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24/05/2017

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître

Antoine a onze ans et va vivre trois jours dont il ne reviendra pas. 

Il habite Beauval. Beauval, c'est un peu comme une mini société archaïque où le temps s'est figé depuis tellement de temps qu'on le sent peser. Une sorte de cadre géographique entre zone pavillonnaire, l'usine de jouets en bois, qui menace toujours de licencier, commerces dits de proximité, autant de rideaux qui se soulèvent seulement lorsque qu'il se passe de l’inhabituel, quand les gendarmes arrivent, quand les battues s'organisent, quand l'étang est survolé par les pales de l'hélico qui tourne à la recherche du corps d'un enfant disparu. Les rumeurs courent d'un coupable, étranger au village, on a vu une voiture renverser Ulysse, le petit chien des Desmedt et la voiture ne s'est pas arrêtée. On a revu cette voiture, du moins, on le dit ...

Antoine habite un pavillon avec sa mère, madame Courtin, à côté de celui des Desmedt et à côté aussi de celui des Mouchotte. Dans ce triangle, il est au milieu, de l'autre côté, il y a Rémi, et de l'autre côté encore, Pauline. Ce que ne sait pas Antoine, c'est que ces deux là l'empêcheront d'avoir une vie à lui.

Pour l'instant, ça va être Noël, et Antoine, enfant unique, en attend assez peu de nouveautés, à la fois surprotégé par sa mère aux principes moraux rigides, la tristesse chevillée au corps, et abandonné par son père, réfugié de cette vie étriquée dans une autre, en Allemagne. Antoine est un garçon sage, renfermé et insatisfait de son sort, mais sans révolte, ni rancunes. Juste que son père lui envoie, pour une fois, la bonne version de la lettre au Père Noël ...

Il rêve cependant de faire admirer la cabane dans les arbres qu'il a construite par dépit, à ses copains de collège, quand ils seront lassés de découvrir les joies de la playstation. Ce plaisir là se faisant languir, seul Ulysse et Rémi l'y accompagnent parfois. Pauline est venue aussi, mais la pimbêche n'y ayant pas trouvé d'un pelotage un peu sexué qu'elle attendait, s'en est retournée faire de son mieux ailleurs, laissant sur place un Antoine fort frustré.

Et puis après, Ulyse est mort, le père Desmedt a fourré le cadavre dans un sac, et puis Rémi a disparu. Et puis, Antoine a tenté de s'en sortir, des deux morts et de sa vie prévue à Beauval. La tragédie, toujours, le fait retomber dans les ornières de la médiocrité. La journée où il a détruit la cabane, celle où Rémi a disparu, est le noeud piégé qui le ficelle aux bois de Beauval et à ses zones d'ombres.

 Evidemment, on n'est pas dans la grande histoire de Au revoir là-haut. Ici, c'est de l'histoire à la dimension de Beauval, le fracas de la disparition d'un petit garçon à l'échelle d'une petite ville. Pas de gueules cassées, mais une petite vie fracassée par un moment de trop de colère. Si on ne compare pas les deux, on n'est pas déçu ( une réserve, le dernier chapitre qui ne rajoute rien à la trajectoire loupée d'Antoine, qui n'avait nul besoin d'être alambiquée d'un virage supplémentaire).

18/05/2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas

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Résumer une intrigue de Fred Vargas, quand son intrigue, dite policière, ne tient parfois qu'à un fil de la toile tissée bien large par les soubresauts capricieux des brumes d'Adamsberg est déjà une lourde tâche, mais quand les fils qui se croisent, croisent les intrigues du deuxième plan qui se superposent à celle du premier ... Pfff, j'abandonne ...

Quelques repères quand même : au début, Adamsberg est toujours en Islande et Danglard, devenu un peu moins con, le fait revenir pour cause de meurtre à sa mesure. Après, cela ne s'arrange pas pour Danglard, qui devient encore plus con qu'avant, par paliers successifs. Pour Adamsberg, on peine à le reconnaître, contrairement à d'habitude, il a la déambulation efficace, voire fébrile.

On n'arrive pas à le suivre, vous me direz c'est comme d'habitude, alors, mais non ! parce que normalement, on le perd dans la lenteur, alors que là il brûle les étapes, il va presque trop vite. Rien qu'en trois chapitres, il vous boucle un meurtre crapuleux, déjoue les plans d'un violeur voyeur qui espionnait l'intimité de la salle de bain de Froissy ( l'adjointe de la brigade qui cache dans son armoire les réserves en cas d'urgence et en cas de naissance de merles), et s'agrippe à vision de l'araignée recluse, la tueuse qui ne peut pas tuer.

Le bestiaire vargassien se remplit à la même vitesse qu'un nid de tarentules, ce qui n'exclue pas les pensionnaires fidèles, même si le pigeon joue les filles de l'air, le chat,  est toujours roulé en boule sur la photocopieuse, toujours nourri par Violette Retancourt, selon un rituel désormais immuable. Les araignées recluses font donc une entrée remarquée par le biais d'une tête de murène qui se liquéfiait dans le bureau de Voisenet. Le  point commun, me direz vous ? les deux se cachent dans des trous.

Les protopensées, ou bulles d'Adamsberg se mettent à bouillonner, ou plutôt, à cause de son nouveau rythme, à se télescoper en rafales. Les victimes des araignées pas tueuses, mais timides, sont des octogénaires, groupés autour de Nîmes, et dans leur enfance, orphelins dans le même pensionnat de la Miséricorde, où ils n'avaient rien d'enfants du bon dieu. 

Adamsberg se prend pour Magellan et guide la brigade, sauf Danglard, qui continue à devenir con dans son coin, dans des criques cul de sac en cherchant le détroit de la sortie ... Vargas, a du lire "Du domaine des murmures" et une recluse en appelant une autre, l'araignée télescope les souvenirs d'un pigeonnier qui avait frappé le commissaire, dans un coin de champ, près de Lourdes. Depuis, sa recluse lui pèse sur la nuque, quand il y pense, et il pense beaucoup dans ce volume. Il pense par mots interposés, il nous fait du Lacan en coup du coup de la chèvre de monsieur Seguin.

Et pendant que les merles se nourrissent de framboises et de cakes, Veyrenc va finir par se noyer dans la garbure avant de trouver le détroit socratique.

Bref, tout le monde est là, à sa place, ou presque, parce qu'il faudrait recadrer le Danglard quand même, sinon, dans le prochain, on va finir par le perdre. Et calmer aussi un peu les bulles d'Adamsberg parce que quand même, elle débordent un peu ...

