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03/05/2012

Le coeur glacé Almudena Grandes

le coeur glacé,almudena grandes,romans espagne,romans historiquesAh ! une bonne tranche de pavé de roman historique comme on les aime.... Cela faisait longtemps que le coeur m'en disait, il pèse son poids mais son poids en vaut la peine, sans peine, on entre dans cette histoire-là. On ouvre la porte de l'appartement parisien de la famille Fernandez, ( au jeu des sept familles, je voudrais les grands parents : républicains exilés), en se laissant guider par la petite main de Raquel, la petite fille, mi-française, mi-espagnole, le jour de la mort de Franco ( en fait le roman ne commence pas vraiment comme cela, mais, c'est parce que j'ai adoré ce moment, une sorte de fête triste, comme si le mort détesté était mort trop tard pour que ce moment soit vraiment une délivrance, voire un soulagement ...), et l'on sent les odeurs d'aubergines grillées et d'ail. Les Fernandez vivent à Paris, comme d'autres espagnols, une petite communauté, parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement, ces anciens combattants de leur guerre et de leur Espagne perdue, solidement accrochée au coeur et non à la raison. parce que le grand père l'a dit et redit qu'il ne retournera jamais dans son pays qui n'est plus son pays, dans son Madrid qui n'est plus son Madrid, pays de fascistes, Madrid de fascistes. Mais voilà Franco est mort ... La route n'est pas libre, mais le retour est possible. Grands parents, parents, et Raquel y retournent donc.

C'est un livre qui parle de cette parole là, celle de deux générations, celle des grands parents et celle des petits enfants, entre les deux, on touche pas trop. Mais le grand père Fernandez va donner quelques clefs à Raquel, la seule qui veut bien savoir, voudrait savoir plus, mais trop de non dits et trop de volontés d'oublis éludent ses questions, et les réponses, aussi.

A Madrid, il y a, il y avait, les Fernandez, mais il y a, il y avait les Carrion, la famille fasciste, les vainqueurs, les salauds, évidemment entre les deux, on s'est croisé, on va se recroiser et règler des comptes, forcément. Va et vient passé, présent, va et vient méchants, gentils, double régal pour la lectrice amoureuse de destins croisés et surtout d'Espagne.

Première couche de plaisir : la guerre d'espagne côté républicain, les coeurs généreux et fiers. Deuxième couche : le retour d'exil, les balades dans les rues du vieux Madrid que le grand père Fernandez fait goûter à Raquel, friandises de souvenirs, petits déjeuner dans les cafés, tapas et petits verres à l'ombre des ruelles tortueuses et des souvenirs qui ont gardé vie.Troisième couche : l'Espagne aujourd'hui, quand Raphaël Carrion, descendant du beau, du fringant, du puissant, du solaire, du mystérieux, du pas clair du tout, Julio Carrion, croise et entrecroise son passé et se le prend dans la figure. D'où vient ce père, d'où vient sa grand-mère à lui, de quel village, de quelles compromissions, de quelles trahisons a été  faite la fortune familliale ?

Il y a deux tomes, et ce n'est que le premier, et pour l'instant, du côté des républicains, c'est un sans faute (Ouf !!!). Bon, bref, j'ai adoré, tous les ingrédients de la saga historique bien menée (malgré quelques longueurs quand ... tombe amoureux de .... et que il va découvrir que .... sauf que nous ça fait un moment que l'on a compris que ....), plus un bon gros doigt bien pointé sur l'accueil que la France (républicaine ...) a fait à ses combattants que l'exil avait rendu pathétiques dans les camps de la frontière, gardés et parqués comme des coupables.

Ben ouais, en plus, c'est humaniste comme livre !

Athalie

Source de l'illustration : Camp provisoire près d'Amélie-les-Bains. Source : Collection Rodriguez (fonds Chauvin). Juan, Album souvenirs de l'exil républicain espagnol en France, p.97

Amélie-les-Bains
Centre de rassemblement puis centre d'accueil pour Espagnols et membres des Brigades internationales, ouvert en février 1939.

