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10/04/2012

Une journée avec monsieur Jules Diane Broeckhoven

une journée avec monsieur jules, diane broeckhoven, roman belgeMonsieur Jules devait être un insipide tartignole de son vivant, charentaise en éventail, les sentences hautes et le canapé en skaï comme domaine. Seulement voilà, on ne le saura jamais vraiment, puisque quand le livre commence, il est déjà mort.

Comme tous les matins, visiblement, il s'est levé avant Alice sa femme, a fait passer la café, unique concession aux tâches ménagères, a disposé comme en ordre de bataille bols et confitures. Et puis, la faille silencieuse, il s'est assis sur le canapé, sans ses pantoufles, et il y est mort. Alice s'est levée, après lui, comme tous les matins, prête à suivre sa, leur, routine, mais l'a trouvé là. Nuque raide. Définitivement muet.

Alice s'en trouve remise à elle même, ce dont elle n'a pas du tout l'habitude, toujours obéissante, toujours aux désirs de ce monsieur Jules, qui savait tout faire, édictant les règles de leur bonne conduite. Que faire maintenant ? Comment aller chercher le journal quotidien dans la boîte aux lettres ? Lui, il y allait après le petit déjeuner, douche prise et dans une tenue décente. Pas comme les autres voisins de l'immeuble qui se contentent de mettre un peignoir par-dessus le pyjama. Mais elle, Alice, quelle option va-t-elle choisir ? sans le cadre, elle est toute décentrée.

Sans compter le repas du midi programmé ; que faire des côtelettes d'agneau prévues, elle ne les aime pas. Peut-elle maintenant manger des crevettes ? faire une mayonnaise maison ? Monsieur Jules péférait les toutes faites en bocal.La tête lui valdingue à Alice, parce qu'elle n'aimait peut-être pas les côtelettes d'agneau mais elle l'aimait son Jules, son mari, son homme, elle avait encore des secrets à lui dire, enfin un surtout. Et puis, c'était le sien d'homme, de mari, de jules, dès qu'elle aura pris son téléphone, appelé son fils, mit en branle le rituel social de la mort, il ne sera plus à elle, plus jamais. Alors, elle va retarder, se donner des prétextes, du temps. David, le fils autiste de Béa la voisine de trois étages en dessous, va lui donner le coup de main pour, entre ordre et désordre, passer cette dernière journée, entre deux temps. Parce que  le corps de monsieur Jules pèse, se refroidit, se raidit, malgré la couverture écossaise et qu'il faudra bien que le temps arrêté se remette en route, en réalité vraie, de la mort de l'autre.

Un joli temps de lecture que la figure d'Alice, ses sous entendus et ses petites tentatives d'être elle, avec lui, en bout de temps. Mais peut-être pas assez charpentée pour le rôle, elle s'essoufle, se dilue dans une trâme un peu mince, qui ne mène pas vraiment à un point final.

Athalie