Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/03/2013

Virgin suicides, Jeffrey Eugenides

virgin suicides, jeffrey Eugenides,romans,romans américains,famille je vous haisUne histoire de filles racontée par des garçons : d'eux on ne saura pas grand chose, et d'elles, ma foi, de quoi alimenter leurs fantasmes à eux. Ils ne semblent ne jamais les quitter des yeux et du coeur, et on ne saura jamais qui ils sont, voisins-voyeurs d'une intimité qui les trouble, à laquelle ils n'auront que peu accès, même quand les filles les piègent et semblent se révéler enfin pour leur perte. Ils racontent leur collection d'images et d'objets, des reliques sales, froissées, qui s'émiettent : un savon fleuri, une brosse, une vignette de la vierge, une sandale ... Des reliques recupérées qui ne prouvent plus rien, d'un mystère qui les hante. Lequel ?

Les cinq filles Lisbon sont presque belles, en tout cas, belles en groupe, en fusion, même en déliquescente virginale ... Par ordre de disparition, Cécilia, "la folle mystique" aux poignets bandés qui s'y reprendra à deux fois pour quitter la scène, un an après, ce sera Bonnie, sans doute, puis Thérèse, peut-être, et Lux, dans la même nuit et Mary, un peu plus tard mais pas beaucoup.

Les cinq filles Lisbon sont trop bien gardées, les chiens de berger sont le père, professeur ridicule à la voix geignarde et haut perchée, et surtout la mère, dont on peut se demander si elle a un jour, je ne dis pas aimer, mais seulement regarder, écouter, caresser ses filles où si dès le départ, elle ne les destinait pas au sacrifice. Ce ne sont pourtant pas des blancs agneaux qu'elle néglige mais ses filles à la féminité étouffée, ou étouffante ? Elle se répand dans la maison où les filles sont plus ou moins cloitrées avant d'y être enfermées, cette féminité excessive s'épend à travers les interstices des barrières morales. Les filles s'amusent, (mais s'amusent-elles vraiment ? ou s'expriment-elles ainsi, par codes, par signaux ...) à envoyer leur père acheter des tampax par kilos, elles se maquillent en cachette, prennent des bains à foison, puis plus aucun, sèment le trouble, ont-elles le choix ? ... Elles tentent des trucs pour exister, les ondes radio dans le vide, les vinyls à tue-tête, elles n'ont pas de lignes, que des interdits. La mère ne couve pas les poussines, elle les cadenasse.

Le roman suit donc une année de leur vie, la dernière, du premier suicide au dernier. Peu d'éléments pour les comprendre :  une fête lugubre, donnée pour Cécilia, un moment où nos narrateurs pourront les regarder d'un peu plus près, presque sentir l'odeur énervante de leur vie confinée, la fête du lycée, où, de loin, ils les verront approchées par d'autres, ce sera un très bref moment de liberté, leur première autorisation de sortie, et leur dernière, dans leur robe immature engoncées.

Un an pendant lequel les garçons d'en face collectent ce qu'ils peuvent de ces vierges qui leur sont innaccessibles (même la ténébreuse Lux ne leur accordera pas une minuscule de ses faveurs dont elle est pourtant prolixe aux étrangers de passage sur le toit de la maison familiale qui s'obscurcie ...) : une lumière derrière une fenêtre, une main, un visage aperçu, une sortie de l'une ou de l'autre sous la véranda, les narrateurs s'inventent les filles, parfois confondues ou interchangées dans un amour collectif par procuration, en quête de traces d'odeurs, de textures de peau, de formes de visages, de bout de genou entreparçu sous un kilt presque encore enfantin.

Un roman troublant, qui n'apporte aucune réponse à l'opaque adolescence.

Un seul bémol, mais qui ne tient pas au texte, pour qui a vu, comme moi, le génialissisme film de Sofia Coppola, les images se superposent. Du coup, les filles sont forcément blondes, rien à faire pour m'enlever ça de la tête !

 Et tout et rien à voir (quoique ...) , j'en profite pour ajouter un lien vers la note vraiment pertinente, à mon sens, d'Ingannmic sur "Il faut qu'on parle de Kévin", tant qu'on est dans le trouble, restons-y  .... et rajouter "Middlesex" du même auteur dans mes livres à lire ...