 

 

25/01/2017

La madone de Notre Dame, Alain Ragougneau

la madone de notre dame,alain ragougneau,romans,romans français,romans policiers,séries policièresUn crime a été commis dans le saint des saints de l'architecture religieuse. Et qui plus est, la victime est belle et lumineuse comme la vierge, un peu plus sexy et surtout, beaucoup, beaucoup, beaucoup moins vierge. Un sale enquêteur, cynique, vulgaire, blasé, qui se nomme Landard, met ses pattes sur un coupable idéal, un jeune homme aux allures d'ange. Thibault est bien connu du personnel de la cathédrale pour ses assiduités quelque peu exaltées auprès de celle qui devrait être plutôt la mère du petit que le support de fantasmagories mystiques, mais bon, il n'est pas bien méchant, Thibault ... 

Un dame pipi, autre assidue de la cathédrale, plantée sous son pilier, jusqu'à ce que son surnom prenne un sens bien concret et physique, a bien une petite idée sur la question, mais encore faudrait-il qu'on l'écoute d'un peu plus prêt. Ceci dit, elle ne répand pas non plus vraiment une odeur de sainteté. Tout comme le SDF polonais qui joue les saint Bernard pour tirer le père Kern des pattes d'un cauchemar presque lubrique ( à son corps défendant !)

Le père Kern est l'envers du Landard : percé de doutes et perclus de douleur, il est presque le seul à douter de la culpabilité de Thibault et pour en être certain, il commence un chemin de croix vers la vérité qui manquera de peu le calvaire. En effet, Kern souffre d'une maladie articulaire qui le transforme en martyr de la vérité, taraudé par la culpabilité et le remords de n'avoir su sauver son tant aimé grand frère, tombé dans l'enfer de la drogue. A la place, il confesse les larrons, à Fresnes et trouve même auprès d'un criminel humaniste une forme de rédemption.

Ajoutez à cela une procureur qui doit cacher un lourd secret sous les deux couches de protection vestimentaire anti flirt dont elle s'affute et qu'une légère entorse aux règles de confidentialité ne gêne pas vraiment, et vous l'aurez compris, l'intérêt de ce polar n'est pas dans le fil conducteur de l'intrigue, assez classique, finalement, que dans sa galerie de personnages qui, tous à l'ombre des gargouilles et de la sainte préfecture toute proche, tentent d'en démêler l'écheveau.

Écheveau romanesque dont l'ambition mesurée et l'originalité de l'univers font que l'ensemble se tient honorablement, et les références, dont l'auteur se joue sans pesanteur, m'ont fait plusieurs fois sourire, et on voit bien qu'elles sont là pour cela ... La suite "Evangile pour un gueux" est annoncée dans les dernières de l'édition, et ma foi, j'en reprendrais bien un peu, puisque la messe n'est pas dite ....

01/01/2017

Mister Brown, Agatha Christie

mister brown,agatha christie,romans,romans policiers,déceptionsAprès quelques vicissitudes informatiques, me revoilà ! Avec pour commencer cette nouvelle année de publications un titre bien dispensable parce que j'ai beau me triturer les méninges, je me demande bien ce qui m'a mis ce livre dans les mains, un Agatha Christie, et qui plus est, un Agatha Christie sans Hercule Poirot. Déja que je n'adore pas avec (enfin, pas depuis que je n'ai plus quinze ans, ce qui fait que mon goût date quand même un peu ...), mais alors sans, je ne vois pas, j'ai dû avoir un problème d'espace temps, une histoire d'escalier sombre où ma mémoire a grillé une ampoule ... Le fait est en tout cas que le titre ne m'a pas fait jouvence !

Deux jeunes gens entrent en scène, Timmy et Tuppence. Ils sont alertes et parlent dans un style aussi daté que des jeunes qui auraient avalé un bon de ravitaillement pour un kilo de naphtaline. Lui, c'est "mon petit vieux" et elle "ma vieille branche". Ils sont aussi fauchés l'un que l'autre dans cette immédiate après première guerre mondiale dans une Angleterre si compassée que s’interpeller dans la rue comme ils le font, ces deux jeunes étourdis, est un motif d'embouteillages pour passants à chapeaux melons et vieilles dentelles amidonnées.

Autour d'une tasse de bon thé, ils décident de faire fortune en passant une annonce, une petite dans les journaux, proposant leurs services de jeunes aventuriers à qui en voudrait bien. Du moment qu'ils y gagneraient une forte prime, ils sont prêts à toute mission, même déraisonnable. En fait de déraisonnable, on va être servi ; mystérieux commanditaire, mystérieux documents, enlèvements mystérieux, victime mystérieuse ( mais à double visage, faut faire gaffe pour suivre), paquet mystérieux (mais vide), clinique mystérieuse et cachettes secrètes derrière des rideaux.

Tant de mystères cache sûrement une affaire louche ... Me suis-je dis, fine mouche, rattrapant de justesse une paupière qui avait tendance à tomber et à me masquer la résolution de l'énigme, pourtant aussi évidente que les pièges où la pétillante Tuddence et son toujours bondissant acolyte foncent tête baissée toutes les 10 pages, alors que le toujours mystérieux mister Brown s'obstine à leur filer entre les doigts avant d'être pris la main dans le sac.... 

Evidemment, on ne peut reprocher à Agatha Christie d'écrire dans un style compassé une intrigue sans relief, ce mister Brown doit être un amuse bouche, que j'aurais dû prendre comme une curiosité paléontologique, plus que comme un vrai livre.

Pour une première publication 2017, j'aurais pu trouver plus attractif, mais promis, on ne m'y reprendra plus ....

07/12/2016

Mémoire assassine, Thomas H.Cook

mémoire assassine,thomas h cook,romans,romans policiers,famille je vous haisLa mémoire tue à petit feu ... Son absence aussi. Steve Farris avait neuf ans lorsque son père a tué sa mère, sa sœur et son frère. Les deux derniers corps, il les a laissés dans leur sang, le premier, il l'a couché dans son lit. Puis, il a attendu et il est parti. Les policiers ont cherché pendant des années, mais aucune trace, aucune explication et pas de procès. Seul reste Steve, persuadé que c'est lui que son père attendu, et que s'il a survécu, c'est parce qu'il était vraiment trop en retard, ce jour là.

