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23/03/2014

Un repas en hiver Hubert Mingarelli

un repas en hiver, hubert Mingarelli, romans, romans français, dans le chaos du mondeUn livre très court et qui raconte un moment très court, une journée, à peine plus, et à quoi tient la vie d’un homme, à peu de choses, aussi.

Trois soldats allemands sont basés en Pologne, dans ce que l’on devine être un camp d’extermination d’avant d’industrialisation des meurtres, au moment où la Shoah se faisait « par balles », de visu donc, avec des regards possibles entre bourreaux et victimes, ce qui dérangeât les bourreaux, ce pourquoi, on sait l’horreur logique de la suite de cette histoire-là. Ces trois soldats étaient des hommes ordinaires, et dans un sens, ils le sont toujours, et c’est qui fait  la force de ce livre. Nulle explication, on reste dans la tête du narrateur, et le narrateur, il évite de trop penser, il s’arrête à lui-même et ses deux compagnons. A leur présent et ne cherche pas à voir plus loin que leur lendemain.

Donc, les trois soldais, Bauer, Emmerich et le narrateur vont partir à la chasse pour « en ramener un ». Leur commandant leur a donné l’autorisation de sortir du camp pour cette journée seulement et à cette seule condition. Ils lui ont expliqué, que là, vraiment, ils avaient trop le cafard. Un convoi est annoncé, on « va en ramener », il va leur falloir participer à la fusillade, et là, cette fois-ci, ils ne veulent pas. Ils expliquent qu’à force d’avoir le cafard, de tuer comme cela, ils n’allaient plus servir à rien et qu’il valait mieux leur laisser au moins une journée, pour faire autre chose. Et le commandant, pas en grande forme lui non plus, a accepté.

Les trois soldats s’enfoncent donc dans une Pologne aux paysages solitaires et glacés, avec chacun leur mots dans leur tête : pour un, c’est son fils qui le tracasse, et  comment le convaincre d’arrêter de fumer, pour le narrateur, c’est son rêve de tramway ordinaire, pour le dernier, la rage d’être là, à fumer dans le froid. Pour les trois, il s’agit juste de s’échapper une journée,  pour peut-être pouvoir avoir le droit de repartir faire de même le lendemain.

Et sans vraiment chercher, ils en trouvent un, de juif, un qui ne peut s’échapper, et ils l’emmènent avec eux, vers le camp. Mais avant, comme ils ont faim, et quelques provisions, ils s’arrêtent dans une masure abandonnée pour se cuire leur festin de semoule et de saucisson. Arrive alors un polonais, un qui pourrait être le bouc émissaire de leur mal être d’être là ....

Loin du jubilatoire « festin de Babette », auquel le titre pourrait faire penser, le huis-clos se construit sans aucune générosité. Le récit égraine les miettes du temps qui mène à un repas chaud en s’attachant aux petits riens de la longue attente, en attendant que les graines de la semoule gonflent : quelle quantité de neige pour avoir assez d’eau, quoi de la chaise ou de l’étagère brûler en premier pour avoir assez de feu.... Ne pas regarder le prisonnier, ne pas voir ce qui fait de lui un être humain qui a été aimé, et dont le flocon sur le bonnet a été brodé peut-être, par les mains de sa mère. Ne rien voir de ce que l’on est : un tueur, un bourreau. Même pas se mentir, non, ne pas se voir et ne pas voir l’autre comme un « comme nous ». Comment l’humain s’arrange de ses crimes ? Un récit qui peut bouleverser la bien pensance, sans humanisme et sans concession, glaçant.

Un auteur découvert chez Jérôme.