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03/12/2016

La dernière fuigitive, Tracy chevalier

la dernière fuigitive,tacy chevalier,romans,romans américains,romans historiques,quakersHonor Bright est quaker, elle appartient à la communauté des Amis de Bridport, en Angleterre. Et avant de partir, de traverser l'Atlantique à bord de l'Adventurer, elle fait don de tous ses quilts, et patchworks, et n'en garde qu'un, dont elle aura d'ailleurs bien besoin, mais cela elle ne le sait pas encore. D'ailleurs, elle ne sait pas grand chose, Honor, sauf qu'elle accompagne sa sœur Grace vers l'inconnu d'une maison en bois, bâtie par son futur beau-frère, Adam Cox, à Faithwello, Ohio. Une lettre est partie de l'autre côté de l'océan pour prévenir qu'elles seront deux, au lieu d'une. Avec une seule attendue par un futur mari, quaker comme il se doit.

Honor se dit qu'elle pourra toujours revenir, mais la traversée lui a fait tellement rendre tripes et boyaux que l'océan devient un espace monstrueux, qui se dresse définitivement entre elle et son passé. Lui reste sa sœur et l'inconnu, et rapidement, il n'y a plus que l'inconnu, car Grace succombe à une fièvre maligne et c'est donc seule, sans statut et sans béquille qu'Honor débarque chez Adam. Qui lui même a perdu son frère, il reste Agibail, la belle soeur, dans la fameuse maison en bois, à Faithwello, Ohio.

En chemin, la décence a fait faire une halte à Honor, dans la petite ville voisine. Elle y a rencontré Belle, une modiste qui n'a pas froid aux yeux et le whisky facile, et qui a aussi un frère, Donovan, un redouté chasseur d'esclave en fuite qui sur la route, a commencé à faire des yeux doux à l'apeurée Honor, qui n'y comprend goutte, à l'esclavage. Mais dans la maison de Belle, des bruits clandestins se font entendre derrière les cloisons de la remise, les oreilles d'Honor se deshillent petit à petit, pendant que son don pour la couture lui fait réaliser des chapeaux hauts en couleur où naissent les bouquets de fleurs en tissus, et des oiseaux aussi, alors qu'elle ne porte que le modeste bonnet qui est de mise. Silencieuse, discrète, la jeune quaker noue cependant avec la fantasque modiste des liens dont la solidité lui seront bien utiles.
Le livre raconte la maturation de l’héroïne, échouée dans un monde où tout le monde parle haut et fort, où des esclaves noirs sont en fuite, alors que d'autres choisissent les tissus les plus moirés dans le magasin d'Adam, qu'elle a fini par rejoindre pour découvrir un monde sans horizon, fermé et hostile. Car dans la maison en bois, elle doit se caser dans les coins, pièce inattendue du patchwork qu'Abigail avait commencé à coudre dans le dos d'Adam, fiancé sans fiancée, alors qu'elle est la belle sœur sans frère et Honor la troisième roue d'un autre avenir possible ... Les tensions montent, larvées, alors que Donovan ne la quitte pas des yeux ... Mais en vaillante petite héroïne, Honor se fait une des places possibles.

Finalement, un quilt bien cousu, bien serré, peut tenir aussi chaud qu'un bon vieux bouquin !

 

 

 

15/03/2012

Prodigieuses créatures Tracy Chevalier

220px-Maryanning.gifLe truc facile, évidemment pour l'entame de cette note, ce serait "prodigieuse lecture", sauf que non, on ne peut pas aller jusque là. "Prodigieuse surprise" non plus, alors cela va être "bonne pioche" plutôt, parce que après avoir adoré La jeune fille à la perle, comme beaucoup et plein de monde, en un temps lointain où le blog des A se tenait à la terrasse d'un troquet après avoir fait le marché des Lices, plutôt que sur la toile, où l'on ne peut même pas se couper la parole en commandant un deuxième verre de vin blanc ( c'est un temps tellement lointain que certaines A. ne l'ont même pas connu), j'avais été super déçue par La dame à la licorne. Du coup, j'avais classé Tracy Chevalier dans la catégorie "auteur que je ne lirai plus". Et puis, finalement, un avis en entrainant un autre ...

Dans Prodigieuses créatures, foin de licorne et de perles, foin de peintre et artisan tisseurs au long cours, mais des gratteuses de falaises, par tous temps et tous vents, découvrant leurs trésors enfermés dans la glaise, par le temps, l'autre, celui qui dure. Pour l'une, les trésors, c'est les poissons fossiles, en plus, elle s'appelle Elisabeth Philpot, vieille fille de sucroit pas trop contrariée. Avec ses deux soeurs, pour équilibrer des intérêts familiaux bien pensés et raisonnables, leur frère les a plantesé à Lyme Regis, une sorte de futur centre balnéaire démodé avant même d'exister. 

Leur petit cottage est ciré à la théière. Leur vie aussi dans ce coin de la côte anglaise où les mondanités se résument aux bonnes oeuvres et aux cancans, et où les notables se piquent de curiosité, d'abord, pour les trois arrivantes. Puis, moins. Il faut dire que la passion des poissons fossiles, ce n'est pas très affriolant. Elizabeth se voit étiqueter excentrique, c'est marqué sur sa robe et sur ses gants troués. Ramasser des poissons fossiles, ça sali, et les gants troués d'avance, c'est plus pratique. ( c'est fou ce que l'on apprend des trucs dans les romans !)

Sur la plage, Elisabeth rencontre Mary Anning. Trop jeune fille piquée aux fossiles aussi, mais terrestres, cette fois. Les deux vont faire la paire. Mal vue aussi Mary, mais elle parce qu'elle vient du village ( comme quoi, c'est bien aux femmes qu'on en veut dans cette histoire, des femmes qui n'ont pas à savoir, ni à chercher à savoir, surtout pas à savoir scientifique ...). La famille de Mary est pauvre. Pour vivre, elle va faire le commerce de ses ammonites, gryphies et autres traces d'un monde disparu. Ces preuves des ratages de dieu se ramassent à Lyme Régis, à la même vitesse que A.O. cueille les palourdes sur la grève de S.J à marée basse, c'est là où l'on de la chance qu'elle préfère les palourdes vivantes au "crocodiles" morts. Ce commerce est aussi celui de la  passion de Mary  que les scientifiques londoniens vont utiliser à leur guise, sans même prendre conscience de son importance à elle, la découvreuse, la cheville laborieuse : condescendants péroreurs, parfois plus sympathiques, parfois plus loufoques, rarement reconnaissants.

Un roman bien solide et bien écrit, classique un rien féministe ( mais pas virulent), un rien historique ( mais ce voit à peine) , un rien romanesque ( ce qui n'est pas dérangeant ...)

Athalie