Sa mémoire d'adulte est une terra incognita où règnent des dragons, ce qui fait qu'il n'y retourne plus depuis longtemps. Il a cessé de se heurter à l'énigme absolue, ce qui a amené son père à tuer. Il ne cherche plus pourquoi ils ne sont plus là ; Laura, la pétillante, la tant aimée grande sœur, Jamie, son frère, solitaire et taciturne, et sa mère qui est restée figée pour toujours en cette femme triste de trente sept ans, fanée dans sa vieille blouse rouge. Elle reste, comme son père, une énigme, cette femme qui lisait des romans d'amour, immobile dans sa lassitude d'être, sans eux et sans lui, le père quincaillier dont la passion consistait à remonter, de temps en temps, une bicyclette Rogder et Windsor rouge, tout seul dans son garage, là où il a tué sa femme.

La mémoire de Steve l'aurait peut-être laissé tranquille, dans sa vie adulte, reconstruite sur ce vide. D'ailleurs, il est architecte. Marié, un enfant, heureux autant qu'il puisse le penser, si Rebecca ne l'avait pas contacté. Elle est écrivain et récolte des témoignages à propos de ces hommes là, ceux qui ont tué leur famille et l'énigme du père de Steve l’intéresse beaucoup. Elle amené Steve à ouvrir la boite à souvenirs, et ils reviennent, des très précis, des plus vagues, auxquels Steve commence à donner sens, qu'il enchaîne. Les images des derniers mois, des derniers jours forment une chaîne, qui petit à petit l'enserre, lui et les siens. Steve perd pied, se laisse à penser, que, comme son père, il aurait pu vivre autre chose que sa vie, avec une autre femme, un autre fils, sans femme, voire sans famille ... La mémoire tue, quand on la cherche, mais peut-être pas qui on croyait !

Un bon polar, un noir plutôt, avec un poil dans la main à la fin quand même. Mais pas grave, ça gâche pas.

27/11/2016

Vertige, Franck Thilliez

vertige,franck thilliez,romans,romans français,thrillers,romans noirs,romans policiersMon premier Franck Thilliez me laisse un goût assez mitigé, un arrière goût même d'un truc un peu trop poisseux pour être vraiment à mon goût. Pourtant, j'aime bien quand ça poisse dru et sévère, et pour cela, il faut en convenir, ce titre offre une version de trois hommes dans un bateau totalement dépourvue d'humour.

Les trois hommes ne sont d'ailleurs pas dans un bateau et encore moins dans une situation drolatique. Ils sont dans une grotte, enfermés sans savoir par qui, pourquoi, comment et combien de temps. Le narrateur se nomme Jonathan Touvier. A sa dernière connaissance, il était au chevet de sa femme, Françoise, qui se meurt d'un cancer à l’hôpital. Il fut un alpiniste chevronné, et des souvenirs d’ascension lui reviendront régulièrement et finiront par faire partie de l'histoire. Mais, en attendant de voir des bribes d'explication se former, il est enchaîné par le poignet droit sous une tente, avec juste assez de chaîne pour tourner autour. Il a aussi avec lui son chien, mi chien mi loup d'ailleurs, mais un chien, c'est aussi de la viande. Comme ses deux compagnons aussi. Le premier qu'il découvre est Michel, libre de toute entrave mais la tête enserrée dans une cagoule de fer, et le second est Farid, le plus jeune, qui lui en entravé par la cheville. Des instructions et consignes sont accrochées sur leurs vêtements et sur les parois de toile. La cagoule explosera si Michel s'éloigne trop des deux autres, et les voilà donc liés pour le pire. Autour de la tente, quelques ressources, un peu d'eau, un réchaud, mais aussi un vieux mange disque ... Il va donc falloir survivre à défaut de pouvoir sortir.

Le jeu à jouer est cruel, une fois que l'on admet, rapidement, qu'une grotte est froide, obscure, offre peu de ressources à cultiver, et que c'est donc le lieu d'une torture lente, où il reste pour les trois acteurs à décider si ils tiendront le rôle du bourreau ou de la victime, en alternance avec les deux autres, trois hommes dans un huis clos de glace, de sang et de rage. En fait, on se retrouve dans un remake de "l'enfer c'est les autres" de Sartre à la sauce thriller glauque. Sauf que chez Sartre, il n'y avait pas de chien, entre autre différence. Chaque personnage campe une des faces possibles et sordides de l'homme placé en conditions extrêmes, lorsque la folie rode et qu'un secret honteux se fait jour, dont la grotte ne serait peut-être, finalement, qu'un avatar un peu plus honteux que la vérité. Bon, pas de quoi convoquer Platon non plus.

 

 

27/10/2016

Les réponses, Elizabeth Little

les réponses,elizabeth little,romans,romans policiers,romans américains,famille je vous haisJanie Jenkins est une sale gosse de riche, une it-girl genre Paris Hilton, elle n'a pas eu le temps de devenir aussi célèbre pour ses frasques sexuelles et alcooliques, mais elle a sans nul doute les mêmes marques dans sa garde robe. Janie commençait en effet tout juste sa carrière dans les tabloïds quand elle fut arrêtée pour le meurtre de sa propre mère, la richissime philanthrope mondaine et snobissisme Marion Elsinger. La fille y gagna la couverture de Vogue et dix ans de prison. Le mobile : la haine de l'autre, haine réciproque, il faut dire que dans le genre garces, la mère et la fille sont des pros. Sans doute une histoire de bottes Prada ....

Lorsque Jane sort de prison, à la faveur de la découverte d'erreurs dans les prélèvements du laboratoire scientifique, elle n'est pas blanchie pour autant, mais par contre, poursuivie par toute la presse à scandale, et principalement par Traque, un blog qui a mis sa tête à prix, dont le rédacteur est persuadé de sa culpabilité. Ben, oui, malgré toutes les preuves qui l'accablent, Janie clame son innocence, le problème est qu'elle ne se souvient de rien, elle était juste ivre morte quand elle a découvert le cadavre. De ce fait, elle part à la recherche de la vérité sur la base d'un indice tiré par les cheveux, qu'elle a épais, le dernier mot qu'elle a entendu dans la bouche de sa mère "Adeline", se révèle être le nom d'un trou du cul du monde, dans le Dakota du sud.

Et c'est ainsi que Jane, traquée par la haine de certains et la curiosité de tous, atterrit genre météorite people travestie en passionnée d'histoire, en plein festival des journées "poussières d'or", organisé dans une petite communauté totalement old fashion, et qui garde bien secret le mystère.

