent en aussi posés en attendant qu'il leur arrive quelque chose d'autre. Ce n'est pourtant pas ennuyeux, juste ciselé dans un presse papier ébréché en forme de grenouille.

Athalie

31/08/2011

Tsubaki Aki Shimazaki

imagesCABUZ9EF.jpgHistoire de changer de l'indien, vu que j'allais attaquer L'équilibre du monde, un pavé de Mystri, je me suis dit : tiens, je vais faire dans le japonais, et dans le livre court. La littérature japonaise, en général, je n'y arrive pas, soit ça me barbe, soit je n'y comprends rien. C'est comme le cinéma japonais, enfin, le peu que j'ai réussi à voir sans trop m'ennuyer. Mishima ne m'a jamais fait délirer, la torture mentale, ça doit pas être mon truc, enfin, pas à la sauce japonaise.

Mais, comme j'avais vu de bonnes critiques (je ne sais plus où  et je le regrette car je suis devenue une pro de l'expression de mon mécontentement par mail depuis que j'en ai envoyé un à l'office du tourisme de Carcassonne, histoire de causer dans le vide ...) et qu'il est vraiment très très court, je me suis dit que, vu que je m'étais bien mise à aimer les sushis ... et bien non.

Ce n'est pas que je n'ai rien compris pour cette fois, c'est que justement, on comprend tout très vite et qu'en plus, c'est même pas intéressant ce qu'il y avait à comprendre.

Une femme meurt en laissant à sa fille une enveloppe qu'elle ne doit pas ouvrir (pas déjà vu, le truc) et une lettre mystérieuse (pas déjà vu non plus) où elle explique pourquoi elle a tué son propre père le jour où la bombe est tombée sur Hiroshima. La fille lit donc la lettre, et nous aussi et voilà. Sauf que la fille, elle n'est quand même pas rapide, parce qu'elle lit jusqu'au bout pour savoir le secret alors que le lecteur, lui, il pourrait s'en passer, vu qu'il est gros comme une pastèque chinoise. Ah oui, j'allais oublier le top du gratin : avant la lettre, la tueuse de son papa, elle explique aussi à son petit fils les tenants et les aboutissants de la politique américaine pendant la seconde guerre mondiale, en à peine deux coups de cueillère à petit pot. Il fallait oser le cours d'histoire en intro et en version light, tellement light qu'on voit à travers.

C'est le premier opus d'une série de cinq sur le même sujet. Pour moi, ça ira merci. Même si c'est bon, les shushis.

Athalie