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21/10/2015

Une terre d'ombre, Ron rash

 une terre d'ombre,ron rash,romans,romans américains,western et cie,pépitesRash, moi j'aime tout (un peu moins Séréna, mais bon, tant pis pour elle, elle avait qu'à être un peu plus subtile, la garce), alors quand il nous ramène au vallon encaissé et ombreux d'Un pied au paradis ( si ce n'est lui, c'est donc son frère ...), déjà, je me frotte la poussière des mains en me disant que je vais tomber sur la pépite. Et dès le premier chapitre j'ai plongé dans le vallon, la route vers la ferme, cahotante et déserte, sèche, la ferme, déserte et qui bruisse encore, le puits, le bruit de la corde qui va cherche l'eau fraîche et ramène un cadavre anonyme. Plongé, lui, depuis si longtemps que même les cailloux des chemins n'en ont pas gardé la trace. Trop bon.

Et après, on revient en arrière, quand la ferme n'avait pas encore de puits terminé, mais encore deux habitants, un frère et une soeur. Les parents de Laurel et Hank leur ont laissé ce coin de terre des Appalaches en héritage, si sec que même les Indiens n'avaient pas tenté le coup. Les petits blancs y ont planté quatre planche pour y faire une maison, quatre clotures pour faire des champs, et maintenant le frère et la soeur y survivent. Hank a perdu une main à la guerre, celle de quatorze dix huit, qui n'est pas encore terminée, et pour laquelle on enrôle encore des volontaires tout en pleurant les héros disparus, et même revenus. Hank est courageux, travailleur, et même sans une de ses mains, il voudrait bien se marier, d'ailleurs il a déjà trouvé la promise. Mais sa terre est rude, et rude aussi le sort de sa sœur. Marquée par une tâche de naissance, depuis l'école, on la dit sorcière et maudite, au village, on la regarde de travers. Elle ne trouvera pas preneur dans le coin. alors, elle se cantonne au vallon, maudit comme elle. Laurel se contente de cette union fraternelle, de cette complicité muette, qu'elle voit sans faille. De temps en temps, le soir, ils caressent du doigt dans un catalogue de vente par correspondance, les possessions de la modernité qu'ils ne pourront jamais s'offrir.

Pendant ce temps là, fanfaronne au village le recruteur Chaucey. baudruche d'une fatuité à faire éclater les drames sans même regarder sur qui il marche.

Le drame palpite, on le sent, par qui, par quoi arrivera-t-il ? Par l'espoir peut-être ou ce vagabond muet, Walter, qui joue de la flûte, pour Laurel enchantée. Les notes de Walter bougent un peu son univers où, depuis que la mère est morte, même les clefs de l'horloge n'arrivent plus à faire tourner les aiguilles rouillées par l'immobilité. De l'espoir peut aussi venir la tragédie. Ce n'est pas nouveau, depuis le temps qu'Antigone lui a tordu le cou, à celui-là.

Et là, dans le fond du vallon, quand les rouages de la tragédie se mettent à tourner aussi rond que l'horloge, vous avalez le bouquin en attendant juste d'entendre quel corps va, en premier, toucher le fin du puits.

Du quasi racinien western.