Mais le mystère de quoi ? C'est tellement alambiqué que j'ai rapidement renoncé à comprendre le pourquoi du comment du rapport entre l'avocat au sourire fluoré, les copines lesbiennes, les clefs de la penderie, le code du journal intime, les opossums, l'autre sale gosse, le méchant frère qui ne dit pas un mot, les gâteaux de l'organisatrice, le bal masqué, le coffre à la banque, et j'en passe ... L'intrigue est non seulement foutraque, mais les personnages sont aussi peu crédibles, l'intrigue se calque sur celle de Barbie et Kent (sous les traits d'un flic local)  au pays des ploucs. Et même si le rythme est assez enlevé par moments pour faire oublier les virages étranges du scénario, c'est un livre qui donne sans arrêt l'impression d'avoir loupé le début. ce qui est assez frustrant.

11/09/2016

La baronne meurt à cinq heures, Frédéric Lenormand

la baronne meurt à cinq heures,romans,séries policières,romans policiers,romans françaisEn commentaire de ma note sur "L'énigme des Blancs manteaux" de Parot, Sandrine recommandait deux autres séries du même genre, policiers historiques, et qui plus est, se déroulant à la même période, le dix huit siècle : "Voltaire mène l'enquête" série de Frédéric Lenormand, donc, et "Hilarion" de Christopher Estrada. Piquée par la curiosité et mon goût immodéré pour le dix huitième ( quand ce n'est pas le dix septième qui est en scène, je me contente du suivant), je me suis donc lancée dans une entreprise comparative entre ses trois visions historiques et écritures policières.

Dans "La baronne meurt à cinq heures", on découvre un Voltaire sautillant et encore entre deux chaises à Paris. En 1933, il n'a pas encore publié ses "Lettres anglaises" et se prend pour un grand tragédien. Il tient donc une place non négligeable dans les débats et salons mondains, mais pas tout à fait celle qui sera la sienne en devenant l'épine dans le pied du pouvoir. Il a encore pignon sur rue, enfin presque ... Puisqu'il s'agit de trouver un nouveau protecteur, vu que M. de Maisons, qui lui assurait jusque là gite et couverts, a eu la malencontreuse idée de disparaître subitement.

La Providence vient en aide à celui qui sait en tirer profit, et ce Voltaire là (comme le vrai, sûrement d'ailleurs), sait fort bien y pourvoir, et elle se matérialise sous les traits de Madame Fontaine Martel, baronne, riche, veuve, peu pieuse, mais de fort peu d'esprit et plutôt pingre. Voltaire s'en accommode et lui monte un salon littéraire correct, histoire de point trop s'ennuyer en cette rude compagnie et de continuer à fignoler son image publique.

Seulement voilà, on lui assassine sa baronne ... Pressé par la nécessité qui fait lui fait loi de trouver le coupable, à moins d'être lui-même désigné par un piètre mais tenace policier, Voltaire caracole de soupçons en soupçons, car la baronne souffrait quand même d'une famille en panier de crabe : une fille janséniste, une vague cousine arriviste et une autre jeune fille, fort dévote en sciences botaniques ... En chemin, il croise celui d'Emilie Du Chatelet, enceinte jusqu'au yeux, alors que mariée à un fantôme, ce qui lui laisse, tout doucement, le temps de succomber aux charmes tout relatifs du philosophe.

L'image est d'Epinal mais ce n'est pas déplaisant du tout, car truffé de bons mots et de clins d’œil. Ce Voltaire, enquêteur malgré lui, est campé avec ses torts et ses travers ; brillant mais arriviste, libertin mais prudent, iconoclaste mais hypocondriaque, profiteur, et même quelque peu usurier sur les bords. L'époque est, elle aussi très bien amenée, et l'enquête classique, coule de source sûre, égrainant les détails pittoresques que chaque suspecte permet de suivre, chacune dans son domaine.

Un bon conseil, très facile à suivre !

 

 

 

26/07/2016

Auprès de l'assassin, Louis Sanders

auprès de l'assassin,louis sander,romans,romans policiers,romans français,romans angleterreUn couple d'anglais s'installe pour une nouvelle vie dans le Périgord, pas le coin le plus touristique, celui de Sarlat, mais dans un autre, du côté de Périgueux, un peu plus rural, avec même un côté encore brut, et pour eux, même, brutal. Des clichés de l'authenticité, ils en sont l'archétype, mais cette authenticité qu'ils recherchaient, ne va pas se révéler pour eux sous son meilleur jour.

Mark et Jenny ont acheté une vieille bâtisse "à rafraichir", ils ont un petit pécule pour voir venir et un projet, le kit vieille maison de caractère, jardin, pierres, cheminée, rivière, tout en main, ou presque pour transformer la grange en de délicieuses chambres d'hôtes avec enduit chaulé et décoration champêtre. D'ailleurs, Jenny hésite, faudra-t-il leur donner des noms de contrées anglaises ou s'inspirer de la botanique locale ? Pourtant, si Mark est enthousiaste, dès le premier jour, elle renâcle un peu à tout voir en rose ... Il y a des odeurs, des présences, une réalité que les magasines de décoration ne laissent pas pénétrer dans leurs pages. Jimmy, leur petit garçon, lui, a du mal à lâcher sa DS pour s’extasier aux charmes du champêtre.

Mark y croit dur, il prend sa petite famille par les sentiments pour aller faire connaissance avec leurs voisins, un drôle de couple que Martin et Georgette, du moins aux yeux des anglais. Les échanges tournent rapidement à l'angoisse de l'incompréhension entre le monde pasteurisé des nouveaux arrivants et la rusticité costaude de la ferme où l'on trait des vaches pour de vrai et où l'on composte le fumier. L'animosité se construit sur des échanges anodins ; un lapin offert, du lait que l'on ne boit pas. Mark, Jenny et leur fantasme s'écroule et leur déception se focalise sur la personne de Martin.

Alors que Jenny s'enfonce, Mark se lance dans l'intégration à tout prix et tente de faire couleur locale et copain copain avec Jean Louis, grande gueule, grand buveur et grand chasseur, bien illusoire rempart contre la paranoïa qui envahit le rêve anglais. D'un autre côté, les anglais locaux ne sont guère plus fiables, snobs, alcoolisés, ils forment un autre monde, à part, lui aussi.

Le tableau est acide et grinçant, de l'Eden à l'enfer, le récit franchit très (trop ?) vite le pas. L'atmosphère est oppressante à souhait, l’obsession de Mark est prégnante, et l'intérêt de l'intrigue est que l'on ne sait qui, des voisins, ou des anglais, dérapent, ni si il y a vraiment dérapage d'ailleurs, et quelle est la place du fantasme et de la sur interprétation entre les deux univers. En tout cas, un retour à la terre complétement loupé !