12/04/2012

La souris bleue Kate Atkinson

la souris bleue kate atkinson,roman anglaisMon homme vient de le commencer, et il me dit, "ça commence, bien, La souris bleue", un bain de sang ! Moi "Ah tu es au troisième antécédent ?" Lui : "Non, au deuxième". Il a raison. J'avais oublié les bains de sang. C'est parce qu'ils sont en sourdine, giglant mais en sourdine, comme une douleur qui ne jaillirait pas vraiment, du moins dans l'écriture qui tournicote autour.

La souris bleue est le nom du doudou d'Olivia, une peluche rapée et un poil fatiguée d'avoir été tortillée, un doudou normal. Olivia est la soeur cadette d'une famille de quatre filles, c'est elle la parfaite, la mignonne, l'attachante, la seule aimée, la future victime, la disparue depuis trente ans, un soir d'été, de la tente surchauffée dans le jardin, elle n'est jamais revenue. Fille de Victor et Rosemary ; Victor, pas vraiment un père, une ombre de grand mathématicien et un pauvre type, Rosemary, une mère déjà lassée de l'être à force de l'être trop souvent et de l'avoir été trop tôt. Les trois autres soeurs ont survécu. Premier antécédent.

Deuxième antécédent ; Théo et Laura. Théo, le père en mère poule bien ronde, et Laura, sa fille préférée et parfaite. Un hasard ou deux et le sang gicle.

Troisième antécédent ; Michelle, Keith et le bébé qui pleure, les heures de sommeil qui se grapillent, le temps pour soi contre le temps de la perfection, sauf que l'exaspération rode et la hache flotte par là.

Ouais, mon homme a raison, ça a l'air grave, finalement.

Fin des antécédents ; arrive Jackson, il est détective privé, enfin plutôt vaguement quand même, parce qu'il a surtout mal aux dents et recommencé à fumer. Avant, il avait une femme, une maitresse femme depuis  reconvertie en femme d'intérieur, mais avec un autre, et il a lui aussi une fille : huit ans, elle lui claque le coeur comme une petite bombe qu'elle menace d'être. Lui aussi, il a un antécédent, le numéro quatre, mais on ne le saura que quand les fils des autres seront emmélés les uns dans les autres, sans que l'on ai vu vraiment comment. Pas grave.

Jackson rêve d'une retraite dorée dans un pays de cocagne où la baguette pousserait sur les placettes à pétanque. Sans rire. En attendant, il n'a qu'une enquête sur le feu, et elle ne brûle pas, ni ne fait bouillir la marmite : une hôtesse de l'air bonâsse soupçonnée d'infidélité par son mari idolâtre alors qu'elle passe son temps à tondre sa pelouse, faire des courses et la gueule. Il la suit d'ennui, clopes au bec. Une vieille aux chats lui fait faire quelques premiers détours : toquée fasciste persuadée qu'on ne lui vole que ses félins négros.

De fil en pas d'aiguilles, de suiveur pépére en séducteur malgré lui, de détours en méandres, Jackson va arriver au bout du labyrinthe ; et nous avec, accrochés aux fils de ses virages, circonvolutions, têtes à queues improbables et illusoires romanesques, on s'accroche à la lenteur d'enquêtes qui n'en sont même pas. Enfin, pas des vraies, sauf que c'est juste à savoir comment les pères aiment leur filles, que deviennent les filles disparues (ou pas) dans la tête des autres, ceux qui restent à compter leur âge, trouver, retrouver leur visage et que sont les pères devenus.

C'est drôle et triste comme une souris bleue au fond d'un tiroir, comme une vieille fille qui va à l'enterrement de son père en collants rouges, comme une comédienne ratée mais super sexy.

Une histoire de gâteau en chocolat avec de la crème anglaise dessus et un couteau à l'intérieur. Un vrai régal.

