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02/11/2013

Un été sans les hommes Siri Hustredt

un été sans les hommes,siri hustredt,romans,romans américains,pépitesUn roman jubilatoire, lu en à peine deux jours, ou plutôt deux soirs, dont le dernier failli me coûter mon sommeil, je ne voulais pas lâcher avant la fin, j'ai fini par m'endormir avec, le sourire aux lèvres sans doute, tournant encore dans mon rêve les pages avec délectation .... (sauf qu'évidemment, au matin, il fallu relire les quelques pages lues en rêve ...) 

Délectation de l'écriture, un peu barrée, gentillement foutraque exprès. Que c'est bien imité, le foutraque de la vie quand c'est dans un roman bien écrit ...

La narratrice vous cause d'un coup, vous prend à partie en vous félicitant d'être encore là, puis repart dans son histoire, fait des petits dessins dans la marge, fourrage dans son souvenir, voulant tenir des archives sexuelles, puis les adandonne ... Délectation de cette liberté de ton, c'est tout mélangé, le grave et l'intime, la mort et l'amour, la vieillesse et l'espoir ... délectation des personnages, presque que des femmes, des un peu barrées aussi, de tous les âges, et la narratrice au milieu d'orchestrer la farandole.

La narratrice Mia, semble laisser courir sa plume le long d'un été : la petite cinquantaine ménauposée, mais encore belle, selon sa mère, elle vient d'exploser en plein vol, elle sort d'un épisode de folie passagère. Son mari, Boris, jusque là plutôt placide neurophysicien, un peu ventripotent, obsédé par les rats de son laboratoire, lui a annoncé qu'il faisait une pause d'avec elle, pour une pause plus blonde, plus jeune. Mia, rousse, poétesse incomprise, peu incline au partage, continue à l'aimer, comme on peut aimer son homme de sa vie pour toujours, même quand il vous a enfoncé le malheur dans le coeur.

Mia s'écarte pour mieux se voir, ne plus le voir aussi, le temps d'une pause, elle aussi, loin de son cadre habituel. Elle s'installe dans un lieu d'emprunt, près de la maison de repos où séjourne sa mère, et où s'est constitué un club de lectrices aussi âgées que leurs artères à mi-temps, avant l'arrêt final. Elle donne des cours à des jeunes filles, un club de sorcière en puissance, et fait connaissance avec sa voisine, Lola : jeune mère de famille débordée, et qui a une passion pour les boucles d'oreilles architecturales et un mari absent. Ou en colère.

Un livre qui met en jeu principalement des femmes donc, des femmes entre elles, par force, le plus souvent, plus que par choix, ce n'est pas un livre de femmes qui n'ont pas besoin d'hommes, de femmes fortes, à l'arc en amazone, non, c'est un livre de femmes oignons. Elles ont plusieurs peaux. La première peut faire pleurer et on se retrouve dans la cuisine à sangloter comme une vache au-dessus de l'évier, en rigolant quand même, parce que ce n'est pas vraiment de chagrin pour de vrai ( ou alors si, mais les oignons sont de très bonnes excuses ...)

Les femmes de ce livre ont plusieurs couches, une énergie attendrissante, pas mièvre, et certaines dévoilent des dessous très chics, comme Abigaïl, du clud de lecture des vieilles, cassée en deux par la maladie mais qui portent toujours des broderies à double face, une pour être jolie, l'autre pour être soi.

Mia promène sur son petit monde et elle-même, une parole moqueuse, ironique et complétement dans la compassion, l'attention à ces têtes rousses, blondes, blanchies, à perruque ... et surtout sur la figure maternelle, toujours debout et toujours fragile, qui sent la laine tiède et Shalimar. A la jeune pause de Boris, elle oppose l'ignorance, l'opacité, à Boris, la constance de sa folie douce pour lui seul partagée.

Un bien joli livre, plein de sourires qui pourraient tout aussi bien couler comme des larmes. Mais finalement non.

J'avais bien aimé aussi "Tout ce que j'aimais", de la même auteure, mais qui n'est pas jubilatoire du tout, je ne sais pas lequel des deux est le plus caractéristique de cette oeuvre, en tout cas, il me reste encore pas mal de titres pour le découvrir.