 

 

 

      

22/07/2016

Molosses, Craig Johnson

molosses,craig johnson,romans,romans policiers,western et cie,séries policières,romans américainsDans ce nouvel épisode des aventures du shérif Longmire, ne cherchez pas l'intrigue policière, elle est aussi mince que le minuscule bout de pouce découvert dans une glacière en plein dans la décharge tenue par la famille Adams, non, Stewart, car la famille Adams c'est de la roupie de sansonnet light à côté des Stewart.

Dans la famille Stewart, il manque des cartes, il reste le grand-père, Géo, Duane, le petit fils et Gina, sa toute récente femme, Morris, un oncle, mais qui n'arrivera qu'à la fin, pour reprendre le fil de la tradition, qui est dans cette famille, d'avoir plusieurs vies. Les molosses en font aussi parti, d'une certaine façon, avec un oiseau qui mange ses plumes de dépit, et des ratons laveurs. Mais ce sont surtout avec les deux chiens de garde de la décharge que Walt en aura le plus à découdre pour arriver à boucler cet épisode.

La première scène est d'anthologie, Géo y réalise une forme cascade inédite et rocambolesque qui aurait pu lui couter une des vies qui lui reste mais qui, moi, m'a fait gagner une crise de rire, et la dernière, des scènes, est juste génialissime ; une sorte de course poursuite au ralenti où la décharge prend des airs de compression géante (César est battu à plate couture).

Entre les deux, vous trouverez bien deux ou trois cadavres, un enlèvement, un trafic de substances illicites, quelques piqures de grand froid, quelques passages par l’hôpital et la case prison, des rancœurs et des morts par balle, mais ce sont surtout les aléas des personnages qui sont au premier plan, les déboires de Géo, donc, mais aussi de l'ancienne institutrice rigoriste de Walt et de l'Indien, qui cachait drôlement bien son jeu. Vic attend toujours son cadeau de la saint Valentin, et l'adjoint basque de Walt, Saizarbitoria, a du vague à son âme de flic super héros et de père de famille. Walt s'occupe de lui rendre de l'allant dans un plan de sauvetage atypique et à haut risque. Et Walt, ben, il se fait un peu réparer des dégâts corporels des épisodes précédents et cette enquête quasi pépère lui permet de ne pas perdre un autre bout de son anatomie ( ce qui serait dommage, me souffle cette obsédée de Vic).

Bref, un vrai plaisir de se laisser bringuebaler en 4X4, sous la neige qui glace le comté d'Absoraka dans le Wyoming et d'attendre avec Walt que l'Indien termine les préparatifs du mariage de sa fille.

Vivement le prochain épisode !

 

 

20/07/2016

La vérité sur Anna Klein, Thomas Cook

la vérité sur anna klein,thomas h. cook,romans,romans policiers,romans américains,romans historiques,déceptionsUn jeune journaliste rencontre un vieux monsieur, Thomas Danforth, une figure d'un autre temps des USA, celui de l'avant deuxième guerre mondiale, celui de la montée des périls en Europe, celui où, vue de Brooklyn, la ligne de partage entre les gentils et les méchants n'était pas encore clairement établie et où les nazis pouvaient encore passer pour un rempart contre le communisme.

Par hasard, en ce moment flottant, Thomas Danforth passera du côté des gentils, et du même coup, du statut de riche futur héritier et futur époux standard, à celui d'espion. Il intègre une mystérieuse organisation secrète qui a compris l'urgence de mettre en place un plan. Le problème étant lequel. Ben, à vrai dire, ce n'est pas clair, même à la fin du livre, je n'avais toujours pas saisi le fil. Ce qui est certain, par contre, c'est que la clef de voûte du plan qui n'existe pas encore est Anna Klein. Personnage protéiforme et insaisissable, venue du fin fond de l'Europe, elle semble déterminée à mourir. Mais on ne sait toujours pas pourquoi. Pas grave, elle fascine Thomas, juste pour ce mystère de cette détermination, et celui de ses origines, mi juive, mi turque, mi persécutée, mi machiavélique, (mi cochon d'inde ?), cette silhouette floue et très silencieuse entraine Thomas dans son sillage de bombe à retardement dans le fameux plan qui commence aux USA pour se poursuivre à paris, puis en Allemagne, toujours en quête d'un sens. pour elle, il tournera le dos à un destin tout tracé pour plonger dans l'inconnu sur les pas et dans la flamme d'Anna.

Mais que ce livre est lent ! Les chapitres languissent en alternance entre l'histoire de Thomas et d'Anna, et les remarques du journaliste sur le vieux monsieur qui raconte cette histoire en face de lui, lui-même louvoyant dans son passé en de longues circonvolutions ressassant le charme d'Anna, le mystère du charme d'Anna, ce qui finit par flinguer l'un et l'autre, le charme et le mystère, je veux dire ( et l'intérêt de la lectrice qui s'étire ...)

Les étapes de la formation d'Anna sur le sol américain n'en finissent pas de piétiner. On se dit qu'une fois sur le sol européen, il va bien falloir que ça s'accèlére, que ce famaux plan nous fasse vibrer d'angoisse. Ben, non, vu qu'il va s'agir d'assassiner Hitler, et que Hitler, on sait bien comment il finit, et que Anna n'y fut pour rien. On aurait pu alors frémir au tragique d'une grande passion d'amour déchirée par les affres de l'histoire, histoire de se rattraper aux branches. Ben, non, non plus, tant passions et trahisons sont diluées dans le flapi.

Bref, à mon grand dam, et contrairement à ce que m'a affirmé la libraire, tout n'est pas bon dans Thomas Cook, et m'en voilà fort marrie.

13/07/2016

L'énigme des Blancs-Manteaux, Jean François Parot

l'énigme des blancs manteaux,jean françois parot,romans,romans français,romans historiques,romans policiers,séries policièresLe premier tome d'une série qui joue dans la cour des policiers historiques et présente tous les traits d'une série à suivre.

Nicolas Le Floch est tout droit sorti de sa Guérande natale où rien ne le prédisposait à une illustre carrière. Il est envoyé à Paris, sans rien y comprendre, mandaté par son parrain, auprès de Monsieur de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV et aussi, grands collectionneur de perruques. Nicolas est du genre héros populaire, par ses origines, pour commencer. Enfant trouvé, il a cependant été bien élevé et choyé par un chamoine éclairé et sa fidèle servante qui l'a initié aux parfums culinaires. Il est plein d'autres qualités, honnête, perspicace, il attire naturellement la sympathie et les amitiés ... Son apprentissage dans le monde du crime va donc se faire à la mode exprès.