Athalie

 

 

 

 

 

 

27/03/2012

L'insomnie des étoiles Marc Dugain (note de rattrapage)

marc dugain,roman françaisCe n'est pas le roman de Dugain que j'ai préféré, mais " le pas mal du tout quand même" étant plus facile à rattraper, parfois, que "l'excellent "qui résiste à la note, ( voir en bas de la page deux liens vers deux présentations du Seigneur des porcheries, roman qui m'avait si sciée que je me lancerai pas dans un rattrapage sur ce coup là, vu que tout y est dit), je reviens vers cette "insomnie", moins percutante que La malédiction d'Edgar ou Une excécution ordinaire, mais quand même.

Dans un monde d'abord "infini et clos", flottent Maria, sa faim, sa soif, ses bribes de souvenirs. On ne sait quand, ni où, ni qui elle est. Une ferme, un silence, une adolescente, on avance dans un brouillard dense et lourd. Y a du danger autour, c'est sûr, ça se sent dans le vent, dans l'immobilité humide et froide. Maria a perdu ses lunettes, c'est peut-être aussi pour cela qu'on y voit pas très clair. En tout cas, du coup, elle ne peut plus lire les lettres qui sont arrivées, celles de son père, lettres silencieuses, donc d'un disparu en uniforme. On dirait que c'est tout ce qui lui reste. Mais de quoi ? Le brouillard stagne et l'écriture, prégnante et serrée fait qu'on voudrait le trouer. Doucement, quelques éléments bougent, profilent des contours : une sorte de débacle, des profiteurs rodent, inspectent repartent, reviennent, se servent. Maria s'en cache, se terre dans les coins. Mais où et quand est-elle ? La ferme est vidée, un cadavre reste, encombrant, se décompose sans se laisser oublier. Le temps passe, c'est un eu plus de lumière, et apparait droit dans ses bottes un capitaine en uniforme, Louyne, sauveur ? prédateur ? sauveur, ouf. Il récupère Maria et on commence à peu mieux voir le paysage historique.

Donc, on est en Allemagne, après la défaite nazie, les alliés viennent faire le ménage. Le village où les français ont été affectés à la remise en marche du normal, est dans le sud du pays. Petit, perdu, rien de bien grave ne semble s'y être passé. Le nazisme les a frôlé de son aile, à en croire les habitants, sans que l'apocalypse fasciste n'y ai pris corps, ni âme. Soit.

Sauf que Maria a un truc qui cloche, et le village aussi, finalement, et que les deux sont quelque peu liés, ce que Louyne va chercher et trouver. Enquête policière au pays des amnésiques volontaires, le roman donne à voir l'arrière du fond du crime, rend visible l'infâme ordinaire, puis l'infâme tout court. Ce qui est petit à petit ainsi révélé n'est peut-être pas  aussi surprenant, aussi mystérieux qu'on ne soit complètement chamboulé et retourné. On peut  y voir évidemment une faiblesse romanesque. Maria ne devient qu'un prétexte, un fil d'Ariane, elle s'efface, se dilue dans l'histoire si sombre de la Grande. Louyne, oui, un peu trop toujours droit dans ses bottes, sans doute, justement parce qu'il n'en a pas des doutes. Résolument du côté du bien. Le romanesque aurait aimé un rien de vacillement, un peu moins de minimalisme lapidaire, un pas de côté, même un petit ...

Dommage, sans doute, pour le roman, ce qui n'enlève rien me semble-t-il, à la qualité du propos, la justesse de la démarche. Le romanesque peut sûrement passer après l'histoire, quand l'Histoire doit être dite. Ce qui est super sentencieux, comme phrase droite dans ses bottes, d'ailleurs.

Athalie

Donc, Le seigneur des porcheries ....

http://voyelleetconsonne.blogspot.fr/2012/03/le-seigneur-...

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2009/12/seigneur-des-...

qui est aussi un "must" de A.B, d'ailleurs, c'est par elle que comme souvent, j'ai ouvert ces pages !