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22/08/2014

Les douze enfants de Paris Tim Willocks

J’avais adoré « La religion » du même auteur. Bon, on pataugeait un peu beaucoup dans le sang, les entrailles, la merde, la pisse et j’en passe pas mal …. Mais le super Mattias Tannhauser, sa dulcinée finalement conquise, Clara, et tous les autres, m’avaient emportée dans les tourbillons épiques et débordants des combats dans l’île de Malte, entre musulmans fanatiques et Templiers désespérément accrochés à leur basque. Juste génial !

Je trépignais donc à l’idée de les retrouver à Paris, en cette autre époque de guerre de religion, à son apothéose sanglante, le jour de la Saint Barthélémy. Sauf que, quand j’ai lu sur le quatrième que l’histoire était censée se dérouler en 36 heures et uniquement enfermée dans l’enceinte parisienne en cet unique jour de massacre, j’ai commencé à avoir un doute sur le souffle épique (l’île de Malte ce n’est pas très grand non plus, mais un seul  lieu et à peine deux jours, ça limite quand même les possibilités). Pas grave, me suis-je dit, il va y avoir des retour-arrière et ça va pulser. Ben non. Je n’avais par contre aucun doute sur le sang, les entrailles, la merde, la pisse, et je vous passe les odeurs. La journée en fut sûrement riche, sauf que dans le roman, il y en a trop, vraiment trop.

De plus, le suspens est nul (je veux dire, il n’y en a aucun, Mattias = Superman en pire et Clara, elle vous torche un accouchement entre deux fuites et deux enlèvements) et l’intrigue est mince comme le fil de l’épée passée au travers de tous ceux qui leur barrent la route l’un vers l’autre. Et il y en a beaucoup, sans compter tous ceux qui n’y étaient pour rien, et il y en a beaucoup aussi.

Clara a donc quitté son domaine provincial, enceinte de 8 mois, invitée par la reine elle-même à participer à un concert symbolique prévu pour célébrer le non moins symbolique mariage du futur Henri IV et de la future reine Margot. Concert symbolique, car elle, Clara, la catholique, jouera avec Symone D’Aubray, protestante. Mattias, qui était parti sur les mers, est arrivé trop tard pour l’accompagner. Il arrive donc à Paris pour la retrouver, ne sait rien de la symbolique prévue, ne sait pas où elle est, et entame donc ses recherches dans le labyrinthe des rues et des intrigues qui virent rapidement au cloaque répugnant. Et le sombre héros n’y va pas de main morte pour que ce cloaque devenu carnage ne déborde. C’est simple, il trucide comme d’autres disent bonjour, ou même avant.  Il y a quand même quelques moments où le taux de mortalité baisse, mais peu sur le nombre de pages … Il reste quelques passages poétiques,  voire de ce lyrisme noir qui emportait « La religion », des personnages secondaires atypiques et charpentés : l’Infant du pays de Cocagne, tellement laid que Quasimodo en aurait fait une crise de jalousie, le valet Grégoire, affligé d’un bec de lièvre un peu gênant mais à la douceur de caractère constante, lui, et le cortège des onze autres enfants de Paris, qui tous, à un moment où à un autre, vont être pris sous l’aile vengeresse de Mattias, réduit lui à n’être qu’une machine à briser les os, éventrer, décapiter, émasculer, énucléer, et j’en passe. Il n’y a que violer qu’il ne fait pas, il laisse ce crime là aux méchants, aux autres, et il y en a trop, beaucoup, beaucoup trop.

22/02/2012

La religion Tim Willocks ( 3, 4 et 5)

bene-tim-willocks.jpgTroisième jour de lecture :

Carla vient de se faire enlever par un sale prêtre qui pue l'oignon, aux ordres de l'affreux inquisiteur qui pue l'onction de la chair brûlée. Quelques coups de traquenards et crucifixion de juif vendeur de poivre plus tard ; la petite bande part pour Malte : Carla, Tannhauser, Amporo, Bors, l'inquisiteur, lui, il est à Rome, mais s'en méfier comme de la peste turque ou pontificale.