Bombardé espion de qualité, il se retrouve enquêteur muni des pleins pouvoirs, traitement exceptionnel qui permet à l'enquête de s'étoffer rapidement. Et elle est en fait plutôt touffue, d'autant plus que le cadre historique, le Paris du XVIII ème siècle, est reconstitué avec force détails, visuels et olfactifs. On se plait à suivre l'apprenti dans les différents milieux sociaux que son enquête l'amène à côtoyer ; de la maison bourgeoise à la maison de plaisir, en passant par la gueuserie des indicateurs ou des témoins, en flirtant avec le monde du jeu et de la corruption.

les personnages secondaires permettent aussi de pénétrer un peu plus l'esprit du temps ; on sent l'esprit philosophique qui s'incarne dans certains et se mêle aux fragrances du bon goût qui permettent de goûter, par procuration livresque, à un certain art de vivre, et de cuisiner ...

En effet Nicolas est fine gueule, en plus d'être fin d'esprit. Il débusque, avec quelques encombres quand même, la vérité derrière les cadavres qui s'accumulent .. mais seulement ceux des méchants, même des méchants innocents, ce qui assure une lecture fluide et sans à-coups dérangeants pour les cœurs sensibles. Il y a bien quelques autopsies et flatulences mortifères et macabres, mais rien de bien sordide finalement. Et à la fin, tout s'éclaire dans le meilleur des mondes possibles ...

Intrigue bien pensante, enquêteur de bonne foi, documentation de bon aloi, époque puissante en possibles rebondissements divers, variétés des plaisirs ... De bons ingrédients mitonnés par une plume classique et efficace, sans fioritures, soit, mais pourquoi ne pas suivre les routes bien tracées ?

11/06/2016

Le violoniste, Mechtild Borrmann

le violoniste,mechtild borrmann,romans,romans historiques,romans policiers,roman allemandsBon, j'avoue, je n'ai pas tout compris, je me suis un peu paumée dans les pères et les grands pères et leurs potes apparatchiks vieillissants, mais c'est aussi parce que quand je lis un polar, je mets mes neurones de côté, ça leur fait du bien et à moi aussi. Sauf que dans ce polar là, il en faut quand même deux ou trois pour retenir qui est qui et qui a fait quoi dans les noms russes. pourtant, ils ne sont pas trop compliqués puisque le héros, Sacha Genko, a perdu une partie du sien, Ossipovitch. Enfin, c'est son père qui l'a perdu, en arrivant de Russie quasi post soviétique, en Allemagne, et avant lui, le grand père avait perdu son violon, un stradivarius légué par son grand-père à lui, un prodige musical, aimé du tzar. Il est donc indubitable, dès le départ, que nous avons là une famille où il y a beaucoup de pertes. Et encore, je ne les dis pas toutes, juste le point de départ.

1948, Ilia Genko se fait arrêter par la police secrète et son mode lui tombe sur la tête, à lui, musicien aveugle au régime, ne vivant que par la musique, planant de concerts en concerts (même à l'étranger, il n'a pas entendu parler des exilés), sans rien voir, pas même que le communisme stalinien allait lui couper les ailes ( et les doigts aussi, mais, c'est pour plus tard). Et c'est là que le violon s'égare.

Sa femme, la belle actrice, Galina, vivait dans le même cocon et Ilia, va, sans le savoir, l'entrainer dans sa chute vers la sous humanité des camps glacés et perdus.

Deux générations plus tard, Sacha, ni musicien, ni surdoué mais un peu paumé, car il porte en lui l'atavisme de la perte de soi et de ses repères, n'a par contre jamais entendu parlé de celle du violon. Il se pensait fils d'émigrants russes, plus paysans qu'artistes. Un appel de sa sœur, perdue, elle aussi, et il se retrouve à remonter le fil vers son illustre ancêtre à la mémoire disparue (ben oui), et souillée, à l'aide d'une lettre écrite au verso d'une étiquette de boite de conserve du goulag, et de l'aide bienveillante de son mystérieux patron pour lequel, il craquait, jusqu'ici gentillement, des logiciels informatiques de surveillance.

Dire que ce titre m'a emballée serait quelque peu mentir, trop d'invraisemblances politiques et finalement peu d'atmosphère. Sacha va très vite dans sa retombée vers le temps de ses ancêtres, du moins trop vite pour moi qui aime les chemins de traverse et le glauque historique sans fond. J'ai eu l'impression d'un saupoudrage, une fine couche de KGB et quelques pointes de stalag pour la couleur locale et un ancrage minimum pour faire tenir debout la course poursuite au violon. Qui court vite et bien, mais un peu dans le vide quand même ...

28/03/2016

Cherche jeune fille à croquer, Françoise Guérin

cherche jeune fille à croquer,françoise guérin,romans,romans policiers,romans françaisLe commandant Lanester a pris un choc dans l'enquête précédente. Comme je ne l'ai pas lue, je n'étais pas au courant, ce qui n'est pas très grave. Mais le choc semble avoir été rude, psychologiquement lourd. Ce qui est quand même problématique pour qui doit diriger (normalement) une équipe de criminologie analytique. Lanester est un profileur, mais à prononcer à la française. D'ailleurs, rien que son nom lui évite tout amalgame avec une quelconque série américaine. Je le précise pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas la ville de Lanester, une banlieue dortoir ex-ouvrière jouxtant Lorient, à l'architecture stalinienne qui vous ferait vous retourner même Lénine dans son mausolée, si on l'avait baladé le long de l'avenue qui y porte son nom.

Lanester, donc, se recherche un regain d'enthousiasme pour son métier, dont il a un peu peur que les rênes lui échappent, un regain d'autorité sur son équipe qui a pris une nette tendance à l'autonomie, un regain d'envie d'histoire d'amour avec l'infirmière psy qui soigne son petit frère interné pour cause de silence obstiné dans ses scarifications. En arrière-plan, un père violent, ex-flic qui aurait mal tourné ....

Dit comme cela, on pourrait le croire glauque, ce personnage, mais non, même pas, il est même assez attachant, le profileur abimé comme il faut aux entournures de l'âme. Du coup, lorsqu'on lui colle une enquête sur d'autres abimés de la tête et du corps, cela paraît coller de source. Des jeunes filles ont disparu, toutes anorexiques, toutes soignées dans le même hôpital spécialisé, toutes de la même région, la vallée du Mont Blanc, toutes au stade quasi terminal de la maladie, toutes volatilisées sans témoins,  sans intervalles réguliers ou irréguliers, sans véritables connexions entre elles, avec pour seul fil rouge le rêve de chacune de se laisser mourir en paix.

