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25/03/2012

La comtesse de Ricotta Milena Agus

9782867465956.jpgLa ricotta, c'est un fromage mou, qui tremblote sous les coups de fourchette, selon wikipédia, il doit s'égoutter, se laisser aller, sinon il se répand, c'est pour cela qu'il est dans un petit panier, qui le tient.

La comtesse, une des trois femmes de ce roman est donc "de ricotta", non de provenance de , elle n'a jamais bougé de Cagliari, de substance de. Elle tremblote de la vie, de l'intérieur, ne sait rien faire sauf aimer "ceux qui ne la mérite pas".

La comtesse a donc deux soeurs, et un fils, Carlito. Celui-là, on ne sait trop d'où il lui est venu. D'un homme qui ne l'a pas reconnu, lui non plus, à la faveur d'un hasard, d'une mollesse. Le petit apprend à jouer du piano, deux heures par semaine avec son papa fantôme. Le reste du temps, il cherche à s'échapper, rêve de papa dragon sur la plage. Il n'est même pas beau, semble quelque peu idiot, du moins, autre, ce qui fait que les autres, eux, l'évitent.

La plus âgée des deux soeurs, Noémie, est justement trop âgée pour se marier, se maquiller, s'habiller, séduire. Elle ne tremblote pas, elle a l'analyse de la situation cruelle. Son seul souci : racheter les appartements vendus de l'hotel particulier où elles habitent encore, et qui fut entièrement le leur, du temps d'une splendeur d'antan, quand la famille avait offert au roi de Sardaigne un service à vaisselle digne de sa table. Pour l'instant, elle doit se contenter d'une restauration de la façade, ce qui va lui coûter bien plus cher qu'un simple ravalement, finalement.

La troisième a un mari, elle, mais pas d'enfant. Seulement un chat qui fait office de, en attendant. Magdalena aime son beau mari et Salvadore, le beau mari, aime sa femme, les seins splendides et le cul voluptueux de sa femme. Ils s'en donnent à coeur joie tous les deux ( il y a quelques pages qui sentent bon La cucina), mais l'enfant tarde. Et le neveu ne remplace pas, trop décevant, vaut mieux encore le chat.

Il a aussi un voisin qui remet et retire son alliance, sans que l'on ne sache trop pourquoi, ce qui fait aussi trembloter. Et une gouvernante, qui a connu les temps où la mére des trois soeurs était presque là et le père aussi. Elle a su faire les tartes à la ricotta, puis a oublié, mais là, on sait pourquoi.

La ricotta donc, c'est blanc, et mou. Il paraît même que le blanc peut-être laiteux voire lumineux. Ce qui n'est pas le cas de ce roman : plutôt tourné vers l'intérieur, l'intérieur du palais qui s'effrite, intérieurs des trois seours qui s'agrippent, un rêve d'amour qui se tient dans une légère brise de l'écriture, si lente et douce qu'on ne dirait pas la Sardaigne ardente de Mal de pierre. Les mots ne se répandent pas malgré quelques redites, quelques échos de Mon voisin ( que j'avais trouvé trop douceâtre) ou de Quand le requin dort, mais trop atténués.

Le roman manque d'apreté, tant pis,  la prochaine fois, j'en reprendrai quand même encore "du même auteure"

En plus, les couvertures des romans de Milena Agus sont souvent géniales, ce qui fait que je ne vais pas me fouler pour l'illustration, vaut mieux ça qu'une image de ricotta qui se répand.

Athalie 

29/01/2012

Le mal de pierres Milena Agus

mur-de-pierre-dscf9911.jpgC'était un soir, très soir, un soir d'hiver, très hiver, un soir d'hiver breton, très soir d'hiver breton, un soir où l'on rentre tard, pas très tard, mais trop tard, d'une journée de boulot ,très boulot. Un soir d'hiver, en Bretagne, il faut dire que les essuie-glaces chuintent, (les miens en tout cas), le bitume chouine, et les lumières des lampadaires blafardent. Le moral grince. Heureusement, le bouton de l'auto radio tourne ( et oui, il fut un temps où dans les voitures, les miennes en tout cas, on tournait un bouton pour entendre la radio). Je tourne donc, j'entends la fin d'un truc avec mal et pierre dedans et une voix qui disait des mots de Sardaigne, mais sans soleil dedans. Clap de fin. La voix parle d'autre chose et ma voiture s'arrête devant ma porte, ce qui fait que je l'ouvre. Ou comment rater sa première rencontre avec un livre.

Plus tard, au détour d'un autre hasard, je l'ai quand même retrouvée cette drôle de grand mère au "mal de pierres". Je m'attendais, allez savoir pourquoi, à une vieille courbée, ratatinée, le cliché "Sardaigne ancestrale". Ben, en fait, elle n'est du tout cela. Au début du récit, elle n'a même pas 30 ans. Belle, ardente, trop ardente, ça lui brûle de l'intérieur, elle fait fuir les prétendants, une rumeur la dit coupable de dire son désir. Le récit ne dit rien lui, et la marie plutôt, sans désir, du coup. Un drôle de mariage, où le lit n'est pas vraiment un point de chute. Au contraire. 

Le récit voile son histoire, on croit tirer un rideau mais il y en a un autre derrière ; le Rescapé, le mari pas amant mais aimant, pas tout de suite, le fils vénéré et oublieux, au son d'un violon,   sa petite fille, la narratrice qui la retrouve et l'invente. Ou peut-être pas. Se contournent alors les lignes de faille : la femme méprisée, la folle, celle qui a pris "tous les désordres sur elle" pour rétablir l'équilibre, héroïne tremblante d'une vie en décalage.

On n'aura jamais la vérité sur cette belle, si belle amoureuse, si aimante, si tremblante d'amour. C'est quoi le mal de pierres, comme le mal de Phèdre ? mais en rentré dedans, parce que le récit, court, en phrases courtes, en phrases simples, résonne d'une douceur tendre et comme mélancolique.

Athalie