Je nage un plein roman romesquitisme quand mon homme préféré me rappelle que l'on a une cuisine à acheter et des copains à venir manger. Je laisse donc la bande vaquer à ses occupations habituelles. On n'a évidemment pas acheté de cuisine et les copains avaient déjà lu La religion. Je les ai sommés de ne pas m'en dire un mot. Ce qui fait qu'on a parlé cuisine.

Quatrième jour de lecture :

Je décide de tenir un journal de lecture, sinon, à la fin, je ne vais plus m'y retrouver. A Malte, ça barde de tous les côtés, je ne suis pas sûre de retrouver la petite bande vivante demain. Je m'acharne,  j'ai les yeux qui pleurent et l'estomac qui crie famine. En plus, voilà Carla qui devient mystique ... Tannhauseur se perd entre deux amours, Bors est sauvé pour l'instant, c'est déjà ça. Et le fils inconnu, on ne peut rien en dire, sinon, c'est trop.

Cinquième jour de lecture :

Pendant la nuit, à Malte, le fort de Saint Elme est tombé .... et Tannhauser s'est évanoui dans la boucherie pendant qu' Amparo et Clara jouent dans la nuit des décombres, toute sensualité dehors. Et revoilà l'inquisiteur ...

Je faiblis, ne résiste plus à la tentation ( moi non plus ...) de passer quelques paragraphes de sang coagulé, de récits d'assauts sans fin et sans but que la seule gloire de deux dieux que seuls les hommes opposent. Je me mets à aimer Tannhauser, son immoralité, les chausse trappe de la fiction me font sourire. Quand c'est trop, je me réfugie dans la vérification des sous-titres : on est à Malte pour combien de temps encore ?  Je m'étiole, va voir sur internet qui était La Valette, comment s'est finie cette guerre. Je sature. Les héros aussi. ça va, je suis encore avec eux. Pas question de lâcher.

Athalie

21/02/2012

La religion Tim Willocks (1 et 2)

bene-tim-willocks.jpgPremier jour de lecture :

Hésitations : j'attaque au pas ? Il est énorme. Je suis en vacances. Il n'était pas sur la liste prévue. J'ai envie de le lire. A quoi ça sert de faire une liste si on ne la tient pas ? Soit. Mais à quoi ça sert de faire une liste si on n'en devie pas ? La liste, c'est pour le plaisir de la liste, en dévier c'est aussi se faire plaisir. ( voir Pérec, qui en sait beaucoup sur le sujet, et comme je suis d'accord avec lui ....)

Donc La religion, c'est décidé. Templiers, Malte, 1565, je pars. Premières pages. Ben, c'est quoi ce truc ? On n'est pas à Malte et ça crache le sang tout de suite, on me tue l'angélique petite soeur dès les 10 premières pages. Même pas eu le temps de voir le truc venir. Mathieu dans la forge, une chanson et hop, le déchainement. Moi, je croyais entrer dans un roman historique, saga genre Les piliers de la terre, ( j'ai une dent contre Le scandale Modigliani, mais bon, Les piliers de la terre, j'avais aimé en tourner les pages) on a le temps de voir les alentours, le cadre, le dessous des cartes ... Là, non, le Mathieu gentil fils de forgeron, devient tueur sans état d'âme en moins de temps qu'il n'en faut à d'autres pour trousser une chemise. Style lyrique, épique, échevelant, tout mélangé. Je pose le pavé sur le côté, à l'envers comme d'hab et vais faire un tour dans le jardin (même si il n'y a pas grand chose à y faire à cette époque) juste histoire d'éviter de prendre un objet plus identifiable dans la pile correspondant à la liste prévue.

Deuxième jour de lecture :

J'avais laissé dans le nord de l'Europe un gamin tueur enlevé par un somptueux janissaire turc surgi de la gueule de l'enfer et je retrouve un Tannhauser jouisseur, propriétaire d'un coupe gorge baroque à Messine. Je m'adapte. Sans compter les turcs, enfin là ou presque, décidés à faire table rase de Naples, une troublante comtesse, une sauvageonne devineresse dans un jardin aux rossignols, où l'on apprend pourquoi certaines roses sont rouges, un inquisiteur même pas lubrique, tranchant comme un coupe-gorge, des gorges justement tranchées.... La machine à histoires est lancée, c'est génial ce truc.

Athalie