L'équipe de Lanester s'installe, une collaboration quasi sans faille avec la police locale ne donne presque rien de nouveau, notre enquêteur piétine, profile à tâtons, se fourvoie dans ses méandres intérieurs, l'équipe se charge de mettre un peu de mouvements d'âmes dans cette enquête qui se sait pas où elle va, le temps que le lecteur soit bien ferré aux personnages, soit bien entré dans l'univers de la maladie, des soignants et des soignées ingérables, cloisonnées dans leur toute puissance suicidaire.

Et puis, une fois que vous êtes bien installé, peinard dans la multitude des pistes et des indices qui se croisent et font du surplace, l'auteure balance les grands moyens, et là faut s'accrocher dans le slalom, parce que dans le genre pistes tordues, on en avale des rouges et des noires tout schuss et sans remonte pente. On finit un peu décoiffé par l'improbable tournant pris à vitesse grand V.

A lire sans se poser trop de questions non plus ....

 

 

 

18/02/2016

Mauvaise étoile, R.J. Ellory

mauvaise étoile,r.j. ellory,romans,romans angleterre,romans policiersDeux demi frères partent dans la vie avec un sacré poids de poisse crasse dans la tête. Chacun en a peu près la même dose. Le père du plus âgé, Elliot, dit Digger, a filé dans l'inconnu avant même de l'avoir vu. Le père du plus jeune, Clarence, dit Clay, vient de tuer leur mère commune, vingt cinq ans de vie poisseuse aussi à elle toute seule. Juste après ce meurtre, il s'est fait descendre en voulant dévaliser une boutique d’alcool.

En héritage, ils ont leur nom de famille, Luckman, qui ne pourrait être plus mal porté, on l'avouera. Quinze ans d'orphelinats répressifs plus tard, les deux frères se sont forgés l'un de l'autre. Digger frappe, se défend, attaque, rue dans les cordes, acculé à la haine, pense-t-il, par la violence subie. Clay l'adoucit parfois, quand la loi du plus fort lui laisse un peu de place, quand le soir, enfermés tous les deux dans l'obscurité, ils peuvent quand même rêver d'en sortir. Digger balade dans sa poche une image de leur futur paradis, un village de vacances clinquant, nommé Eldorado, dans le sud du Texas.

Ils auraient peut-être pu le conserver intact si Earl Sheridan n'avait pas mis le feu aux poudres qui couvaient chez Digger. Earl est un psychopathe. Sur la route qui le mène à son exécution, interné pour un soir dans institution des deux frères, il s'en évade, prenant Digger et Clay en otages, plus ou moins consentants. Si Earl, ultra violent, fascine l'un, il terrorise l'autre. Dans le début d'une course folle et meurtrière le long de l'I 10, qui mène aussi bien à l'Eldorado qu'à l'enfer, l'entente des deux frères se lézarde, et ce sont deux parcours qui se construisent en se croisant aux tournants de cette même route, que l'on suivra jusqu'à la fin.

L'itinéraire est jalonné de rencontres, vieux garçons solitaires conduisant des pick up bringuebalants, familles en route vers leur home sweet home, jeunes filles fraîches ou perdues, selon le frère qui les entraînent hors de l'asphalte. Les mêmes paysages se succèdent, fermes exsangues, boutiques de confiseries, coffee bars poussiéreux, serveuses peu accortes, bourgades où le temps s'est figé. Des vies normales qui ne verront pas toujours leur fin arriver.

A ce pick up movie, meurtrier ou amoureux, Ellory adjoint un quiproquo policier peu crédible mais qui relance malgré tout l'intérêt lorsque le côté catalogue sanglant en crescendo pourrait commencer à écœurer. Enrichi de ces portraits de quidams qui bordent la route des deux frères, se construit un roman en montagnes russes où l'on reprend rarement son souffle peinard. La fin est un peu grand guignol, ce n'est sans doute pas un grand Ellory, un poil trop manichéen, et excessivement violent, mais il fait froid dans le dos très efficacement.

 

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....

 

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

04/02/2016

L'analphabète, Ruth Rendell

l'analphabète,ruth rendell,romans,romans policiers,romans angleterreAvoir vu, voire revu "la cérémonie" de Chabrol, ce film aussi magistral que le meilleur des thrillers bourgeois du maître es-psycho des entrailles mouchetées (je pense à "Que la bête meure" ou "Le boucher"), avoir, la première fois, sursauté d'horreur, avoir accroché son fauteuil, glacée d'effroi, lors de la scène du crime, ne gêne en rien le plaisir de lire ce roman dont Chabrol s'inspira ...

Les deux œuvres se complètent en réalité, car là Chabrol ne dévoile que petit à petit l'origine du mystère de Sophie, Ruth Rendell en fait sa première phrase : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire ni écrire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale". Du moins quatre d'entre eux. Georges en premier, le père, distingué, prévenant, profondément amoureux de sa femme, Jacqueline, si belle, si soignée, si élégante, grande connaisseuse d'opéra. Ils forment une sorte de couple idéal, brillants, humanistes, souples et ouverts d'esprit, profondement snobs sans même le savoir et rigides, clos dans les valeurs implicites de leur classe sociale.

Ce soir de folie là, Eunice et sa complice firent aussi feu sur les deux adolescents : Mélinda, belle comme les blés, étudiante et amoureuse, aussi libérale et libérée qu'un poisson rouge dans son bocal. Et enfin, elles tuèrent Gil, sombre jeune homme torturé, mystique et boutonneux comme peut l'être un fils de bonne famille tracassé par ses hormones.

Ruth Rendell analyse, là où Chabrol ne laissait rien paraître trop tôt, les étapes de la haine entre la domestique, analphabète, paranoïaque, hermétique à tous sentiments, enfermée dans son incapacité d'empathie, sauf pour les jolies objets qui entourent ses patrons et les séries télévisées dont elle se gave, et eux, les bourgeois intellos qui se piquent d'elle comme d'une bouée de sauvetage contre la poussière.

De tensions en incompréhensions, la victime se fera vengeance d'un crime qu'ils n'avaient pas vraiment commis, celui du mépris qu'elle s'était imaginé, vengeance glacée comme une plongée dans les eaux troubles, dans la mare des ressentiments qui n'avaient jamais trouvé de porte de sortie.

Merci à Ingannmic de m'avoir refait penser à lire ce titre depuis si longtemps noté.

14/01/2016

Un vent de cendres, Sandrine Collette

un vent de cendres,sandine collette,romans,romans français,romans policiers,déceptionsMalo et Camille sont frère et sœur, jeunes et beaux. Ils ont aussi un sale caractère, ce qui est dit, soit, mais n'est pas en soi une singularité suffisante pour faire d'un personnage de papier un personnage de papier suffisant. Ils ont décidé, sur les conseils de leur ami Henri d'aller vivre un sacré moment, une semaine de vendanges en Champagne. Sacré moment, soit encore ... Ils arrivent dans un village, frappé de désertification rurale, et sont installés dans un domaine quelque peu à part.

Le chapitre d'avant, c'est le prologue. On nous y raconte l'accident de Laure, d'Andréas et d'Octave, jeunes et beaux, eux aussi. Andéas aime laure qui glisse son petit corps par le toit ouvrant de la voiture, dans la tièdeur de l'air. Le vent souffle dans ses cheveux avant qu'un gros camion ne la décapite. Octave aimait sans doute aussi Laure. Fin du prologue, où il est aussi glissé qu'Andréas possède des vignes, ce qui fait que le lecteur, pas bête, réalise que Octave + Andréas + Camille, on avoir du reveal dans les cépages.

Ce qui devait être sera. Rapidement, les cadences imposées par l'affreux contremaître provoquent coups de gueules, tensions et courbatures. Rapidement, entre le frère et la sœur, des incompréhensions se tissent. Camille possède une beauté étrange, elle a les cheveux si blonds qu'il en paraissent blancs. Cette frêle blancheur attire Octave, rescapé de l'accident, balafré et boiteux. Dans les corridors sombres du domaine, Andréas se terre. La balafre attire la belle Camille, la belle frôle la bête et la charogne attire le papillon. Malo, le frère au sale caractère en profite pour en faire preuve, se fâche tout rouge et disparaît, laissant sa sœur dans le bouillon.

Une blonde attirée par un balafré, un frère mal embouché, un amour momifié, donnent un polar très efficace, sans âme, mais très efficace. La mécanique fonctionne parfaitement, on court après Camille, Camille cherchant son frère, Octave poursuivant Camille, le tout à l'intérieur d'un huis-clos de regards, de frôlements, de désirs malsains à souhait. Mais quoi ? les rouages manquent de couinements et de grincements. Y'a trop d'huile, ça glisse sur les personnages, qui nous glissent entre les doigts, trop fin du papier ... y'a rien sous le malsain, pas de densité grouillante avec des vrais monstres dedans. Il faut juste courir plus vite que le monstre qui est caché derrière la porte avec un gros couteau à trancher les petites blondes ....

Même si ce deuxième titre m'a quand même plus convaincue que le premier, "Les noeuds d'acier", où j'avais dû me pincer pour me convaincre d'avoir peur, car ici, la situation est quand même plus crédible et plus cohérente, je reste dubitative ....

(Mon exemplaire me permettant de jeter un œil sur le début du troisième " Six fourmis blanches", j'y découvre un Mathias, gardien de chèvres qui se prend pour un sacrificateur, et une innocente Lou, qui a tout de la chèvre de monsieur Seguin. Je crois que je vais prendre la tangente !)

29/10/2015

Miséricorde, Jussi Adler-Olsen

misericorde (1).jpgQuand Hafez El Assad débarque au département V, département d'enquête situé dans les caves des locaux de la police judiciaire danoise, il est armé de ses gants de ménage, d'une théière géante, et sûrement d'une fausse identité, (y a qu'à lire son nom, il est juste impossible ...) Hafez El Assad est un candide, mais en réalité, c'en est un faux, comme son nom. Il n'a l'air de rien, surtout pas d'un type efficace. Et franchement, Carl Morck, son patron, nouvellement promu chef du département V, non plus, n'a pas l'air de grand chose. Il n'est pas au meilleur de sa forme. Et quand il voit Hafez lui tomber dessus, comme un OVNI souterrain, franchement, on se dit que comme duo d'enquêteurs, on a aura vu plus sexy ...

Carl Morck dans Laurel et Hardy, c'est ni l'un ni l'autre. Il a été relégué au sous-sol par son chef à lui, pour cause d'incompatibilité d'humeur constante avec la hiérarchie et l'ensemble de ses collègues, secrétaires comprises (ce à quoi Hafez va suppléer ...). On lui a collé un placard à balai, un ordinateur et une pile de dossiers, qu'il s'est contenté pour l'instant de diviser en trois autres piles. Parce que Carl Morck n'a aucunement l'intention de résoudre une quelconque affaire, il veut cuver sa dépression tranquille. Deux de ses collègues le supportaient encore, et voilà que quelques temps auparavant, l'un d'entre eux est mort et l'autre gît sur un lit d’hôpital, paralysé à vie, à cause de lui, Carl, parce qu'il n'a pas dégainé assez vite. Alors, les autres affaires, il s'en moque pas mal. D'autant plus que sa nomination-promotion  est un leurre, destiné à la fois à le neutraliser et à permettre à sa hiérarchie de se renflouer en enquêteurs moins bougons et moins grandes gueules, dans les étages, pendant qu'il croupira là, chargé de résoudre toutes les affaires non élucidées depuis tellement de temps que les enjeux sont moindres, sauf les politiques, évidemment. D'où ce tour de passe passe qui sent l'entourloupe des marécages du fonctionnariat.

Le moustique Hafez va lui secouer les puces, comme la mouche du coche, et alors commence le thriller, très efficace ... Ce duo désassorti se lance au mystère de la disparition de la belle et talentueuse Merete Lyyngaard. Il y a cinq ans, elle serait tombée d'un ferry. Merete était une battante, sans peur et sans reproche, à la vie privée austère et dévouée à un frère, pas tout à fait comme les autres.... Entre temps, entre l'enquête qui débute et les retour arrière présentant la disparue, s'intercale une autre voix anonyme, prisonnière d'un étrange caisson.

En fait, le roman débute par cette voix, ce qui fait que j'avais plusieurs fois reposé le livre, pensant avoir affaire à un truc de zombis ... mais pas du tout, c'est bien un thriller de bon aloi pour lequel mon intérêt a été grandissant, porté, je l'avoue, par le zébulon El Assad, qui bondit sur les pistes aussi rapidement qu'il en construit des fausses !

Un personnage au potentiel exotique certain dans un polar nordique, j'espère bien en savoir un peu plus dans la deuxième de la trilogie ...